Coupures d'eau potable : l'ouest de l'Orne et la Manche menacés, "et ça risque de continuer à se dégrader" jusqu'au Calvados

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Écrit par Alexandra Huctin .

Les robinets d'arrosage se ferment partout. Les communes du Calvados, de la Manche et de l'Orne prennent une à une des mesures. Les fontaines sont arrêtées, les pelouses, les stades, vont continuer à se dégrader dans les deux semaines qui viennent. Les coupures d'eau à la population menacent plus que jamais tout l'ouest de ces trois départements peu alimentés en eaux souterraines, préviennent les Préfectures.

Pour ceux qui croient lire des prévisions optimistes sur leurs téléphones pour ces prochains jours, changez d'application. La Normandie ne va pas retrouver son climat humide de sitôt . "Météo France nous donne peu d'espoir côté pluviométrie. Pas d'eau en vue avant dimanche et ce seront des orages très localisés. Quand à la pluie éparse attendue les jours suivants, elle a peu de chance de réalimenter, en volume, les cours d'eau en souffrance", explique Denis Gandin, chef de service eau et biodiversité à la Préfecture de l'Orne. "Après, Météo France prévoit sur 3 mois une rentrée chaude et un automne ni très sec, ni très humide. Croisons les doigts pour que ça se rétablisse peu à peu. Ils ne se sont pas trompés pour l'été, en tous cas."

Ce 10 août 2022, le Préfet de l'Orne a réuni ses services, les gestionnaires de l'eau et tous les utilisateurs (pêcheurs, agriculteurs, chefs d'entreprises, associations environnementales, etc). Ce dispositif élargi s'appelle désormais le Comité Ressources en eau et chaque département a le sien. Toutes les informations et décisions sont remontées ensuite à Paris. La Manche s'est aussi réunie, le Calvados a choisi d'attendre le jeudi 11 août mais le Préfet a déjà écrit à toutes les communes du département pour qu'elles s'auto-restreignent et donnent l'exemple. Caen, son agglomération et Deauville se sont mis à la page. (Voir tweet ci-dessous)

Partout dans l'ouest Normand, de Vire à Saint-Lô jusqu'à Flers, la situation se tend d'heure en heure. Et la "les niveaux seront réévalués chaque jour et localement, on peut craindre des mesures sévères", explique Denis Gandin. 

Les bassins en alerte se multiplient, les sous-sols nous disent pourquoi

Dans l'Orne, c'est donc bien tout le massif armoricain qui est en rouge. Du côté des plaines calcaire du bassin parisien, "on trouve de l'eau dans des nappes souterraines qu'on ne retrouvent pas dans le granite à l'Ouest." Et sous ce calcaire, plus on creuse, plus on trouve de l'eau. Voilà pourquoi, les niveaux y sont bas aujourd'hui mais sans craintes de ruptures d'approvisionnement. "A l'ouest c'est moins le cas, jusque-là le nord était surtout touché, le sud l'est désormais. Les cours-d' eau sont à sec et l'eau potable vient de ces eaux de surface."

A l'ouest de nos départements c'est moins le cas. jusque-là le nord était surtout touché, le sud l'est désormais. Les cours-d 'eau sont à sec et l'eau potable vient de ces eaux de surface.

Denis Gandin, préfecture de l'Orne

à France 3 Normandie

Les mesures de restrictions seront poussées au maximum. "Il faut que tout le monde, entreprises comprises,se mettent en mode économie. Chaque litre gagné par foyer est important à la fin.

La population de l'Ouest du département de l'Orne (Bagnoles-de l'Orne)  mais aussi du Calvados (Vire) ou de la Manche (Saint-Lô) sont dans le rouge, au point de rupture ou presque. Pour le moment le robinet coule encore mais il pourrait s'arrêter de fournir de l'eau à la demande.

"l'idée c'est d'éviter les coupures à tout prix"

Cette situation extrême, tout le monde "tente de l'éviter", explique Denis Gandin. Il y a des paliers de mesures restrictives comme des microcoupures, camions citernes, etc. "Mais ça n'est pas souhaitable non plus." Dans le Var, des mesures drastique ont été prises fin juillet. Va-t-on en arriver là en Normandie, si souvent raillée d'habitude pour ces étés "pluvieux"?

"L'idée c'est d'éviter les coupures à tout prix", explique le spécialiste de l'Orne. "On prépare des mesures palliatives." 

Arrêter de prélever ce qui n'est pas indispensable permettrait d'économiser 30% de nos ressources en eau, un chiffre à méditer. "On essaie de gagner ainsi du temps en faisant des économies et reculer le moment.

Ces derniers jours dans les marais près de Briouze (61), une centaine de carpes ont été retrouvées asphyxiées par une eau trop chaude. Le milieu aquatique souffre, la faune et la flore aussi. Il faut préserver les animaux d'élevage.

On a connu une situation de crise en 2017 et 2019 mais elle s'est déclenchée fin août et la première quinzaine de septembre puis tout est rentré dans l'ordre avec l'automne, mais là nous sommes un mois plus tôt et ça change tout. Nous sommes dans l'exceptionnel.

Danis Gandin, préfecture de l'Orne

à France 3 Normandie

Des agents de l'OFB et des gendarmes assurent la surveillance de notre consommation

Pour le moment des brigades circulent dans tous les départements essentiellement pour de la prévention. Des gendarmes accompagnés d'agents de l'OFB, l'Office français de la biodiversité, font essentiellement des rappels à l'ordre et de la pédagogie.

Mais des situations exagérées pourront être sanctionnées. Les premières amendes sont en train de tomber.

Les peines encourues sont de 1500 euros pour un particulier, 7500 euros pour une entreprise.

Les prochains Comités Ressources en Eau des préfectures se réuniront fin Août. D'ici là des cellules locales (des CLE-Comité local de l'eau) surveillent de près.

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