Frappé au crâne à coups de machette, Jason attend depuis huit ans que la justice soit rendue

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Le 1er février 2014, Jason Prével était découvert entre la vie et la mort sur le parking d'une salle de concert d'Hérouville-Saint-Clair. Huit ans plus tard et après déjà deux procès, les deux agresseurs présumés n'ont toujours pas été définitivement jugés. La justice se penche une nouvelle fois sur cette affaire ce lundi à Coutances.

"J'étais là au mauvais endroit, au mauvais moment. Je n'ai toujours pas l'explication de pourquoi moi. Ces deux individus, je ne les avais jamais vu auparavant, je n'avais jamais discuté avec eux, je ne les avais jamais regardé, leurs prénoms m'étaient inconnus. Ce soir-là, je sors et on brise ma vie, on essaye de me l'enlever, sans aucune raison. Comment expliquer un tel acte ?"
Le 3 mai 2016, à l'ouverture du procès aux assises du Calvados, Jason, 20 ans, exprimait à la fois sa détresse et son incompréhension face au déferlement de violence dont il avait été la cible deux ans plus tôt. Mais huit ans après les faits, la justice n'a toujours pas été définitivement rendue. Un troisième procès s'ouvre ce lundi 7 mars 2022 aux assises de la Manche à Coutances.

Le 1er février 2014, au petit matin, Jason est retrouvé inconscient sur le parking d'une salle de concert d'Hérouville-Saint-Clair (dans la Calvados). De la matière osseuse et cérébrale s'échappe du crâne du jeune homme alors âgé de 18 ans. Son pronostic vital est plus qu'engagé. Après trois semaines de coma, il finit par revenir parmi les vivants, miraculeusement selon les médecins. Mais non sans séquelles. Le jeune homme, amateur de football, ne peut plus pratiquer son sport favori : sa jambe droite ne répond plus comme avant. S'ajoutent également la fatigue, les maux de têtes et même l'épilepsie, apparue depuis le traumatisme.

Coups de machette et coups de pied

Ce devait être une soirée festive, rythmée par la musique caribéenne. Mais l'absence est devenue chaude, au mauvais sens du terme. Une bagarre éclate entre deux groupes. Et Jason, dans la confusion générale, se retrouve "au mauvais endroit, au mauvais moment". Il tente de s'interposer mais un premier homme, âgé d'une trentaine d'années, surgit une machette à la main et le frappe à deux reprises au crâne. Un deuxième, la petite vingtaine, assène un coup de pied à la tête du jeune homme de 18 ans déjà à terre. Deux ans plus tard, les deux agresseurs sont respectivement condamnés à 10 et 8 ans de prison par les assises de la Manche. Mais le protagoniste ayant écopé de la peine la moins lourde fait appel.

Un second procès houleux

En  février 2017 s'ouvre un second procès à Alençon, un procès particulièrement houleux qui s'achèvera sur un renvoi. L'un des avocats de la défense, Me Alex Ursulet se montre plus que pugnace et multiplie les incidents à l'audience, suscitant la colère de l'accusation et de la partie civile. "J'ai requis dans des centaines d'affaires, je n'avais jamais vu cela", déplore alors l'avocat général Pascal Chaux auprès de nos confrères de Ouest-France. Me Ursulet, pour sa part, dénonce "une atteinte à l'équité du procès" et estime qu'une blessure du frère de son client n'a pas été pris en compte par les enquêteurs. "Celui qui se présente comme la victime pourrait être celui qui a porté le coup", estime le pénaliste dans les colonnes du quotidien régional. Il épuisera par la suite tous les recours pour demander un complément d'enquête.

Avec la pandémie, le troisième procès a été de nouveau retardé et s'ouvre seulement ce lundi 7 mars 2022, soit plus de huit ans après les faits. Dans la voix de Jason Prével, une grande fatigue. "Je suis lassé de tout ça. Huit ans c'est long pour me reconstruire", raconte ce matin le jeune homme. Il y a six ans, lors du premier procès, il espérait des réponses. Aujourd'hui, il n'y croit plus. "Ces deux personnes n'assument pas vraiment, ils rejettent la faute sur un peu tout ce qu'ils peuvent trouver comme moyen de justifier leur acte. A l'heure d'aujourd'hui, il n'y a qu'une victime, c'est moi. Je porte les séquelles et le poids de tout ça. Pas eux."

Passer à autre chose

A 26 ans, l'état de Jason ne lui permet toujours pas de travailler. "J'ai encore un suivi psychologique, un suivi par le kiné. Je boite toujours malgré les opérations, ça n'a pas eu l'effet escompté à 100%, et je suis épileptique. Après, je reviens de loin. Mais ça n'aurait pas dû m'arriver. J'aurais dû continuer ma vie comme un gamin de 18 ans et me développer normalement." Ce troisième procès devrait s'achever jeudi ou vendredi. "J'ai pris beaucoup sur moi, ma famille aussi. J'espère vraiment que le livre se ferme en fin de semaine et qu'on puisse passer à autre chose."

Légitime défense selon la défense

Ce lundi matin, les deux agresseurs présumés de Jason Prével sont arrivé libres pour être jugés à Coutances. Depuis huit ans, leur version des faits ne semble pas avoir changé : il s'agissait d'une bagarre générale, d'une situation confuse. L'avocat d'un des deux accusés, Me Alex Ursulet dénonce une nouvelles fois "une instruction qui n'a pas été faite complètement" et "des agresseurs déguisés en témoin". L'avocat plaide la légitime défense. "Mon client s'est retrouvé au centre d'une situation exceptionnelle et a été obligé de se défendre, de défendre la vie de son frère, qui a reçu un coup de couteau dans le dos, et la vie de son ami". Et de dresser un portrait élogieux de son client : "quelqu'un de gentil, de responsable, pas violent."

Du côté de la partie civile, cette version des faits suscite au mieux une profonde exaspération. "Pour moi, il n'y a pas de difficulté dans le dossier. Je regrette que des hommes qui comparaissent pour la Xème fois devant la justice pour ce dossier n'aient pas profité du recul qu'ils ont eu pour admettre leurs torts", déplore Me Sylvie Panetier, "Jason a envie qu'on lui dise pourquoi, qu'on lui dise pardon et qu'on prenne les responsabilités qui sont à prendre."