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Des guitares et des skis en lin ? L'agriculture haut-normande pourrait bénéficier des nouveaux matériaux composites

La Haute-Normandie est une des principales régions linicoles dans le monde. Les fibres de lin sont recherchées par l'industrie textile. D'autres parties de la plante pourraient trouver de nouveaux débouchés dans les matériaux composites, en tant que substituts aux dérivés pétroliers. 
© France 3 Haute-Normandie
Alternative aux produits pétroliers, la fibre de lin tente de se faire une place dans les matériaux composites à usage industriel en investissant les voitures, les skis, les raquettes de tennis, les guitares et même les berceaux. La France représente 65% de la production de lin mondiale avec près de 70.000 hectares de lin cultivés le long de la Manche et une production estimée à plus de 100.000 tonnes pour 2015, selon l'interprofession.

Et si 80% à 90% de la production est dédiée au textile et part le plus souvent pour la Chine et l'Inde pour être tissée, il reste de quoi chercher de nouveaux débouchés. Grâce à sa légèreté et sa résistance, la fibre de lin a les capacités pour remplacer les matériaux composites d'origine pétrolière pour la fabrication d'un grand nombre
d'objets avec l'avantage d'être biosourcée et recyclable. Plusieurs entreprises européennes utilisent déjà ce matériau en devenir, travaillant avec des designers pour en faire des meubles ou des éléments de décoration en petite série mais aussi avec des industriels de l'automobile ou de l'aéronautique pour l'aménagement intérieur des habitacles.

Certaines de ces entreprises sont issues de l'industrie du tissage du lin et ont développé de nouvelles compétences comme les groupes Dehondt et Depestele, d'autres toutes récentes fonctionnent sur le modèle des start-ups de haute technologie. Toutes sont épaulées par le Centre européen du lin et du chanvre (CELC) qui, depuis 10 ans, accompagne les initiatives et soutient la recherche sur les applications de ces fibres dans les textiles techniques et composites.

L'Asie est spécialisée dans le carbone, les Etats-Unis dans la fibre de verre, l'enjeu aujourd'hui est de retrouver une création de marge, une valeur ajoutée, en exprimant ce savoir-faire européen" dans les fibres naturelles telles le lin
et le chanvre, explique Julie Pariset, responsable du pôle technique du CELC.

Le but Le but n'est toutefois pas de se "cantonner à une démarche de remplacement des produits issus du pétrole", renchérit la directrice du CELC Marie-Emmanuelle Belzung.

Il faut d'abord répondre au cahier des charges

En effet, l'argument écologique ne suffit pas à séduire les industriels. Pour les convaincre, "il faut d'abord répondre au cahier des charges, le marketing c'est en plus", explique le président de la coopérative normande Terre de Lin, Alain
Blosseville. 

"Pour l'aéronautique, l'intérêt du lin c'est sa légèreté, pour les skis c'est l'absorption des vibrations et il permet une meilleure qualité du son pour une enceinte", ajoute-t-il. Il faut aussi convaincre les industriels d'utiliser un matériau agricole alors qu'ils "se méfient de l'agriculture", avec ses variations de prix et l'inconnu sur la qualité et la quantité pour chaque récolte, souligne Alain Blosseville.

La Haute-Normandie bien placée


La coopérative Terre de lin qui regroupe 600 agriculteurs en Seine-Maritime s'est lancée dans les fibres composites en créant une filiale, TDL technique, après la reprise d'une entreprise spécialisée dans le non-tissé et de ses machines.
La coopérative fournit aux industriels, comme le fabricant de skis Salomon ou de casques de moto Rosso, des pièces de fibre de lin pur, ou mêlées de fibre de carbone que les clients enduisent eux-même de résine.

L'entreprise Ecotechnilin, fondée il y a 20 ans, est elle spécialisée dans les matériaux semi-finis, prêts à l'emploi.

Nous sommes le maillon intermédiaire entre les les agriculteurs et les utilisateurs finaux", raconte Karim Behlouli, directeur d'Ecotechnilin. 

Il ajoute que "le lin pousse à trois kilomètres de mon entreprise, en Normandie". Ecotechnilin fournit des dalles de fibre de lin et de chanvre intissées et imbibées de résine à ses clients, notamment de l'industrie automobile. Les constructeurs
Jaguar, Peugeot ou encore Kia pressent et thermoforment ces dalles pour en faire des tableaux de bords ou des montants de portes. 

Les entreprises continuent aussi à chercher de nouveaux usages. Depestele travaille ainsi sur les radômes, les abris circulaires utilisés pour protéger les antennes des intempéries, car elle s'est aperçue que le lin a la capacité de permettre la transmission des ondes.
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