La rupture du contrat avec Naval group et les récents incidents de Val-de-Reuil dans Dimanche en politique

Dans l’actu cette semaine, une annonce choc : la rupture du contrat entre l’Australie et la France pour la fourniture par Naval Group de 12 sous-marins Barracuda et Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, enfariné par un militant de la Ligue de défense nord-africaine.

Le contrat du siècle tombe à l’eau

C’était un contrat à 56 milliards d’euros qui devait mobiliser 400 personnes à Cherbourg, l’accord entre la France et l’Australie devait assurer du travail à Naval Group pour les 15 prochaines années.

Pour Philippe Legueltel, correspondant du journal Les Echos en Normandie qui suit le dossier depuis 2016, on peut parler d’un « coup de Trafalgar » de la part des Australiens et des Américains, qui se seraient rapprochés, au détriment du contrat avec la France.

« On découvre aujourd’hui qu’une alliance s’est ressoudée entre les Australiens et les Américains, on ne sait pas vraiment dans quelles conditions, on en saura plus dans les semaines à venir. En tout cas ce qui est sûr, c’est que ça échappe à Cherbourg »

Joël Bruneau y voit, lui, un lien avec le retrait chaotique des Etats-Unis d'Afghanistan, faute de communication avec leurs alliés.

Que ce soit Trump ou Biden, il faut bien prendre en compte qu’aujourd’hui, les Etats Unis sont bien plus préoccupés par ce qu’il se passe dans le pacifique que ce qu’il se passe en Europe et au Moyen-Orient.

Joël Bruneau, maire de Caen

La France humiliée  ?

Le maire (LR) de Caen admet que ça n’est pas une bonne nouvelle. Selon lui il faut espérer que cet évènement ne nuira pas à la santé de Naval Group, alors que le nord-Cotentin est dynamique en matière d’emploi. Pour Philippe Legueltel, Naval Group sera forcément fragilisé, il faudra repositionner les salariés qui étaient concernés par ce contrat. A priori, aucun licenciement n’est prévu.

C’est une mauvaise nouvelle, certes, mais ça n’est pas non plus une catastrophe industrielle comme la fermeture de Moulinex.

Joël Bruneau, maire de Caen

Pour les sous-traitants, c’est aussi un carnet de commandes qui s’écroule : si environ 3500 salariés de Naval Group travaillent sur le chantier, il y a aussi environ 2000 de personnes qui y travaillent pour le compte d’autres entreprises.

« Je ne connais pas le dossier dans le détail, mais normalement, quand on rompt un contrat, entre états de droits, il doit y avoir une indemnisation pour celui qui subit le préjudice, c’est la moindre des choses. »

Pour le Maire de Caen il faut aussi se rendre compte qu’il ne faut plus compter sur le bouclier américain.

Le Nord-Cotentin lance un appel à la main d’oeuvre

Hasard du calendrier, le Cotentin lançait cette semaine une campagne de communication en région parisienne pour recruter 5000 personnes.

« Dans tous les domaines, la situation était plutôt bonne. Il faut savoir que depuis 2017, Naval Group recrutait 300 à 400 salariés par an. Mais ils ne sont pas les seuls : il y a EDF, Orano, les artisans, les petits commerces, les PME, les TPE. 5000 emplois c’est énorme » rappelle Philippe Legueltel, en ajoutant qu'il ne faut pas oublier que le carnet de commandes de Naval Group reste bien rempli.

Les élus locaux dans la tourmente

Retour sur l’actualité de cette semaine avec les élus locaux dans la tourmente : peut-on exercer son mandat d’élu local sans risquer de se faire menacer, insulter ou agresser ? Marc-Antoine Jamet, le maire (PS) du Val de Reuil enfariné le samedi 11 Septembre par des militants de la Ligue de défense noire africaine est revenu sur l’escalade des évènements qui ont conduit à l’envahissement de la mairie et à l’agression de l’élu. L’avocat pénaliste Claude Marand-Gombar nous explique ce que l’on risque si on attaque un élu.

 A l’origine de cette escalade, une bagarre entre deux enfants de 8 et 10 ans, l’un faisant partie de la communauté kurde, l’autre de la communauté senégalaise. Les parents, les voisins s’en sont mêlés et ce qui devait être une banale altercation entre 2 garçons est devenu une affaire nationale. Marc-Antoine Jamet rappelle que l’affaire a pris un tournant politique.

«   il y a eu un tweet irresponsable, épouvantable de la part de Marine Le Pen, une manifestation kurde organisée par le PKK mais qui n’était pas autorisée. Ca a dégénéré et on a entendu des slogans clairement racistes. Enfin, il y a eu aussi la Ligue de défense noire africaine qui veut faire du buzz et qui choisis une mairie tranquille comme terrain de jeu. »

Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil

Pour Joël Bruneau, cet évènement n’est pas un cas isolé, ce genre d’intrusion arrive aussi à Caen.

« Il y a une sorte de crispation dans notre société, qui fait qu’un certain nombre de personnes se croient autorisées à défendre leur point de vue par des actions extrêmement spectaculaire : au nom de leurs libertés , ils enfreignent celle des autres. Cela pose un vrai problème, c’est la dictature des minorités. »

L’avocat Claude Marand-Gombar reconnaît que les faits se sont multipliés ces dernières années . Il y a différentes approches : le législateur est intervenu pour apporter de nouvelles réponses pénales, c’est la loi du 24 août 2021 et d’autres textes qui sont venus la compléter. Il y a aussi 3 circulaires qui apportent des outils.

« C’est fréquent que des élus me contactent, notamment en matière de droit de la presse : il ne savent pas quoi faire quand des textes circulent sur les réseaux sociaux, s'ils doivent faire demander un droit de réponse, attaquer en diffamation ou pas. »

 A Bernieres sur mer, le maire porte plainte après plusieurs actes de vandalisme

 Alors que le ministère de l’Intérieur a recensé plus de 1200 affaires dans lesquelles les maires ont été agressés, menacés ou insultés, à Bernières sur Mer, commune de 2200 habitants dans le Calvados, le maire Thomas Dupont-Federici a vu son domicile vandalisé à 4 reprises en moins d’un an. Une plainte a été déposée et on ne sait pas qui lui en veut.

Pour Joël Bruneau, « Les maires des petites communes sont aussi exposés. Notre situation n’est pas différente de celle des policiers, il n’y a plus de respect de l’uniforme ou de tout ce qui représente l’autorité. Il faudrait parfois faire un exemple, comme par exemple pour cette affaire à Val-de-Reuil, qu’il y ait une décision de justice extrêmement rapide. »

Les violences s’expriment différemment

Selon Marc Antoine Jamet, « Il y a la diffamation, la violence verbale, la violence politique. Moi je n’ai jamais porté plainte en 20 ans contre qui que se soit. Et puis, il y a la violence contre les biens, la violence contre des mariages, contre des habitants, là, il faut être absolument rigoureux et d’une dureté terrible. »

Le maire de Val-de-Reuil se dit profondément déçu par les évènements du week end dernier, mais pour lui, ce n’est qu’une péripétie causée par des gens venus de Paris pour faire le buz.

« Le pari de Val-de-Reuil, c’est celui du vivre ensemble, je dis souvent que c’est un petit miracle, les miracles ont parfois besoin d’un entracte, j’espère qu’il sera très court et qu’on repartira vers ce qui nous caractérise : 70 nationalités qui vivent ensemble, avec un service public fort et une mairie très présente. »

Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil

 

Retrouvez l'émission dans son integralité :

durée de la vidéo: 27 min 33
Dimanche en Politique du 09-09-2021

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
dimanche en politique politique économie société