Le sous-marin Le Redoutable se refait une beauté, tout un symbole pour Cherbourg

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Écrit par Pauline Comte

Le 29 mars 2022, le sous-marin Le Redoutable fêtera ses 55 ans. Pour célébrer cet anniversaire, le bâtiment exposé à la Cité de la Mer à Cherbourg (Manche) fait peau neuve. L’occasion de revenir sur ce que représente ce géant des mers dans le paysage cherbourgeois.

L’exercice est vertigineux. Casque vissé sur la tête, baudrier et ribambelle de mousquetons à la taille, Cyrille Bouriel descend en rappel le long de la coque d’acier. L’objectif ? « Gratouiller les zones rouillées avant d’appliquer la peinture », explique ce cordiste, spatule à la main.

Depuis début janvier, les équipes sont aux petits soins. Trois peintres en bâtiment et quatre cordistes s’activent pour redonner ses couleurs au Redoutable. Le premier sous-marin français lanceur d’engins trône dans l’enceinte de la Cité de la Mer à Cherbourg depuis les années 2000, mais avec le temps et les aléas météorologiques, la couleur s’altère. Tous les dix ans environ, le sous-marin se refait une beauté. « Il commençait à faire grise mine », remarque la directrice d’exploitation de la Cité de la Mer, Sophie Poret. Avant d’ajouter : « cela fait plaisir que Le Redoutable fasse peau neuve pour ses 55 ans, le 29 mars prochain ».  

Se retrouver sur ce chantier, c'est une chance. Cela n'arrivera peut-être qu'une fois dans ma carrière.

Mickaël Guilbaud, cordiste

Un chantier « exceptionnel »

«  Exceptionnel », «  atypique », «  impressionnant ». Pour la petite dizaine d’ouvriers,  le chantier - qui dure dix semaines – n’a rien d’anodin. «  On ne travaille pas tous les jours sur un sous-marin », souligne Mickaël Guilbaud, rouleau de peinture à la main. «  Les surfaces arrondies du bâtiment demandent un peu de réflexion pour s’accrocher, c’est intéressant », poursuit ce cordiste.

Avis partagé par son collègue Cyrille Bouriel, habitué à travailler en ville sur des immeubles aux architectures «  plus classiques ». Harnaché depuis le sommet du sous-marin, il jette un coup d’œil au panorama sur la mer et réalise : «  ça fait partie des beaux chantiers de l’année ! »

Après avoir décapé la surface de 128 mètres de long, deux couches de peinture seront appliquées. Pour que ce mastodonte retrouve tout son éclat, 2500 litres de peinture noire résistante aux UV sont nécessaires. Une opération qui s’élève à 150 000 euros.

L’histoire s’écrit dans le Cotentin

Le Redoutable est chouchouté. Car c’est à Cherbourg qu’il a vu le jour et qu’il a été lancé. En 1967, le Général de Gaulle met à l’eau le premier sous-marin nucléaire français lanceur d’engins (SNLE). «  A cette époque, les Américains, les Soviétiques et les Anglais avaient tous construit des SNLE », explique Jean-René Lélias. Cet ancien sous-marinier, qui a participé à l’armement du « Redoutable » de 1967 jusqu’à 1971, explique : « la France lance ce sous-marin pour garder son indépendance et défendre le pays. C’est ce qu’on appelle la dissuasion. »

Symbole du savoir-faire cherbourgeois

Le bâtiment est construit à l’arsenal de Cherbourg. Une prouesse technique pour l’époque, dont Jean-René Lélias est fier. «  On est parti d’une page blanche », se souvient l’ex-sous-marinier. En 1967, le SNLE lancé par le chef de l’Etat est une coque vide. L’équipage, qui arrive petit à petit à bord, invente et maquette directement l’intérieur du sous-marin. Au total, 14 millions d’heures de travail auront été nécessaires pour rendre opérationnel Le Redoutable. Pour Jean-René Lélias, prendre soin de cette «  grosse bête », c’est montrer les capacités techniques d’une époque. Il insiste : « Cherbourg est aujourd’hui le seul port français de construction des sous-marins. C’est une façon de rendre hommage aux ouvriers de l’arsenal ».

La star de Cherbourg

Pendant que le géant des mers se fait bichonner, quelques curieux observent et immortalisent le chantier en cours. Car après 20 ans de service et plus d’un million de kilomètres parcourus, Le sous-marin légendaire fait partie intégrante du paysage cherbourgeois. « La Cité de la Mer sans Le Redoutable, ce n’est pas vraiment la Cité de la Mer », reconnaît la directrice d’exploitation Sophie Poret. Il faut dire que Le Redoutable est l'attraction phare. Il est un passage obligé pour les 220 à 230 000 visiteurs annuels de la Cité de la Mer. 

Le Redoutable fait partie du patrimoine de la France et de Cherbourg.

Michel Le Gall, ancien sous-marinier

Un témoin de l’histoire

Apprécier les 8000 tonnes d'acier, découvrir l’imposante hélice, déambuler dans les entrailles du sous-marin… Le Redoutable est le seul sous-marin nucléaire ouvert au public en France. «  Entretenir ce bâtiment pour qu’il soit accessible, c’est une manière de transmettre ce qu’on a vécu et ne pas oublier le passé », explique Michel Le Gall, sous-marinier entre 1989 et 1991. Pour cet ancien instrumentiste sur le réacteur nucléaire, Le Redoutable est le dernier bateau sur lequel il a navigué. «  Dès que je le vois, tous les souvenirs reviennent », explique Michel Le Gall.

Membre de l' association des sous-mariniers, il anime des visites pour « transmettre ce que les hommes à bord ont vécu ». Il se remémore les périodes de 70 jours sans voir le soleil, les bons moments partagés avec ces co-équipiers à la cafétéria et l’attente des nouvelles de ses proches. Il se souvient notamment des familigrammes, des messages courts d’une vingtaine de mots, envoyés chaque semaine par son entourage.

Témoin d’une époque, le sous-marin offre la possibilité aux visiteurs de plonger dans le quotidien des sous-mariniers 55 ans après sa mise à l’eau. «  Sans vouloir être trop pompeux, Le Redoutable c’est presque un monument historique ! », conclut Jean-René Lélias.