La Brittany Ferries trouve un soutien de poids mais le Barfleur ne reviendra pas à Cherbourg avant 2022

En grande difficulté financière, la compagnie bretonne vient de nouer un partenariat avec CMA CGM le troisième armateur mondial de porte-conteneurs. Une bouffée d'air frais bienvenue pour la Britanny Ferries qui ne prévoit pas le retour du Barfleur à Cherbourg avant l'année prochaine.
Un navire de la Birttany Ferries dans le port de Cherbourg
Un navire de la Birttany Ferries dans le port de Cherbourg

L'un essuie depuis plusieurs mois une grosse tempête. L'autre vogue paisiblement sur une mer d'huile. Une même crise, deux secteurs voisins d'activité et deux destins radicalement différents. Pour la compagnie bretonne Britanny Ferries, le Brexit et la crise sanitaire ont eu un effet dévastateur sur ses finances. Le trafic passager qui contribue à 80% de ses revenus s'est effondré. En 2019, 5 millions de passagers ont embarqué sur ses bateaux. Ils n'étaient plus que 700 000 en 2020. Et cette année pourrait être pire : seulement 530 000 billets vendus pour le moment, comme le rappellent nos collègues de France 3 Bretagne

Pour la compagnie marseillaise CMA-CGM, troisième armateur mondial de porte-conteneurs, l'horizon est en revanche bien dégagé et le temps radieux. Il semble loin le temps où l'entreprise était dans le rouge. Profitant à plein de la surchauffe du transport maritime créée par la crise du Covid-19, elle affiche aujourd'hui un bénéfice net frôlant les 3,5 milliards de dollars, rien qu'au deuxième trimestre 2021. La Brittany, elle, a vu son chiffre d'affaire baissé de 57% l'an dernier et a dû contracter un prêt garanti par l'Etat (PGE) de 117 millions d'euros pour ne pas sombrer. Une somme conséquente qu'il faudra rembourser et qui grève la capacité de l'entreprise bretonne à investir. 

Une bouée de sauvetage à 25 millions d'euros, c'est un peu ce que la compagnie marseillaise envoie à sa consoeur bretonne. Dans le détail, CMA-CGM va souscrire pour 10 millions d'euros d'obligations convertibles de la Brittany Ferries et va prêter 15 millions d'euros, remboursables après cinq à huit ans. "Il est clair que par cet engagement, CMA CGM valide notre plan de redressement et notre plan d'affaires sur cinq ans", s'est réjouit Jean-Marc Roué, le président de la Brittany. Un gros coup de pouce qui pourrait permettre de nouer des relations "avec d'autres investisseurs potentiels".

Un accord financier, commercial et technique

Outre la présence d'un représentant de l'armateur marseillais au conseil de surveillance de la Brittany Ferries, ce partenariat présente bien évidemment des avantages pour CMA-CGM, qui pourra utiliser des espaces de fret disponibles à bord des navires de la compagnie bretonne desservant le Royaume-Uni, l'Irlande et la péninsule ibérique. Une opportunité pour "la première entreprise de shipping française" de renforcer sa présence sur la façade Manche-Atlatique.

Cette collaboration entre les deux entreprises va également intervenir dans le secteur de l'innovation technique. Brittany Ferries et CMA-CGM vont ainsi mutualiser leurs efforts dans le développement des navires de nouvelle génération propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL), notamment "sur les thèmes de la formation des équipages français et des procédures de sécurité". L'un de ces nouveaux navires, le Galicia, a ainsi faite escale pour la première fois à Cherbourg le 28 juin dernier. Malgré ses difficultés, la Brittany Ferries annonçait le 20 juillet une nouvelle commande de deux bateaux hybrides (gaz et électricité) pour 220 millions d'euros.

Ce partenariat entre les deux compagnies françaises a été salué par Emmanuel Macron ce mardi soir devant les Assises de la mer à Nice. Le président de la République a également annoncé plusieurs mesures pour la filière, notamment  une "évolution des critères du suramortissement vert" avec "la mise en place d'un plafond pour l'abattement fiscal" qui permettra, selon lui, "de faciliter le recours à ce dispositif et d'accélérer la transition écologique des navires qui est absolument indispensable". Ce dispositif devrait figurer dans la loi de finance 2022. Sur le plan social, l'aide à l'emploi maritime sera prolongée pour trois ans et une spécialité maritime devrait être créée au sein de Pôle emploi, afin d'améliorer le placement des gens de mer sur fond de difficultés d'embauches.

Cherbourg : pas de Barfleur avant mars 2022

Si la Brittany Ferries investit pour assurer son avenir, la compagnie bretonne continue de maîtriser ses coûts. La Britanny Ferries avait suspendu les traversées du Barfleur entre Cherbourg et Poole en Irlande. Le navire devait de nouveau assurer cette liaison au cours du mois de septembre. Il n'en sera rien. Le prochain départ n'est pas programmé avant le 28 mars 2022. Selon nos confrères de La Presse de la Manche, le Barfleur reprendra pourtant du service en février mais pour assurer la liasion Caen-Portsmouth. 
   

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