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Comment la grossophobie entrave l'accès à l'emploi pour les personnes en surpoids

© PHILIPPE HUGUEN / AFP
© PHILIPPE HUGUEN / AFP

Une conférence sur la grossophobie s'est tenue à l'IUT de Cherbourg le 20 mars. L'occasion de rappeler que les personnes obèses ou en surpoids sont très souvent discriminées sur leur physique. Notamment dans leur recherche d'emploi. 

Par Camille Belsoeur

C'est une discrimination qui échappe largement aux radars et demeure taboue : la grossophobie. Mercredi 20 mars à l'IUT de Cherbourg, des étudiants en première année de DUT Gestion des entreprises et des administrations, coorganisaient avec le sociologue Jean-François Amadieu, auteur du livre "La Société du paraître, Les beaux, les jeunes ...et les autres" (éditions Odile Jacob), une conférence sur la grossophobie. 

"Le poids et la taille des gens sont le premier facteur de discrimination pour les demandeurs d'emploi avant les origines", témoigne Jean-François Amadieu, qui dirige par ailleurs l'Observatoire des discriminations. "Le fait qu'en France les recruteurs continuent à utiliser des photos sur leur CV dégrade les chances des personnes qui ont des visages ronds à décrocher un emploi. En France, le candidat est jugé lors d'un entretien. Le physique de la personne joue donc beaucoup sur l'image que se fait de lui le recruteur"
 
 

"C'est difficile de convaincre les entreprises"

Charline Saussaye, responsable des questions de discrimination à la Maison de l'emploi et de la formation du Cotentin, avait réalisé une étude en 2013 dans le département de la Manche pour quantifier la discrimination concernant les personnes obèses ou en surpoids pour accéder à un emploi. "Les femmes ont 3,5 fois moins de chances d'accéder à un entretien du fait d'avoir la photo de quelqu'un en surpoids sur leur CV, à expériences égales", dit-elle.

"J'ai de plus en plus de gens qui viennent me voir car le surpoids les inquiète pour leur image dans leur recherche d'emploi. C'est difficile de convaincre les entreprises de ne pas juger les gens en surpoids. Quand je tiens ce discours on m'accuse parfois de vouloir encourager l'obésité", poursuit Charline Saussaye. 

Les femmes en surpoids sont bien plus pénalisées que les hommes dans leur recherche d'emploi. "Nous avons testé dans la Manches des CV sans photos. Les femmes avaient 2,5 fois moins de chances que les hommes de décrocher un entretien pour un poste. Avec des photos, les hommes en surpoids sont peu pénalisés, alors que les femmes en surpoids le sont encore davantage que des femmes sans surpoids", note Charline Saussaye. 

CSP+ contre milieux populaires

En plus de renforcer les discriminations contre les femmes, la grossophobie agit comme un déterminant social. "L'obésité est un marqueur social. La part d'obèses croît rapidement dans la catégorie des personnes qui gagnent moins de 1 200 euros par mois, alors que les chiffres stagnent pour les gens qui gagnent plus de 3 800 euros par mois", analyse Jean-François Amadieu. 

Seule consolation pour les gens en surpoids qui vivent dans un département rural comme la Manche, "le fait qu'il y ait une plus grande proportion d'obèses en campagne que dans les métropoles, car il y a moins de gens qui appartiennent aux CSP+ en milieu rural, diminue un peu les discriminations contre les obèses dans les petites villes. Simplement, car les gens sont plus habitués à côtoyer des personnes en surpoids", conclut Jean-François Amadieu. 

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