Le monde de la glace normand sous le choc face aux révélations de violences sexuelles dans le patinage

© PHOTOPQR/NICE MATIN
© PHOTOPQR/NICE MATIN

Le livre de Sarah Abitbol vient de créer un tsunami médiatique, autour des violences sexuelles dans le patinage. En Normandie, les dirigeants ne se cachent pas face à ce scandale. Entre volonté de prévention et inquiétudes pour leur sport, ils témoignent.

Par David Frotté

La semaine dernière, il était inaccessible aux journalistes. Concentré sur téléphone, en pleine French Cup (compétition internationale de danse synchronisée). Didier Gailhaguet, n'a pas dû profiter beaucoup du spectacle qui se jouait sur la glace de Rouen.
On comprend mieux maintenant. Le président de la fédération française des sports de glace, devait être en train de comprendre le séisme qui s'apprêtait à toucher de plein fouet les sports de glace.

"Un si long silence", le livre de Sarah Abitbol, sorti le 30 janvier dernier, fait du bruit, beaucoup de bruit. Elle y dénonce les agressions sexuelles subies alors qu'elle était adolescente. Des viols répétés pendant 2 ans.
 

Je dormais avec mes petites peluches, et il me réveillait avec sa lampe torche. C'était un cauchemar.


La championne de patinage artistique accuse son ancien entraîneur, Gilles Beyer. "Je dormais avec mes petites peluches, et il me réveillait avec sa lampe torche. C'était un cauchemar. Ce qu'il a fait, c'est encore terrible aujourd'hui, et c'est pour ça que je prends la parole. Je suis encore malade, sous antidépresseurs", a-t-elle confié au micro de France Inter.

Sarah Abitbol incite également les jeunes athlètes à parler de ces agressions. Elle veut "nettoyer la fédération des sports de glace" et réclame le départ des dirigeants du patinage français.
 


4 des 16 membres du bureau de la FFSG ont démissionné, dont le Normand Pascal Henry

Le président de la commission des sports extrêmes est normand : Pascal Henry, président également de la Ligue de Normandie et du club de Louviers (Eure). Il faisait partie du bureau exécutif de la Fédération Française des Sports de Glace depuis deux ans, et est en désaccord, comme 3 de ses collègues, avec le maintien en poste de son président Didier Gailhaguet.

Ce qui m'a poussé à prendre cette décision, c'est que Didier Gailhaguet ne démissionnait pas. Pour moi, pour le bien du sport, du patinage, c'était une sage décision qu'il démissionne, c'est ce que je lui ai dit


Une enquête administrative a eté ouverte. Le président de la fédération avait été "invité" à démissionner par la ministre des sports Roxana Maracineanu. Mais s'y est pour l'instant refusé. "Pour être démissionnaire, il faudrait que j'ai commis une faute, ce qui n'est pas le cas. Notre fédération, nos encadrements sont salis et je ne l'accepte pas." 

La réponse de Roxana Maracineanu a été cinglante, la ministre n'hésitant pas à menacer de retirer la délégation de l'Etat à la fédération des sports de glace.
 


L'inquiétude à Caen

Forcément devant un tel scandale, les clubs sont désemparés.
A l'ACSEL Caen, Ludovic Le Guennec a déjà vu les premieres répercussions, surtout chez les jeunes de 8-11 ans, "en âge de comprendre tout ce qu'ils entendent à la télévision ou à la radio".

Les enfants se posent des questions, sont inquiets. "Est-ce que ça se passe partout ? Est-ce que si on va ailleurs, on aura des problèmes ?" Les parents qui viennent pour les inscriptions se renseignent aussi. C'est légitime. 


Le club caennais emploie deux femmes et un homme comme entraîneurs, et essaie de faire de la prévention, en attirant l'attention des enfants sur tout comportement suspect, d'un coéquipier, d'un entraîneur ou de n'importe quelle personne gravitant autour de la glace ou des vestiaires.

En 15 ans dans le patin, je n'ai jamais entendu le moindre problème en Normandie. Quand j'ai appris ce qui s'est passé, je suis tombé le cul par terre. Je ne m’attendais pas à de telles choses dans notre milieu.


Ce qui l'inquiète tout autant, c'est la menace de la ministre. Le retrait possible de la délégation.
 

Je comprends ; remettre de l'ordre à la fédération, je suis 1000 fois pour, mais on ne peut pas tout exiger aussi vite, tout détruire. Ce serait une hécatombe pour les clubs, finies les subventions, finies les conventions avec les mairies pour avoir accès aux patinoires... 

Il faut dire que la saison des championnats de France de patinage commence dans une semaine. Les mondiaux sont dans un mois.
Et aujourd'hui, c'est clairement tout un monde de la glace qui tremble. Près de 250 clubs, 30.000 athlètes, 12 disciplines.

Roxana Maracineanu veut elle sensibiliser les administrations et les fédérations sur l'existence du Fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (Fijais). "Les dirigeants des clubs doivent pouvoir s'assurer que leurs bénévoles n'ont pas de casier judiciaire, n'ont pas été condamnés pour des infractions graves, notamment à caractère violent ou sexuel", a expliqué l'ancienne nageuse.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus