Les pucerons ravagent les jardins et les cultures

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Écrit par David Frotté
Attaquée par les pucerons, les feuilles se recroquevillent en s’enroulant sur elles-mêmes, se gaufrent et se rassemblent en paquets denses.
Attaquée par les pucerons, les feuilles se recroquevillent en s’enroulant sur elles-mêmes, se gaufrent et se rassemblent en paquets denses. © David Frotté

C'est une infestion inédite de pucerons. De mémoire d'agriculteur normand, on n'avait pas encore vu de tels dégâts au printemps. Feuilles jaunies ou noircies, recroquevillées, de nombreuses plantes sont attaquées dûrement cette année. Et ce ne sera pas sans conséquence sur les récoltes. 

Vous l'avez peut-être constaté dans votre jardin. Le cerisier ou le groseillier familial souffre, leurs feuilles ont d'abord pris une courbe anormale il y a quelques semaines, puis ont jauni, et même noirci aujourd'hui. Difficile d'espérer se faire un festin de fruits maison dans ces conditions. C'est en tout cas la conclusion chez moi, près de Caen.

Jardinier vraiment amateur, j'ai tenté de réagir. D'abord, dans l'urgence, avec un produit du commerce. "Double action : élimine et protège" est écrit sur le spray. "Elimine tout types de pucerons, noir ou vert. Protège fruits, rosiers, fleurs, arbres, arbustes." Trois épisodes de pulvérisations n'y ont rien changé ou presque. Peut-être était-ce déjà trop tard ?

Quant aux coccinelles que j'ai alors introduit, elles se sont fait chasser en quelques minutes par des fourmis venues prêter main forte aux pucerons... Elles aiment trop le miellat de ces derniers.
 

 

On s'aperçoit des attaques de ravageurs trop tard en général. Il faut beaucoup plus observer et anticiper avec les produits biologiques.

Jean-Michel Pougnet, animateur du Biotanic


Les jardineries ont clairement constaté une "très forte hausse de l'activité récemment, mais difficile de savoir si c'est dû au déconfinement ou à autre chose". Jean-Michel Pougnet, animateur du réseau Biotanic, propriétaire des Pepinières de Bavent, reconnait que les produits de synthèses étaient "plus agressifs", mais il invite du coup les gens à "avoir une approche différente dans la gestion de leur jardin, en observant et en adoptant des mesures préventives" :

  • Bande de glue autour du tronc ou blanchiment des troncs à la chaux contre les fourmis, "une technique utilisée dans le passé, et qui est toujours visible en Afrique par exemple".
  • Application d'une barrière à insecte faite de coquilles Saint-Jacques broyées.
  • Introduction de chrysopes, "de beaux insectes à l'état adulte, qui sont aussi 10 fois plus voraces que les coccinelles à l'état larvaire".
Ce spécialiste rappelle au passage que même très désagréable, le puceron n'e reste pas moins le début de la chaine alimentaire de toute la biodiversité, "les oiseaux et les insectes s'en nourrissent, c'est l'équivalent du plancton marin, tout aussi important pour l'équilibre."

 


Sans grandes gelées hivernales depuis 3 ans, il n'y pas eu de destruction naturelle des larves et des oeufs.

Sophie Bernard, horticultrice


"Chaleur et humidité, ce sont clairement des conditions idéales pour les pucerons", reconnaît notre spécialiste normande, Sophie Bernard, horticultrice. Et c'est vrai qu'entre un hiver doux, un mois d'avril exceptionnellement beau et un mois de mai, à l'inverse, très pluvieux, la météo a donné un énorme coup de pouce aux insectes. "Sans grande gelée hivernale depuis 3 ans, il n'y pas eu de destruction naturelle des larves et des oeufs. Donc malheureusement, les pucerons se multiplient par milliers, par millions, et ça va durer jusqu'à l'automne."

Les bons conseils d'une horticultrice

Si vous voulez vraiment en venir à bout, déjà il faut être motivé, car c'est au petit matin ou le soir qu'il faut intervenir... Et tous les 2-3 jours maximum, non stop, jusqu'à la fin de l'été.

Du savon de marseille sans parfum qu'on a laissé sécher après l'avoir laissé tremper, "dans de l'eau de pluie si possible pour éviter le chlore"du purin d'hortie ou de prêle, voilà les solutions naturelles de Sophie Bernard. "On pulvérise tel quel, à la fraîche, sur toutes les cultures, même les comestibles."

Sinon, pour défendre vos coccinelles, prévoyez du marc de café ou de la glue, autour des arbres ou arbustes. Les fourmis détestent ça, comme le savon de marseille. "Les pucerons ne volent pas, ce sont les fourmis qui les véhiculent volontairement."

Un peu d'eau fraîche en hauteur peut aussi favoriser la venue des oiseaux, prédateurs des insectes. En hauteur pour éviter que les chats ne les effraient ou ne les mangent.

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Agriculteurs et maraîchers dûrement touchés

Dès le mois d'avril, les agriculteurs ont tiré la sonnette d'alarme en constatant nombre de pucerons verts, porteurs du virus de la jaunisse nanisante de l'orge. Parmi les plantes les plus touchées, la betterave, une production très ancrée dans en Normandie avec notamment 15.000 hectares en Seine-Maritime, comme dans l'Eure

Dans le Calvados,  le bassin de production est mort avec la fermeture de la sucrerie de Cagny. Patrick Dechauffour a lui juste conservé 2 hectares de betterave fouragères, pour nourrir ses animaux et il a vu tout de suite "que les feuilles jaunissaient".

Je n'ai jamais vu ça. Dès la levée, j'ai traité trois fois avec une efficacité très aléatoire.

Patrick Dechauffour, président du CGB Calvados

 

"Ça va quasiment stopper la croissance de la betterave, donc celles qui sont touchées seront des betteraves naines", explique M. Rialland, directeur environnement et affaires publiques de la CGB, syndicat des betteraviers. "Dans les cas les plus extrêmes, ça peut aboutir à des pertes des rendements pouvant atteindre 50 %, donc économiquement c'est un désastre".

Tous les pucerons ne sont pas porteurs du virus de la jaunisse. Mais il suffit d'1 à 2 % de pucerons porteurs pour contaminer une parcelle entière

Benoit Carton, directeur régional de la CGB Normandie

L'Eure apparaît pour l'instant le département normand le plus touché avec 5 à 10 % des surfaces parcellaires impactées, notamment autour de Gisors. Pour l'instant, la Seine-Maritime est moins attaquée, mais il peut y avoir un décallage dans le temps...

Il y a encore deux semaines, la Normandie semblait tranquille en comparaison avec la région parisienne. "La situation s'aggrave partout en France, et le virus va continuer jusqu'à la récolte qui commence en septembre", prévient Benoit Carton, directeur régional de la CGB Normandie.

L'institut technique de la betterave (ITB) encourage aujourd'hui les firmes phytosanitaires "afin qu'elles déposent des dossiers d'homologation de nouveaux produits, prioritairement en traitement des semences". En parallèle, l'ITB et les services agronomiques des sucreries travaillent depuis plusieurs années sur la recherche de solutions alternatives.

Pour Benoit Carton, il devient très difficile de se battre contre les pucerons avec les produits homologués actuels, moins chimiques. "En plus, avant, on traitait sur la culture directement, et on était tranquille pour 3 mois, là c'est 10 à 15 jours maximum, et si on rate le bon timing, ça ne marche pas."

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