Méfiez vous des applications sur les champignons ! Les bons conseils pour réussir sa cueillette en Normandie

Avec l'arrivée de l'automne, les champignons pullulent dans nos forêts. Attention aux intoxications ! Selon l'agence sanitaire Anses, les applications de reconnaissance ne sont pas suffisamment fiables. Mieux vaut suivre les conseils traditionnels que la technologie.

© Dylan MEIFFRET/PHOTOPQR/NICE MATIN
L'an dernier, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et la Direction générale de la santé (DGS) avaient déjà tiré la sonnette d'alarme. Plus de 2.000 cas d'intoxication liés à la consommation d'une espèce toxique ou de champignons comestibles mal cuits ou en mauvais état avaient été rapportés aux centres antipoison, dont trois mortels, au deuxième trimestre 2019. Avec l'automne, voici revenir la saison des champignons. Et une nouvelle mise en garde de l'Anses.

Cette année, l'agence sanitaire s'alarme de l'apparition d'applications sur smartphone censées identifier un champignon grâce à une photo, ou plutôt de leur efficacité. "Les applications smartphone de reconnaissance de champignons peuvent favoriser les confusions entre les champignons comestibles et les champignons toxiques. Ne consommez pas les champignons identifiés par ce biais, le risque d’erreur est élevé", indique l'Anses sur les réseaux sociaux.
  L'an dernier, à la suite de l'intoxation sévère d'une famille de trois personnes (trois hépatites et un enfant placé en réanimation), le centre antipoison avait lancé une étude sur deux application de reconnaissance de champignons. L'étude est toujours en cours mais les premiers résultats suscitent l'inquiétude. Concrètement, les chercheurs passent au crible de ces applications les photos envoyées par des particuliers craignant d'avoir été intoxiqués. "Elles se trompent à plus de 50% sur l'espèce", a déclaré le Dr Jérôme Langrand à l'AFP. "Parfois c'est bénin, mais dans certains cas, elles créent des situations à risque d'intoxication", insiste le médecin. Même si les applis signalent le risque mortel de certaines espèces, pour lui, ce n'est pas suffisant: "il faut dire aux gens qu'il faut s'abstenir de manger tout champignon sur avis d'une application".

Prendre une photo d'un champignon collecté en forêt n'est toutefois pas inutile. Elles permettront aux médecins, en cas d'intoxication, de déterminer le traitement adéquat. 


 

 

Où ramasser des champignons ?


Première étape pour en trouver : se rendre dans une forêt où la cueillette de champignons est autorisée. La forêt normande s’étend sur près de 420 000 hectares, soit 14% de la surface totale de la Normandie. C’est dans le département de l’Eure que l’on trouve le plus d’espaces boisés et dans la Manche que l’on en recense le moins.

Le problème c’est que toutes ces forêts ne sont pas ouvertes au public. Les ¾ de la surface boisée régionale appartiennent à des propriétaires privés et donc il est interdit d’y pénétrer (sauf autorisation du propriétaire).

En revanche, la cueillette est tolérée dans certaines forêts communales et dans les forêts domaniales qui sont gérées par l’ONF.


Sur cette carte, les forêts domaniales en Normandie :
 


10 conseils pour réussir sa cueillette

 

Les conseils de Philippe Vérité, mycologue de la société des amis des sciences naturelles et du muséum de Rouen

 
 

Quelques règles à respecter


Il est interdit de ramasser des champignons dans les forêts privées (même si elles ne sont pas clôturées) sauf autorisation bien sûr du propriétaire.

Dans les forêts domaniales :

- Il est interdit de ramasser plus de 5 litres de champignons (sous peine d’amendes qui peuvent aller de 135 euros à 45 000 euros et 3 ans d’emprisonnement).

- Ne pas rentrer dans des zones de travaux forestiers ou de chasses en cours pour votre sécurité (vous pouvez consulter les calendriers de chasse sur le site de l’ONF www.onf.fr).

- Dans l’Orne, le Calvados et la Manche la cueillette est autorisée de 8h le matin au coucher du soleil et interdite les mardis et jeudis (même fériés) par arrêtés préfectoraux (sous peine d’amendes allant de 45 à 135 euros). Il n’y a pas de restriction dans l’Eure et en Seine-Maritime.

- La cueillette de champignons sauvages dans un but pédagogique et/ou scientifique est soumise à autorisation de l'ONF

- Le ramassage à des fins commerciales est interdit sans autorisation expresse de l'ONF désignant les espèces, les jours et les lieux précis de collecte

 
La Charte du ramasseur de champignons dans les forêts domaniales de l'Orne de la Manche et du Calvados
La Charte du ramasseur de champignons dans les forêts domaniales de l'Orne de la Manche et du Calvados © ONF - Office National des Forêts

 

Le top 3 des espèces de champignons normands


Les forêts normandes sont principalement composées de feuillus et surtout de chênes. Dans la région, on trouve plusieurs centaines d’espèces de champignons donc il est difficile d’être exhaustif. Pour ceux qui veulent aller plus loin, il existe un site qui géolocalise les trouvailles des mycologues avec descriptions des champignons et données GPS.
 

1. La star : le cèpe de Bordeaux


C’est le champignon phare en Normandie et sans doute le plus reconnaissable. Le cèpe de Bordeaux peut mesurer entre 4 et 25 cm. On le trouve dans les bois de feuillus et de conifères de septembre à octobre. Il est lisse, sa tête est rousse et son pied plutôt gros, blanc à brun clair.
 
© Watier/Maxppp

Le cèpe des pins est aussi très recherché. Il mesure entre 4 et 25 cm et son chapeau est acajou, facilement reconnaissable. Son odeur est agréable. On le trouve dans les forêts de conifères et de feuillus, principalement sous les pins et les châtaigniers.


Les faux-amis 


Le bolet amer qui comme son nom l’indique est immangeable. Contrairement aux cèpes comestibles son hyménium (le dessous du chapeau) est rosâtre et son pied est très strié. Si vous goûtez un petit morceau son amertume est rédhibitoire.   

Le bolet de Satan ou Boletus Satanas est moins toxique qu'il n'y paraît. Il est en revanche indigeste. Il mesure entre 10 et 30 cm, son pied est jaunâtre, son odeur désagréable et le dessous du chapeau est jaune puis rouge écarlate. Rien de très appétissant et donc facile à repérer !
 

2. Le graal : les girolles et les chanterelles 


Ce sont des champignons qu’il faut savoir dénicher car ils se font de plus en plus rares. Les mycologues gardent jalousement leur bons « coins » car ce sont des espèces qui reviennent au même endroit d’une année sur l’autre.

On les trouve dans les forêts de feuillus, chênes et châtaigniers, sur des terrains en pente bien drainés, des sols acides et peu calcaires La girolle est reconnaissable à sa forme d’entonnoir d’un diamètre de 3 à 10 cm. Son parfum exhale des effluves de mirabelle ou d’abricot.
 
© Laurence Mouton/ AltoPress / Maxppp


Les faux-amis 


Difficile de confondre les girolles ou les chanterelles avec d’autres champignons. Le Clitocybe orange, plus petit et jaune orangé, peut vous induire en erreur. Il n’est pas toxique mais n’a guère d’intérêt au niveau gustatif.

En revanche, attention au Clitocybe illusoire qui est dangereux pour la santé. Ce champignon, plutôt rare, est présent sur les souches ou les bois de chênes et de châtaigniers. Sa chair est jaunâtre et il laisse une teinte orange sur les mains lorsqu’on le manipule. Attention aussi à la Clitocybe de l'Olivier, moins fréquente dans nos régions.  
 


3. La coulemelle, le champignon généreux


Troisième champignon prisé des mycologues normands (et d’ailleurs) : la coulemelle. Avec son large chapeau qui peut atteindre jusqu’à 30 cm, cette espèce ravira les plus gourmands. On trouve la coulemelle de l’été à l’automne principalement dans les prés et les clairières. Seul le chapeau est bon.
 
© Sylvestre / MAXPPP


Les faux-amis 

La coulemelle appartient à la famille des lépiotes, attention donc à ne pas la confondre avec certaines de ses cousines. Les petites lépiotes par exemple sont à écarter car certaines sont mortelles. Leurs chapeaux sont inférieurs à 10 cm, il ne s’agit donc pas de coulemelles.

La lépiote déguenillée est à éviter même si elle reste comestible, son anneau n’est pas coulissant. Enfin, la lépiote vénéneuse comme son nom l’indique est toxique. Son chapeau est parsemé de tâches rougeâtres disposées en étoiles. Elle pousse souvent sur des détritus ou du compost. Idem pour la lépiote brun-rose qui est aussi mortelle.
 

Alerte: un nouveau champignon mortel en Normandie

Depuis peu un champignon très dangereux a fait son apparition en Normandie. Il s’agit de l’Amanita virosa de variété Levipes. Ce champignon d’origine américaine est présent dans toutes les forêts normandes depuis 2012, sous les feuillus comme sous les résineux. Il est invasif.
 
© Jean-Philippe Rioult / université de Caen

Il mesure entre 6 et 15 cm et son aspect est massif, son chapeau peut atteindre jusqu’à 20 cm. L’Amanita virosa est mortelle. De manière générale éviter toutes les amanites qui sont la première cause de décès liés à la consommation de champignon en France

Pour tout connaître sur les symptômes des intoxications avec des champignons normands et sur les confusions possibles entre les espèces, vous pouvez consulter ce guide élaboré par le Département de Botanique, Mycologie et Biotechnologies de l’université de Caen et l’ARS Normandie :

 
© Omedit et ARS

 



 
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