Le projet DDay : les premières images de l'évocation historique "Hommage aux héros", chère à Hervé Morin

"DDland" ? Un "Puy du fou" à la normande ? Annoncé en janvier, sans plus de précisions, ce projet suscite déjà beaucoup de suspicion. Qu'en est-il vraiment ?  A quoi cette "évocation historique"  va-t-elle ressembler ? Nous faisons le point avec différents acteurs du dossier.

"L'hommage aux héros" est une "évocation historique" de 45 minutes, qui sera présentée six fois par jour.
"L'hommage aux héros" est une "évocation historique" de 45 minutes, qui sera présentée six fois par jour. © DR
D'abord, le nom. Oubliez les D-day land et compagnie, ce projet a été baptisé, en toute simplicité : "L'hommage aux héros". Il devrait voir le jour en 2024 pour le 80 ème anniversaire du débarquement.

"Ce n'est pas du tout un parc d'attraction ni un Puy du Fou normand" préviennent d'emblée les producteurs, mais plutôt "une évocation historique".  
 
"L'Hommage aux héros" présentera les événements historiques qui se sont déroulés avant, pendant et surtout après le 6 juin 1944
"L'Hommage aux héros" présentera les événements historiques qui se sont déroulés avant, pendant et surtout après le 6 juin 1944 © DR

A leur arrivée, les spectateurs prendront place dans un amphithéâtre, où seront projetées des images d'archives de Capa, de la RAF (Royal Air Force) britannique, des actualités Pathé ou encore des discours fondateurs. 

"Nous souhaitons mettre le public en immersion pendant quarante cinq minutes. Les spectateurs seront amenés à voyager entre l'amphithéâtre, où nous diffuserons des images d'archives sans commentaires, et l'esplanade, où des comédiens et des circassiens évoqueront les gestes mais ne joueront pas. Il n'y aura pas de dialogues. 

Nous souhaitons expliquer ce qui s'est passé AVANT le 6 juin, les entraînements, Londres. Le JOUR-J bien sûr. Mais surtout, nous voulons faire comprendre l'APRES et l'enjeu de la bataille de Normandie. Et pour cela, nous allons nous appuyer sur des technologies audiovisuelles modernes."
précise Roberto Ciurleo, l'un des producteurs du projet qui promet une proposition "très innovante". 

Nous voulons honorer ce devoir de mémoire et mettre en avant l'Histoire, avec les grands acteurs de l'époque, mais aussi celle vécue par les habitants.

Roberto Ciurleo

 
S'alterneront des images d'archives sans commentaires et des scènes vécues en Normandie par les habitants
S'alterneront des images d'archives sans commentaires et des scènes vécues en Normandie par les habitants © DR

Les producteurs ont fait appel à une compagnie québécoise, proche du Cirque du soleil mais tout le synopsis reste à écrire. Pour le volet historique, ils vont s'appuyer sur un comité scientifique, spécialement crée pour ce projet. Des historiens, bien connus en Normandie, ont déjà donné leur accord, comme Jean Quellien.

"Ce qui compte pour moi, c'est la vérité historique, donc oui j'ai donné mon accord. On voit tellement d'absurdités, comme cette histoire de John Steele, resté perché sur le clocher de Ste-Mère-Eglise. C'est n'importe quoi.

Ce qui est très important, c'est d'expliquer l'enjeu de la bataille de Normandie. Dans l'imaginaire collectif, il n'y a que le 6 juin et la libération de Paris. Il faut bien montrer que les Allemands ont résisté pendant trois mois. La Normandie a été à feu et à sang et a vraiment payé le prix fort de la libération de la France."
nous explique l'historien Jean Quellien.
 

Qui sont les producteurs de l'épopée "Hommage aux héros" ?

 Il sont trois. Stéphane Gateau, Roberto Ciurleo et Régis Lefebvre. 
 
De gauche à droite, Roberto Ciurleo, Régis Lefebvre et Stéphane Gateau, tous trois promoteurs du projet "L'hommage aux héros"
De gauche à droite, Roberto Ciurleo, Régis Lefebvre et Stéphane Gateau, tous trois promoteurs du projet "L'hommage aux héros" © Dr

Stéphane Gateau est producteur télé. Passionné par le débarquement, il se retrouve aux manettes de plusieurs émissions télé, comme "La nuit la plus longue", diffusée sur France 2 pendant le soixantième anniversaire du débarquement.

Il a eu l'idée de cet "Hommage aux héros" en voyant le son et lumière de Verdun, mais le projet normand ne ressemblera pas à ça. "Ce sera plus poussé techniquement parlant. On ne veut pas "jouer" la guerre, mais être dans l'évocation." précise-t-on.
Roberto Ciurleo est un homme de spectacle et de radio. Passé par la direction d'NRJ et de Virgin Radio, il produit également des comédies musicales : Robin des Bois,  Les 3 Mousquetaires au Palais des sports de Paris et se fait remarquer avec Bernadette de Lourdes, un spectacle musical donné dans la cité mariale des Hautes-Pyrénées.

Là aussi, il a fallu convaincre le diocèse, qui a accepté de le suivre. Même le père Régis-Marie De La Teyssonnière, le spécialiste, a versé une larme, d'après cet article paru dans le Monde.
 

Régis Lefebvre dirige une agence de communication. Il a travaillé par exemple avec Europa Corp, la société de Luc Besson. Pour ce projet, il a entre autres orchestré des réunions avec les acteurs locaux. Directeurs de musées, élus, historiens, le trio a rencontré près de "200 personnes", précisent-ils, à l'Abbaye aux Dames notamment.

Si la Région Normandie s'en est fait l'écho, en janvier, par la voix de son président Hervé Morin, c'est pour l'appuyer, mais pas le soutenir financièrement à priori.

"L'Hommage aux héros" sera entièrement payé par des fonds privés, "à 100%" confirme Roberto Ciurleo. Il pourrait générer la création "de plusieurs centaines d'emplois" directs et indirects.
 
L'évocation historique commencera par ce qui s'est passé avant le 6 juin 44 à Londres
L'évocation historique commencera par ce qui s'est passé avant le 6 juin 44 à Londres © DR

Les vents contraires portés par des collectifs citoyens et les socialistes de la région

Mais la mémoire, le sacrifice des soldats, comme le lourd tribut payé des habitants restent un sujet sensible. D'Utah à Sword Beach, un vent de fronde s'est levé, porté par plusieurs personnalités.

L'écrivain, Gilles Perrault, fait parti d'un collectif à Ste-Marie-du-Mont (Utah Beach dans la Manche) qui pose cette question et y répond : "Peut-on se distraire avec les guerres mondiales ?  .... La mémoire est un bien immatériel" 

En Normandie, on visite les plages du débarquement, on mesure la difficulté des hommes à franchir les obstacles dressés dans la mer, les plages et la campagne ; on se recueille sur les tombes des militaires alliés, allemands ou des civils particulièrement à Omaha et la Cambe. Ces lieux empreints de solennité, de tristesse, de douleur, de lutte et d'émotion, forcent le respect. 

 

Inscrire cette grande page d’histoire dans un parc dont le seul but est de faire de l'argent est non seulement réducteur mais totalement irrespectueux et n'honorera jamais les morts et les blessés civils et militaires.

Gilles Perrault, du collectif de Ste-Marie-du-Mont



Ces arguments résonnent également dans le Calvados, à Ver-sur-Mer, où un comité d'opposition s'est crée, il y a plusieurs mois : "Sur le plan moral, c'est inacceptable" explique Maxi Krause, sa porte-parole. 

Ce projet commence même à nourrir le débat politique. Les élus socialistes de la Région, menés par le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, demandent à Hervé Morin de "revoir intégralement sa copie concernant la création d'un tel parc et de réunir l'ensemble des Conseillers régionaux de Normandie dans le cadre d'une séance publique afin de conforter notre soutien commun au classement des plages du Débarquement au Patrimoine mondial puis d'engager une réflexion sur la valorisation de l'Histoire et du patrimoine normand."   

Notre très cher Léon Gautier, qu'on ne présente plus en Normandie, réserve toute déclaration publique en septembre, mais l'un des derniers survivants du commando Kieffer qui a débarqué le 6 juin 1944, prévient : "Si c'est pour faire du fric sur le dos de nos camarades, qui ont sacrifié leur vie, je m'y opposerais."

"L'hommage aux héros" : Présentation officielle en septembre

Les producteurs entendent les critiques et jurent vouloir "transmettre la mémoire de tous ces héros dans le temps".  Ils présenteront leur projet officiellement en septembre et se donnent encore quelques mois pour trouver un terrain d'une trentaine d'hectares, situé près des plages.

L'écriture a à peine commencé, ce qui fait dire à Stéphane Grimaldi, le directeur du Mémorial de Caen : "Vous savez, le soldat Ryan de Spielberg, ça a généré de l'argent, on ne va pas se mentir. Si ce projet est de qualité, comme le disent ses promoteurs, bien sûr que je le soutiendrais. Je ne vais pas commencer à critiquer quelque chose alors que je ne sais pas ce qui va être dit et montré."
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