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Qu'est-ce-que la réforme du numerus clausus peut changer pour les étudiants normands ?

Archives, le concours de médecine à Douai / © PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
Archives, le concours de médecine à Douai / © PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Le projet de loi santé 2022 est au coeur des concertations entre académies qui ont lieu aujourd'hui à Caen. Réforme de la sélection, fin du numerus clausus, répartition des étudiants par territoire... que peut changer cette nouvelle organisation pour les étudiants ? 

Par Cécile Sauzay

Pour un jeune lycéen qui rêve de devenir médecin, le projet de loi santé 2022 présenté mercredi en conseil des ministres a tout l'air d'une petite révolution. Contrairement à ses aînés, il n'aura plus à subir - a priori - le cauchemar que peut devenir la fameuse première année commune aux études de santé (Paces). Quand il n'y aura plus de numerus clausus, adieu les ongles rongés, les nuits blanches à se demander à quelle place on finira à l'issue de l'examen fatidique, celui qui décidera si, oui ou non, on aura un jour une chance de toucher à son but.

Dès l'année prochaine, la sélection en études de santé s'apprête à changer en profondeur. Les profils des soignants s'annoncent plus diversifiés, plus adaptés - en principe - aux besoins de chaque territoire. C'est là le sens de la seconde concertation régionale lancée aujourd'hui à Caen, entre les académies de Lille, d'Amiens, et Rouen, en présence de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal. Il s'agit de réfléchir à "une déclinaison concrète de l’organisation des filières d’accès aux études de santé, adaptée à chaque territoire."

La fin de la sélection en première année 

Imaginons un futur étudiant en médecine, appelons-le Pierre. En 2020, Pierre a 18 ans, il rêve de devenir pédiatre et comme 1500 bacheliers le font tous les ans, il vient de débuter sa Paces à Caen. 

Si le projet de loi "Organisation et transformation du système de santé" a été adopté, il n'y a plus de numerus clausus, et plus de concours à la fin de la première année. Mais Pierre n'est pas au bout de ses peines : pour passer en deuxième année "portail de santé", il doit désormais présenter un dossier, puis s'il est admissible, il pourra alors passer un oral devant un jury d'admission. 

Actuellement, le nombre de médecins (8025 cette année), de sages-femmes, de dentistes et de pharmacien(ne)s est fixé par décret, lesquelles sont sélectionnés à l'issue d'un QCM, qui favorise les pros du bachotage, laissant de côté huit candidats sur dix. Un système "absurde", estimait Emmanuel Macron en septembre dernier, qui entretient une "rareté artificielle". 

Une licence pour tout le monde

Etant donné qu'il est impossible de redoubler sa première année, deux choix s'offrent à Pierre.

Premier scénario : il intègre un portail de santé en deuxième année - sur le modèle du Pluripass testé à Angers -, licence en trois ans et voie royale jusqu'au second cycle de médecine, qui peut aussi déboucher vers d'autres masters scientifiques. Mais Pierre peut aussi  s'orienter vers une autre licence mais en choisissant une mineure santé qui pourra lui offrir des passerelles vers la médecine s'il venait à changer d'avis. Il s'agit pour le gouvernement de contrer l'effet pervers de la Paces : tous les ans, 60% des étudiants en médecine encaissent leur second échec au concours et doivent recommencer de zéro. 
 
La sélection, qui doit rester drastique et très exigeante selon la Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, aura lieu à la fin de la troisième année de licence, avant d'intégrer un second cycle d'approfondissement. Il ne s'agira pas d'un concours a priori, mais les modalités d'examen doivent être déterminées par les "acteurs régionaux", sans que l'on sache précisément qui sera décisionnaire. 

Des profils plus diversifiés 

Selon la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, les sciences humaines vont faire leur entrée dans les études de médecine. Il s'agit d'encourager les compétences humaines, sociales, souvent mises de côté dans les programmes au profit des connaissances brutes.

"Les étudiants en cours de formation demandent déjà plus de temps pour mieux aborder les patients, faire plus de prévention", explique Frédérique Vidal. "Les patients aussi recherchent une assurance et une réassurance qui ne relève pas de médicaments, ou d'une ordonnance".
 
 

Une meilleure adaptation aux besoins du territoire

Pendant deux ans, Pierre va travailler la théorie en cours, et la pratique au CHU de Caen. Mais il pourrait bien s'exercer dans l'une des maisons de santé du territoire, à Thury-Harcourt ou Bayeux. C'est l'une des pistes avancées par le ministère de la Santé, car ni les ARS ni les universités ne savent précisément comment les hôpitaux vont pouvoir absorder ce surplus considérable de stagiaires. 

Car l'objectif à long terme de cette réforme vise aussi à lutter contre la désertification médicale, selon la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche : "Il y aura la possibilité de démarrer ses études et de terminer ses études ailleurs que dans la proximité immédiate d'un CHU. Mais l'on parle ici de médecins formés dans 12 ou 15 ans".

Combien iront dans quels territoires ? Comment faire pour garder les médecins que l'on a formés dans un territoire ? Si l'on sait déjà qu'il n'est pas envisageable de mettre en place des mesures contraignantes, les concertations régionales doivent justement plancher sur des propositions qui permettront de répondre à ces questions. 

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