Coronavirus : les professeurs à l’épreuve de l’isolement

Anne-Laure Lefebvre est professeure de français à Alençon . Un collège en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Depuis le 16 mars et la fermeture de tous les établissements scolaires, elle assure l’accompagnement de 80 élèves.
 

Par Damien Migniau

A son grand regret, Anne-Laure n’entend plus les rires dans la cour de récréation ou le chahut dans sa classe mais elle maintient tout de même le contact avec ses élèves. Chaque jour, elle échange avec une soixantaine d’entre eux via des SMS, les boites mail ou les réseaux sociaux. L’objectif est bien sûr de poursuivre le programme scolaire mais aussi d’être à l’écoute de ces jeunes adolescents isolés.

"Ca me tient à cœur de ne pas les abandonner. Si c’est dur pour nous, pour des adolescents de 11 à 15 ans ça l’est aussi.  L’école leur manque ! Au début, ils étaient contents mais maintenant ils se rendent compte que le travail en autonomie c’est très difficile,  qu’un professeur pour réexpliquer c’est important. Ils sont un peu perdus, un peu paniqués".

Pour qu’ils puissent mettre des mots sur leurs sentiments mais aussi être acteur de ce qui est en train de se dérouler, cette professeure de français leur a proposé différents exercices de style. Création d’affiches pour inciter les gens à rester chez eux, clips aux paroles engagées pour rester fort face à la crise, mais aussi un journal du confinement à la manière d’Anne Franck.

"On est en train de vivre une page de l’histoire qui n’a jamais eu lieu avant. L’idée c’est de s’inspirer du journal d’Anne Frank qui ne se rendait pas compte que son journal allait marquer l’histoire. Moi je pense que le témoignage de nos enfants pourra servir par la suite. Ils sont acteurs d’un événement historique et c’est important qu’ils puissent en témoigner. Il y a une fonction testimoniale, une fonction exutoire et bien sûr une fonction pédagogique en français." 

Interrogée avant que le ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer, n'annonce l'évaluation du brevet par contrôle continu, Anne-Laure Lefebvre était plutôt confiante pour ses élèves de troisième vis-à-vis de l'épreuve. Elle les trouvait très investis dans les devoirs et à sa grande surprise certains d’entre eux qui avaient tendance à décrocher avaient même retrouvé un surcroît d’énergie. "Ils n’ont plus rien d’autre à faire que de travailler", concluait-elle.
 

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