La justice se rapproche de l'Elysée

Publié le Mis à jour le
Écrit par Catherine BERRA

L'enquête sur le volet financier du dossier Karachi a pris une nouvelle tournure ce jeudi.

Avec la mise en examen de deux très proches du président de la République, l'affaire Karachi a connu une accélération ces dernières 24 heures.



Nicolas Bazire a été mis en examen ce jeudi matin pour complicité d'abus de biens sociaux tandis que Thierry Gaubert a été mis en examen mercredi soir pour recel d'abus de biens sociaux.

Tous deux sont des proches de longue date du chef de l'Etat.



Thierry Gaubert a été chef adjoint du cabinet de M. Sarkozy lorsque celui-ci était ministre du budget, entre 1993 et 1995. Il fut également l'un de ses principaux collaborateurs à la mairie de Neuilly. Eloigné de Nicolas Sarkozy depuis la fin des années 1990, il reste très proche de Brice Hortefeux.



Nicolas Bazire
a été le témoin de mariage de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en 2008. Avant cela, il était surtout connu comme ancien directeur du cabinet d'Edouard Balladur et directeur de  de sa campagne présidentielle en 1995. Il est l'un des confidents les plus influents du président de la République.



Lors de sa garde à vue, mercredi, Nicolas Bazire a été interrogé par la brigade financière avant d'être mis en examen ce jeudi  par le juge Van Ruymbeke.

"Il s'est expliqué sur deux soupçons", a indiqué son avocat Jean-Yves Liénard. Sur le premier, celui d'avoir reçu des valises provenant de la Suisse, le magistrat n'a décidé d'aucun suivi judiciaire. Pour le second soupçon, la participation de Nicolas Bazire à la conclusion des deux contrats d'armements avec le Pakistan (Agosta) et l'Arabie Saoudite (Sawari) qui lui a valu sa mise en examen, il "s'expliquera prochainement et justifiera son absence totale d'implication à quelque niveau que ce soit", a poursuivi l'avocat.



Nicolas Bazire a fait part de son "absence totale d'implication", dans la signature de contrats d'armement au coeur de l'enquête, a déclaré son avocat Jean-Yves Liénard.

"Aucun témoin ou mis en examen n'a une seule fois parlé de Nicolas Sarkozy, qui est totalement absent du dossier", a par ailleurs affirmé Me Liénard qui a également jugé "fantaisistes" les témoignages selon lesquels Nicolas Bazire aurait reçu des valises de billets en provenance de Suisse durant la campagne présidentielle d'Edouard Balladur dont il était le directeur de campagne.

L'Elysée a vivement réagi



Dans un communiqué, l'Elysée a démenti tout lien entre Nicolas Sarkozy et le financement de la campagne d'Edouard Balladur, assurant que le chef de l'Etat n'avait "jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne", dont il était le porte-parole, et que son nom "n'apparaît dans aucun des éléments du dossier".



Nicolas Sarkozy s'est redit ce jeudi "totalement étranger" au dossier de financement illégal de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur.

Le juge Renaud van Ruymbeke enquête sur un éventuel financement occulte de cette campagne par le biais de rétrocommissions versées dans le cadre de contrats d'armement, mises en lumière dans l'enquête sur l'attentat de Karachi du 8 mai 2002.



Nicolas Bazire était directeur de cabinet d'Edouard Balladur au moment de la signature des contrats d'armement. Son nom a été cité par plusieurs témoins selon lesquels, devenu directeur de campagne d'Edouard Balladur, il avait un coffre-fort dans son bureau pour y entreposer "les grosses sommes" en espèces.



Selon un autre témoignage, celui d'Hélène Gaubert, c'est son mari, Thierry Gaubert qui a accompagné en Suisse l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, intermédiaire dans des contrats d'armement, pour aller chercher des valises "volumineuses de billets" durant la période 1994-95.

Et, toujours selon elle, Nicolas Bazire récupérait ces "mallettes" en France.

L'enquête sur l'attentat de Karachi qui avait fait 15 morts dont 11 salariés de DCN en mai 2002 a mis au jour le versement d'importantes sommes en espèces sur le compte de campagne d'Edouard Balladur (20 millions de francs). Ce dernier a toujours soutenu que les sommes provenaient de la vente de gadgets lors des meetings mais ne provenaient pas des fonds secrets.



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