Prix du lait : "il est grand temps d’agir pour que les producteurs normands puissent vivre correctement de leur métier"

"Egalim II", une proposition de loi visant à rémunérer plus justement les agriculteurs, sera examinée par les sénateurs à partir du mardi 21 septembre. Les producteurs de lait normands, qui demandent la revalorisation de leur rémunération, espèrent beaucoup de son application concrète.

Philippe Marie est à la tête d'une exploitation de 95 vaches laitières. Depuis quelques années, ses conditions de travail se sont dégradées, notamment parce que les charges auxquelles il doit faire face représentent une part croissante de son chiffre d'affaires : "Les protéines qu’on achète pour nourrir nos animaux ont augmenté entre 25 et 30% en termes de prix cette année. Chez nous, c’est 12 000 euros de plus par an, c’est 15 euros des mille litres qui disparaissent de notre résultat économique", détaille l'agriculteur, "à cela s’ajoute l’augmentation du gazoil non-routier qu’on utilise pour nos tracteurs et l’augmentation des engrais azotés qui nous servent à faire pousser l’herbe et les maïs".

On travaille davantage pour une rentabilité qui est, à certains moments, moindre.

Philippe Marie, producteur de lait

La loi Egalim II : vers une rémunération plus juste des agriculteurs ?

Philippe Marie vend son lait à une coopérative en moyenne 340 euros les mille litres. Mais ce prix ne prend pas systématiquement en compte l'augmentation de ses coûts de production. Pour qu'il soit plus juste, la proposition de loi Egalim II entend remettre les agriculteurs au centre du jeu. "Tout ce qu’on espère, c’est qu’elle vérouille bien les choses pour que les transformateurs et les distributeurs n’essayent pas de la contourner", explique Ludovic Blain.

En clair, les producteurs souhaitent que leur coût de revient (charges directes et indirectes) soit pris en compte dans la détermination du prix du lait par les autres acteurs de la filière. C'est pourquoi le texte prévoit de rendre "non négociable", entre l'industriel et le distributeur, la part du prix correspondant au coût des matières premières agricoles.

Car comme Philippe Marie, nombreux sont les producteurs de lait qui sont confrontés, ces dernières années, à une baisse significative de leurs revenus. "Aujourd'hui, le revenu médian des français tourne à peu près autour de 1800 euros net par mois. On a environ 30% des producteurs de lait qui atteignent le salaire médian français, c’est intolérable", affirme Ludovic Blain, président de la section laitière régionale de la FRSEA Normandie. 

"Ça fait trois ans qu'on nous balade"

La proposition de loi Egalim II fait office de correctif à la première loi Egalim, qui avait éveillé de vives espérances chez les agriculteurs. Adoptée par l'Assemblée le 24 juin dernier, elle a fait l'objet d'un rapport de la commission des affaires économiques du Sénat, qui dresse un constat sans appel : "Il est désormais manifeste que les bénéficiaires de la loi Egalim ne sont pas les agriculteurs." Le sentiment des producteurs va aussi en ce sens. "Ça fait trois ans qu’on nous balade", estime le président de la section laitière régionale de la FRSEA Normandie.

Née des Etats Généraux de l'Alimentation, lancés en 2017 par Emmanuel Macron, la loi Egalim devait assurer l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole. Elle avait donc pour objectifs, entre autres, de "payer le juste prix aux producteurs, pour leur permettre de vivre dignement de leur travail" selon le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

Mais aujourd'hui, cette application n'est pas systématique. "Normalement depuis trois ans, on a une loi qui devrait tenir compte de nos charges et de leurs évolutions, pour les répercuter en cascade sur les prix de vente des produits laitiers. Ce n’est le cas que très partiellement", observe le producteur laitier Philippe Marie."Si la loi avait été appliquée, les producteurs de lait percevraient à peu près 30 euros les mille litres plus cher. Avec ces 30 euros, ils pourraient accepter facilement la hausse des coûts alimentaires qu’il subissent", ajoute Ludovic Blain.

Examinée en première lecture par le Sénat mardi 21 septembre, la proposition de loi Egalim II tend à répondre à la détresse des agriculteurs, "des hommes et des femmes travaillant plus de douze heures par jour, dans des conditions souvent difficiles, sans dimanche et bien souvent sans vacances, et n’ayant pourtant aucune prise sur le prix qu’ils tirent de la vente de leur production" détaille le rapport.

Face aux difficultés économiques qu'ils rencontrent, certains se posent aujourd'hui la question de la pérennité de leur profession, comme le soutient Ludivic Blain : "La Normandie est la région en France où on résiste un peu mieux que les autres mais c’est clair qu’il y a des régions françaises où il y a une réelle déprise laitière. Il est grand temps d’agir pour que les producteurs de lait puissent vivre correctement de leur métier."

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie agriculture région normandie politique