Vernon : la production du moteur Vinci d'Ariane 6 transférée vers l’Allemagne

Le constructeur des fusées Ariane s'apprête à supprimer 600 postes en France et en Allemagne d'ici à la fin 2022 pour regagner en compétitivité. La production du moteur Vinci d'Ariane 6 de l'usine de Vernon (Eure) va être transférée vers l'Allemagne.

"Le ver était dans le fruit, mais c'est un coup dur", a déclaré Philippe Géry délégué syndical central CFE-CGC pour qui "cela va affaiblir la maîtrise française sur la technologie de projection".

Dévoilé par l'hebdomadaire Challenges, le plan d’Arianegroup vise à redonner de la compétitivité et réduire les coûts du fabricant des fusées Ariane face à la féroce concurrence de l'américain SpaceX et ses lanceurs réutilisables. "Nous avons effectivement annoncé un plan d'adaptation des effectifs d'un maximum de 600 personnes qui concerne la France et l'Allemagne", a déclaré à l'AFP la directrice des ressources humaines de l'entreprise, Florence Gallois. Aucune fermeture de site n'est prévue, mais "l'ensemble des directions et des sites de l'entreprise, qu'ils soient en Allemagne ou en France, sont concernés" a-t-elle ajouté. Une source syndicale a précisé que tous les postes de travail étaient concernés, sauf les personnels en atelier. 

Un accord franco-allemand conclu en juillet prévoit que l'Agence spatiale européenne (ESA), dont les deux pays sont les principaux contributeurs, apporte un financement supplémentaire de 140 millions d'euros par an pour assurer la viabilité économique d'Ariane 6. L'accord franco-allemand comprend également le transfert de la production de Vinci, le moteur réallumable de l'étage supérieur du lanceur, de Vernon (Eure) vers le site d'Arianegroup à Ottobrunn, en Allemagne. Ce transfert représente "40.000 heures de travail annuel", avance M. Gery, soit 40 emplois environ à Vernon, d'après la direction.

Après l’annulation par l'Australie de la commande de 12 sous-marins, c’est un nouveau coup dur pour l’économie française. En ce début de campagne présidentielle, certains candidats comme Marine Le Pen ont réagi à cette annonce sur les réseaux sociaux. Le ministre normand Bruno Le Maire a répondu à son accusation en garantissant le maintien du site de Vernon : « l'accord obtenu avec l’Allemagne, l’Italie et l'ESA permet de garantir l’activité sur le site de Vernon avec des commandes d'Ariane 6, de donner à ArianeGroup les moyens d'être compétitif face à SpaceX et d’investir 40 millions € pour la production du futur moteur Prometheus. »

Concernant la production du moteur Vinci d'Ariane 6 vers l’Allemagne : « le transfert prendra de nombreux mois et ne s'inscrit pas dans le cadre du plan de suppressions d'emploi qui doit être en place d'ici la fin 2022, » a insisté Florence Gallois.

Mais Philippe Gery dit craindre qu'il en appelle d'autres. Comme celui du moteur Prometheus, fer de lance de la stratégie européenne pour rester dans la course à l'espace face à la compétition internationale. Moins coûteux, polyvalent et réutilisable, ce futur moteur fabriqué à 70% en impression 3D est développé à Vernon.

Bientôt la fermeture de l’usine de Vernon ?

C’est l’un des scenarios envisagé par Philippe Gery : le transfert de Vinci "pourrait signer la fin de l'usine de Vernon à plus long terme", estime Philippe Gery. Cette dernière employait sur ce site 952 CDI fin décembre 2020.

Benoit Dalgalarrondo, délégué syndical CGT à Vernon : "Ce qu'on espère tous notamment ici à Vernon c'est qu'on puisse avoir de l'activité. Pour l'instant le schéma est pessimiste avec un plan de charge qui est en train de dégringoler", a-t-il ajouté. Des négociations pour les usines vont françaises vont bientôt se tenir afin d'obtenir un accord d'aides aux départs. Dans un premier temps, les syndicats espèrent des départs volontaires avec des mesures d'accompagnement.

"Sachant qu'en France on a 350 départs naturels chaque année, si on y ajoute le flux d'embauches que l'entreprise va maintenir, il faudra faire partir 150 à 200 personnes", a estimé Philippe Gery.                   

"On ne parle pas de plan social"

Coentreprise entre Safran et Airbus, ArianeGroup développe le lanceur lourd Ariane 6, dont le tir inaugural a été reporté au deuxième trimestre 2022 en raison de difficultés techniques aggravées par les conséquences de la crise sanitaire. La direction dit travailler avec les deux groupes actionnaires pour étudier des solutions de redéploiement de salariés vers Safran et Airbus. "On ne parle pas de plan social", a déclaré Florence Gallois.

Les perspectives de lancement d'Ariane 6 portent sur un besoin de sept tirs par an, 30% de moins que lors du lancement du projet 2014, forçant l'entreprise à réduire ses coûts.

ArianeGroup emploie 7.600 salariés et a réalisé 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020.

 

           

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