Pour le 80e anniversaire du Débarquement, la flamme du soldat inconnu va quitter la France

Pour "remercier les alliés" du Débarquement, un cortège de 34 jeunes Français transporte vers les États-Unis un flambeau prélevé sur la flamme de la Nation, au pied de l'Arc de Triomphe. Le groupe remonte la voie empruntée par les forces alliées pour aller libérer la capitale en 1944 et multiplie les cérémonies d'hommage dans les communes qu'il traverse.

Sous l'Arc de Triomphe, à Paris, le feu qui habille la tombe du soldat inconnu ne s'éteint jamais. Depuis son allumage, le 11 novembre 1923, la flamme de la Nation, qui rend hommage aux Français tombés au champ d’honneur, n'a pas cessé de briller. Pas même pendant le tumulte de la Seconde Guerre mondiale.

Pour la première fois de son histoire, ce mois de mai, la flamme de la Nation va quitter la France. Pour les 80 ans du débarquement de Normandie, celle-ci est transportée par une soixantaine de personnes et douze véhicules vers les États-Unis. "On apporte la flamme de la Nation française à nos alliés, puisqu’eux nous ont apporté la liberté", explicite Catherine Ciron, la présidente du comité de la Voie de la Libération, le collectif associatif qui organise l'évènement. "Nous voulons remercier nos alliés".

Bien sûr, la flamme originelle continue de brûler au pied de l'Arc de Triomphe. C'est un flambeau, prélevé le 8 mai sur la flamme du soldat inconnu, qui est en chemin vers le cimetière militaire d'Arlington, dans l'état de Virginie, aux États-Unis. L'arrivée est prévue pour le 24 mai, avec un passage par le Royaume-Uni le 16 mai.

Jeeps et bus

Le cortège qui l'accompagne attire l'œil : huit jeeps et un dodge américains de collection, datant du Débarquement, escortent la flamme. 34 jeunes de 18 à 28 ans, sélectionnés sur lettre de motivation, suivent en bus. "Ce sont nos ambassadeurs", précise Catherine Ciron. La procession n'avance pas au hasard, puisqu'elle suit les bornes de la route de la Libération. C'est cette voie qui a été empruntée, après le débarquement de juin 1944, par les troupes alliées en route pour libérer la capitale.

Dans chaque ville étape, un arrêt s'impose, le temps d'une cérémonie d'hommage devant le monument aux morts de la commune. Les 34 jeunes ambassadeurs mènent ainsi jusqu'à quatre cérémonies par jour.

Théo Chataîgnier, Normand de 19 ans originaire de Saint-Laurent-de-Condel (Calvados), fait partie des ambassadeurs. C'est lui qui remettra la flamme aux Américans d'Arlington, le 24 mai prochain. "Le devoir de mémoire me tient à cœur", énonce cet étudiant en sciences de la vie à l'Université de Caen, pour justifier sa participation. "Faire un évènement de cette envergure, passer le merci aux alliés, c'est un message fort".

"Il y a une bonne ambiance, on assiste aux cérémonies, on chante la Marseillaise", décrit le jeune homme. Le soir, la troupe loge dans des gymnases prêtés par les communes traversées, sur les lits picots, "les lits de l'armée", décrit Théo Chataîgnier, qui est par ailleurs réserviste de la Marine nationale. Et les repas sont pris en rations militaires.

Neuf cérémonies en Normandie

Partie de Paris le 8 mai, la procession est passée à Nogent-le-Rotrou et au Mans le 9 mai. Elle a fait étape à Angers le 10 mai et s'arrête ce 11 mai à Châteaubriant, avant d'entrer le lendemain en Normandie, à Avranches (Manche). Neuf étapes avec cérémonie sont prévues en Normandie, l'ultime ayant lieu à Cherbourg-en-Cotentin (Manche). (Voir le programme détaillé au bas de cet article)

La "flamme de la Liberté", comme la baptisent les organisateurs de l'évènement, prendra ensuite le large en ferry vers Southhampton, au Royaume-Uni, le poste de commande d'où a été donné l'ordre de lancer le Débarquement, le 6 juin 1944. Un exemplaire de la flamme sera offert aux Britanniques, avant un autre voyage de sept jours sur l'océan, jusqu'à la côte new-yorkaise. "La flamme de la Nation ne peut pas prendre l'avion pour des raisons de sécurité", explique Catherine Ciron. Et les membres du cortège ne transigent pas sur une règle : "la flamme ne doit surtout pas s'éteindre" avant la dernière cérémonie, aux États-Unis, explique Théo Chataîgnier.

L'hommage final, en présence des associations de vétérans américaines, aura lieu au cimetière militaire national d'Arlington, près de Washington D.C. Une douzaine des jeunes ambassadeurs français s'y rendra. La flamme brûlera ensuite sur place jusqu'au 6 juin prochain, date anniversaire des 80 ans du Débarquement.

Le patronage du président

L'opération a un coût total de 110 00 euros, financés grâce à des dons particuliers, aux subventions des associations du souvenir et à celles des collectivités traversées par le cortège. L'évènement ayant reçu le haut patronage d'Emmanuel Macron et le label "Mission Libération", le collectif espère aussi une aide du ministère des Armées.

Quelques jours après le début de l'expédition, et alors que la flamme et tous ceux qui l'accompagnent avancent vers la Normandie, vendredi 10 mai, les bons souvenirs sont déjà nombreux. "Le prélèvement de la flamme à l'Arc de Triomphe, avec tous les ambassadeurs ensemble, était mémorable", se rappelle Théo Chataîgnier. "Nous étions tous sous cet immense drapeau français. C'était un honneur et une fierté", agrémente Catherine Ciron, fière aussi d'avoir reçu les encouragements du président de la République par courrier.

En Normandie, les cérémonies d'hommage auront lieu aux monuments aux morts suivants :

  • Le 12 mai à Avranches à 11h30, à Carentan à 17h30
  • Le 13 mai à Colleville-sur-Mer à 9h30, à Sainte-Mère-Église à 12h05, à Utah-Beach à 14h45, à la stèle Leclerc à 15h35, à Emondeville à 16h40
  • Le 14 mai à Cherbourg-en-Cotentin à 18h30 (et à 19h00 au jardin public de Cherbourg)

Le parcours complet de la flamme est à retrouver sur un site dédié.