INTERVIEW. "J'ai pu porter la voix des invisibles". Après sa grève de la faim, Georgio Loiseau, père d'un enfant autiste et maire de Poses, dresse le bilan

Président de l'association L'oiseau bleu et maire de Poses (Eure), Georgio Loiseau a mis un terme à sa grève de la faim. Il avait entamé cette démarche, devenue virale, pour prendre à témoin l'Etat et dénoncer le manque de places pour accueillir les enfants atteints de handicap.

Sa démarche avait rencontré un formidable écho à travers le pays. Une semaine après le début de sa grève de la faim, il est temps de dresser un premier bilan pour Georgio Loiseau. Le maire de Poses et père d'Elyes, 12 ans, atteint d'autisme, prend un peu de temps pour se reposer et se réalimenter après avoir mis un terme à sa grève de la faim, ce lundi 5 juin. Mais il est déterminé à poursuivre le combat, aux côtés des élus.

France 3 Normandie : Votre grève de la faim est terminée. Comment vous sentez-vous ?

Georgio Loiseau : Je me sens toujours fatigué, j'ai du mal à remanger. J'ai pu voir un médecin lundi. Il m'a fait un examen clinique, tout allait bien. Là où ça allait mal c'est au niveau de la prise de sang. Mon taux de potassium était anormalement bas. J'ai dû courir chercher une ordonnance ! Le médecin m'avait informé qu'on ne peut pas reprendre ses habitudes aussi brutalement. Une grève de la faim, ça laisse quelques stigmates. Même si je dors et que je mange très sobrement, la nourriture me reste sur l'estomac. Je pense qu'il va me falloir du temps...

Quid de votre enfant ?

Mon fils a pu trouver une solution, je suis content. Il va avoir une place en IME [Institut médico-éducatif, ndlr]. Là où je suis pleinement satisfait, c'est qu'il s'agit de l'établissement que je visais. J'ai aussi six situations en cours de résolution, des situations explosives [3 dans l'Eure et 3 en Seine-Maritime, ndlr]. Sur ce champ-là, il y avait une notion d'immédiateté. C'est en cours. En tout cas, je sors de cette expérience grandi. J'ai repris confiance en la nature humaine. C'est paradoxal, mais quand on est maire, on vit beaucoup le désespoir de nos concitoyens. Là, j'ai perçu beaucoup d'amour, j'ai reçu des milliers de messages. L'espèce humaine a un avenir !

Comment s'est déroulée votre venue à l'Assemblée nationale ?

C'était très difficile, à cause de la chaleur, du monde, de la marche après trois jours sans manger. J'avais été invité à l'Assemblée à l'initiative du député Philippe Brun (PS), qui souhaitait m'apporter son soutien et son aide. Il a convoqué une sorte de commission transpartisane afin que mes revendications soient écoutées. On a obtenu des avancées à court terme, mais aussi à moyen et long terme. Dans chaque circonscription, il y a des cas similaires au mien. 

Quelles vont être les suites du combat, pour vous ?

J'ai pu porter la voix des invisibles, tant mieux si j'ai pu servir à ça. Beaucoup de familles sont dans ma situation. Alors même si c'est la fin de ce type de mobilisation, ça ne veut pas dire que la mobilisation en général est terminée, loin s'en faut. On rentre dans une nouvelle phase. Il y avait la phase de dénonciation et de colère, la phase de l'action, de la réflexion.

"L'idée, c'est de monter un groupe de travail transpartisan autour de la thématique du handicap. D'impliquer les familles dans un projet de vie, de faire en sorte qu'il n'y ait plus de familles sans solutions et à domicile."

Georgio Loiseau

Président de L'oiseau bleu et maire de Poses (27)

Là, on rentre dans une phase de travail un peu plus fondamentale. On a réussi à dénoncer, c'est monté très très haut. On entre dans la phase plus opérationnelle - et plus intéressante. L'idée, c'est de monter un groupe de travail transpartisan autour de la thématique du handicap. D'impliquer les familles dans un projet de vie, de faire en sorte qu'il n'y ait plus de familles sans solutions et à domicile. Quelques députés m'ont recontacté après ma venue afin qu'on poursuive le travail. La plupart des points que j'ai soulevés ont trouvé une réponse.

Quelles sont les victoires que vous retenez ?

Tout le monde a envie d'enclencher la seconde ! Un Observatoire du handicap va être mis en place en Normandie. Le directeur général de l'ARS Normandie aimerait que je les aide à monter leurs exigences au sujet du handicap. Je suis devenu le représentant des usagers. On a aussi obtenu une grande victoire : celle de rendre opposables les recommandations des bonnes pratiques professionnelles qui émanent de la Haute autorité de santé. Ce référentiel servira de base d'évaluation aux inspecteurs.

Qu'est-ce que ce dernier point va changer dans la prise en charge de l'autisme ?

Concrètement, deux théories existent dans le champ de l'autisme : celle du traitement sur le volet éducatif estime que l'autisme est un trouble neuro-développemental. Il s'agit de la théorie reconnue par la science. L'autre théorie, c'est celle du trouble psychanalytique. La psychanalyse a fait beaucoup de dégâts dans le traitement de l'autisme, elle dessert la cause. Elle porte une notion de culpabilité assez forte, notamment à l'égard des mères, qui seraient responsables du trouble de leurs enfants.

Ces deux approches s'opposent et quelques établissements sont encore orientés vers la psychanalyse. En rendant opposables les recommandations de la Haute autorité de santé, tout cela devrait être derrière nous d'ici peu de temps.