Pourquoi les pièges à frelons asiatiques sont totalement inutiles

Cet insecte invasif réapparaît avec les beaux jours et, pour s'en débarrasser, il est tentant d'user de trucs et astuces à base de sucre et d'alcool. Les scientifiques sont néanmoins formels : les pièges sont inefficaces. Pire : ils constituent un poison pour l'environnement.

Le frelon asiatique est apparu en 2011 dans la Manche
Le frelon asiatique est apparu en 2011 dans la Manche © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Sur internet, les tutos fleurissent avec le printemps. Le frelon asiatique serait irrémédiablement attiré par l'odeur du cassis associée à celle du vin blanc (on en connaît d'autres...). D'autres recettes associent le vinaigre, la bière (brune !), le sucre. Il suffirait donc de verser une mixture au fond d'une bouteille trouée pour erradiquer la bête dans le jardin. Le piège fleure le bon sens paysan, le remède de grand-mère. Il a donc quelque chose de réconfortant. 

 

Un piège dévastateur pour la biodiversité

Les scientifiques qui étudient ce frelon tueur d'abeilles sont pourtant catégoriques : installer un piège dans le jardin est une très mauvaise idée, quand bien même elle part d'un bon sentiment. Le département de la Manche qui finance un ambitieux programme de recherche le déconseille vivement : "en effet, il a été montré que le piégeage alimentaire (comme on le connait aujourd’hui avec la bouteille renversée), n’est pas suffisamment efficace et même contre-productif".

Le remède de grand-mère pour tuer un insecte... qui n'existait pas du temps de nos grands-mères
Le remède de grand-mère pour tuer un insecte... qui n'existait pas du temps de nos grands-mères © France Télévisions

"Un appât alimentaire ne peut pas être efficace", explique Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'IRBI, l'Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte dont le département de la Manche soutient les travaux. "Si un piège propose du sucre, il est en concurrence avec les autres sources de sucre disponibles dans la nature". Sans compter qu'une ouvrière en quête de protéines n'aura que faire de cette odeur de sucre. Et à quoi bon tuer quelques frelons quand un nid en abrite des milliers ?

Plus ennuyeux, les pièges ont le défaut d'attirer des tas d'autres bestioles. En somme, ils ne sont pas sélectifs. "Même si des efforts sont faits pour améliorer la sélectivité des pièges, reconnaît l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, ils fonctionnent aujourd’hui tous sur le même principe : un appât attirant de nombreuses espèces d’insectes combiné à un système les filtrant par leur taille (les gros n’entrent pas, les petits peuvent ressortir). Toutes les études scientifiques concernant le piégeage de printemps contre Vespa velutina, ont montré que plus de 99% des insectes capturés concernaient d’autres espèces".

L'INVPN poursuit : "Même si les insectes ressortent, le séjour, même court, dans un piège peut avoir un impact sur leur survie ou leur fécondité (excès de chaleur, humidité, etc.). L’impact négatif de campagnes massives de piégeage sur les insectes et le bon fonctionnement des écosystèmes est probablement loin d’être négligeable".

 

Des phéromones naturels pour dompter le frelon asiatique

Le piège pourrait même avoir la vertu de faciliter la sélection naturelle. En effet, au printemps, les femelles chargée de fonder les colonies sont en compétition pour l'instalation ou la possession d'un  nid. "Détruire certaines fondatrices à cette période ne ferait alors que laisser la place à d’autres", conclut l'IVPN. Désarmant...

Le département de la Manche rappelle que "le piégeage est réservé aux apiculteurs pour la protection immédiate des ruchers". Les travaux de recherche qu'il finance permettront peut-être un jour de proposer une solution eficace. Les chercheurs ont en effet identifié des odeurs qui émanent de phéromones émises par le frelon. Certaines ont un effet répulsif. D'autres sont au contraire attirantes : elle pourrait permettre un jour de les piéger efficacement.

En attendant l'aboutissement de ces travaux, il convient de ne surtout rien entreprendre soi-même lorsqu'un nid est repéré. Il faut prévenir la mairie et confier la destruction de la colonie à une entreprise spécialisée. Et même si le temps s'y prête, il est fortement déconseillé de tondre la pelouse ou de tailler une haie à proximité. La vibration dérange la colonie. Or, le frelon asiatique est un animal grégaire et combatif. Pour défendre le nid, il attaque...

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
frelons asiatiques animaux nature région normandie environnement écologie jardinage loisirs sorties et loisirs jardins