Condé-sur-Sarthe: une prison sous tension, des surveillants à bout de nerf

Depuis son ouverture en mai 2013, cet établissement conçu pour accueilir des détenus difficiles est le théâtre de nombreux incidents. Ce lundi, deux surveillants ont été pris en otage par un détenu. Le personnel dénonce un "laxisme" de la direction.

Par CM et HJ

"Si tu bouges, j'te saigne". Ce lundi, au moment de la distribution des repas dans les cellules, un détenu se jette sur un surveillant muni d'une arme blanche artisanale et le plaque au fond de la pièce, la lame posée sur la gorge. Un deuxième gardien fait irruption et se retrouve piégé à son tour. Cette prise d'otage au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe a duré une dizaine de minutes, un laps de temps relativement court en temps normal mais très long pour les agents concernés. "Pendant ces dix minutes, nos collègues se sont vus mourir", raconte ce mardi Emmanuel Guimaraes, du syndicat SNP F.O. L'intervention d'autre surveillants, qui ont réussi à détourner l'attention du détenu, a permis d'éviter le pire.

Le quartier disciplinaire est plein

Le détenu avait déjà fait parler de lui. Pas plus tard que la veille. Dimanche, "il avait créé un gros tapage en défonçant tout l'intérieur de sa cellule, en défonçant une cabine téléphonique, en insultant tous les personnels". Un comportement qui pourtant, déplorent les responsables syndicaux, ne lui a pas valu d'être placé sur le coup en quartier disciplinaire. Un quartier disciplinaire dont les huit cellules sont d'ailleurs pleine ce mardi suite au nouvel incident survenu ce matin. C'est cette fois-ci le médecin de l'établissement qui a été victime d'une agression. Celui-ci n'est pas blessé mais les deux surveillants qui sont intervenus pour maîtriser l'agresseur se sont vus prescrire 3 jours d'incapacité temporaire de travail. Leurs deux collègues, pris en otage lundi, sont eux arrêtés pour trois semaines.  

Depuis son ouverture en mai 2013, cet établissement conçu pour accueillir des détenus difficiles est le théâtre de nombreux incidents. Au bout d'un an de fonctionnement, la moitié des gardiens demandaient déjà leur mutation. En décembre 2014, plusieurs dizaines de surveillants avaient bloqué pendant quelques heures l'établissement pour exprimer leur colère et réclamer davantage de moyens. "Aujourd'hui, on a l'effectif, on a le personnel", reconnaît Emmanuel Bodin, du syndicat SNP FO. Mais la tension au sein de l'établissement semble ne jamais avoir été aussi vive.

Les personnels réclament tout d'abord un retour au projet initial de ce centre pénitentiaire. "L'établissement accueille 80% d'exclus d'autres maisons centrales. Au début, ils devaient rester ici 9 mois. L'établissement a été conçu pour les recadrer. Aujourd'hui, certains restent jusqu'à deux ans. Au départ, ils ne veulent pas venir. Une fois sur place, ils ne veulent plus partir".

des grooms qui servent les détenus"


Le centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, un lieu idyllique ? Selon les responsables syndicaux que notre équipe a pu interroger, l'établissement ne serait sécuritaire qu'en surface. Emmanuel Guimaraes dénonce "un laxisme et une gestion permissive qui met à mal la sécurité des agents". Son collègue, Emmanuel Bodin, évoque "un établissement où le nom de porte-clef pour les surveillants n'a jamais été aussi bien porté", des surveillants qui selon lui sont devenus "des grooms qui servent aux détenus, les détenus ordonnent et obtiennent". Et de rappeler l'histoire du colis de 59 kilos reçu par un détenu à Noël dernier.

Les personnels réclament désormais un retour à l'application strict du règlement. La direction de l'administration pénitentiaire leur a proposé une réunion en février, une date qu'ils jugent trop tardive et un interlocuteur qui leur semble peu à meêm de répondre à leurs préoccupations. Ils demandent une réunion directement au ministère de la justice.

Reportage de Hélène Jacques et Nicolas Corbard
Intervenants:
- Emmanuel Guimaraes, secrétaire local SNP FO
- Emmanuel Bodin, secrétaire inter-régional Grand Ouest pénitentiaire FO

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