Pêche : 4 mois après le Brexit, des bateaux contraints de rester à quai

 Depuis le 1er Janvier et la mise en place du Brexit, certains navires normands se sont vus interdire l'accès aux eaux côtières britanniques, faute de pouvoir obtenir une licence en bonne et due forme. 

Le Boree-Al, chalutier construit en 89 à Cherbourg est rentré au bercail.
Le Boree-Al, chalutier construit en 89 à Cherbourg est rentré au bercail. © FTV

"C’est une catastrophe!", Sophie Leroy à la tête de l’armement cherbourgeois ne décolère pas. Elle a été contrainte de laisser à quai 2 de ses 5 navires hauturiers faute de pouvoir obtenir une licence de pêche dans les eaux britanniques. "Les Anglais nous refusent l’accès à leurs eaux sous prétexte que ces 2 chalutiers hauturiers de 24 mètres (le Marie Belise et le Marie Catherine) n’avaient pas d’autorisation sur la période 2012-2016 et pour cause, ils ont été mis à l’eau en 2017 et 2018."

L’accès aux eaux anglaises interdit

 L’Angleterre a en effet accordé des licences de pêche aux navires pouvant justifier d’une présence dans la zone côtière des 6-12 milles britannique entre 2012 et 2016. "C’est incompréhensible, on nous reproche d’avoir investi dans deux bateaux récents pour faire vivre notre entreprise, plus de 60% des captures ont été réalisées dans les eaux anglaises et ça n’avait jamais posé de problème jusqu’à maintenant" explique-t-elle.

Selon le comité régional des pêches de Normandie, une dizaine de navires hauturiers seraient ainsi privés d’accès aux eaux britanniques. 

Les Anglais font pas mal de contrôles et c’est toujours compliqué de négocier avec eux

Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches

"Les Anglais font pas mal de contrôles et c’est toujours compliqué de négocier avec eux" souligne Dimitri Rogoff, le président du Comité régional des pêches. Au total , ce sont près de 300 navires normands qui fréquentent les eaux britanniques dont plus de la moitié réalisent leurs captures dans les îles anglo-normandes mais, là aussi, les autorisations sont délivrées au compte-gouttes dans une période transitoire qui s’étend jusqu’au 30 Juin.

Romain Davodet est le patron du Cap Nord, un caseyeur de 9 mètres basé à Carteret. Il réalise plus de 50% de ses captures sur Jersey et les Ecréhou (îles anglaises) et il reconnaît que sur l’eau les relations avec ses les marins britanniques sont plutôt bonnes mais le Bréxit complique les choses : "On peut se faire foutre dehors du jour au lendemain alors qu'auparavant, on avait les accords historiques de la baie de Granville. Aujourd’hui, tout est remis à plat."

On peut se faire foutre dehors du jour au lendemain alors qu'auparavant, on avait les accords historiques de la baie de Granville.

Romain Davodet, patron du Cap nord

Des pêcheurs normands acceptés mais jusqu’à quand ?

Les Associations de pêcheurs jersiais ont bien tenté de proposer d’étendre leur zones de capture en interdisant l’accès des Normands à 3 mille nautiques autour de leurs îles. Un projet consistait même à interdire les navires Normands jusqu’au plateau des Minquiers très fréquenté par les pêcheurs de crustacés et autres bulotiers de Granville. Car c'est bien la protection de la ressource qui est en jeu. La présence de bateaux étrangers et notamment de navires hollandais aux abords des côtes britanniques font craindre une pression sur la ressource"On a croisé des navires de plus de 30 mètres de long battant pavillon allemand mais exploités par des sociétés hollandaises. Les Anglais voudront préserver leur ressource et ne les autoriseront pas à venir pêcher dans la zone côtière des 6-12 milles au bord de leurs côtes là où le poisson est en abondance" prévient Dimitri Rogoff.

Les Britanniques qui refusent de délivrer des licences de pêche aux bateaux étrangers pourront-ils tenir encore longtemps ? Vendredi matin , Environ 150 marins de Boulogne-sur-mer avaient dénoncé "le bras de fer orchestré par le gouvernement britannique qui fait preuve de mauvaise foi et ne tient aucune de ses promesses ».

 

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