Élections régionales 2021 en Normandie : Morin réélu, la gauche 2ème, l’abstention... 5 choses à retenir

Le président sortant Hervé Morin a donc été réélu à l'issue du second tour des élections régionales 2021 en Normandie. Un scrutin marqué par une abstention record qui pose question et par des partis traditionnels qui montrent qu'au niveau local, il faut toujours compter sur eux.

Hervé Morin qui l'emporte comme tous les présidents sortants du territoire, la gauche qui revient sérieusement dans le jeu et une abstention tristement record... quels enseignements tirer de ce second tour des élections régionales en Normandie ? On fait le point pour vous.

Hervé Morin réélu...

Les Normands me disent "Vous avez fait le boulot, maintenant continuez !"

Hervé Morin, président sortant (Centriste-LR) réélu à la tête de la région Normandie

Avec 44,26% des voix, le président sortant Hervé Morin (Centriste-LR) conserve donc la Région Normandie. Derrière lui, la candidate de la gauche Mélanie Boulanger (PS/EELV/Gen.s) reccueille 26,18% des suffrages et devance Nicolas Bay (RN) à 19,52% et Laurent Bonnaterre (LREM) à 10,04%.

Cette réélection, c'est pour Hervé Morin, président sortant, "une vraie satisfaction". Et une reconnaissance du travail déjà accompli depuis décembre 2015. "Pendant la campagne, j'ai beaucoup entendu «Vous avez fait le job et vous avez tenu vos engagements». Ce résultat qui est nettement meilleur que celui de 2015, c'est un résultat qui dit «Vous avez fait le boulot, on vous laisse continuer à le faire».

Hervé Morin a donc pu compter sur son bilan et sur la "prime au sortant" associée à une notoriété plus importante que ses rivaux. Il ne fait pas figure d'exception, le contraire l'eut été. Ainsi, tous des présidents sortants du territoire ont su conserver leur fief. Hervé Morin a déclaré sur notre plateau :

J'aime ce job et je m'y sens bien. Je n'ai plus aucune perspective politique nationale, j'avais envie de consacrer ces 6 prochaines années à ma région donc je suis heureux du résultat, c'est un joli résultat.

Hervé Morin, président sortant (Centriste-LR) réélu à la tête de la région Normandie

Il a ajouté "regretter l'abstention majeure" (voir plus bas), "mais on n'avait pas de réserve de voix à priori entre le premier et le second tour et on améliore très largement notre score, ça prouve que les Normands souhaitaient que ça se passe ainsi."

...pour un ultime mandat

Hervé Morin l'a annoncé sur le plateau de France 3 Normandie, ce mandat à la tête de la région, qui durera 6 ans et 8 mois exactement, sera le dernier de sa carrière politique. En mars 2028, Hervé Morin ne se représentera pas. La réponse du président réélu a été très claire : sa vie politique "s'achèvera au terme de ce mandat". Pour rappel, le scrutin des prochaines élections régionales a été reporté à mars 2028 afin d'éviter une trop grande proximité avec les élections présidentielle et législatives d'avril-mai et de juin 2027. Hervé Morin sera alors âgé de 66 ans.

L'abstention entre défiance et incompréhension, mais pas que...

La Normandie compte 2.328.247 inscrits sur ses listes électorales. Et seulement 784.909 votants sur ce scrutin du 27 juin 2021. Soit une abstention de 67,09%. Plus de 2 Normands sur 3 ne sont pas allés voter, l'opération de mobilisation d'entre deux tours n'a pas fonctionné. "Ce n'est pas la faute des médias ni des candidats, cela prouve un vrai défaut structurel" analyse Bruno Cautrès, politologue Cevipof et consultant France 3 Normandie. Hervé Morin renchérit "L'abstention a frappé tout le monde, pas seulement le RN. Ce ne sont pas seulement des opposants à la majorité." 

L'abstention autre grande gagnante de ce second tour ? C'est notamment le cas chez les jeunes. Petit rappel : lors du premier tour de ces élections départementales et régionales 2021, le 20 juin dernier, 87 % des 18-24 ans ne se sont pas rendus aux urnes. La tendance s'est confirmée en ce dimanche 27 juin. "Des jeunes qui pour certains n'étaient même pas au courant de la tenue de ces scrutins départementaux et régionaux", comme nous le raconte notre journaliste à Caen Florent Turpin. "Certains nous ont confié ne pas être allés voter parce qu'ils étaient en train de préparer leurs examens de fin d'année, parce qu'ils n'étaient pas inscrits sur les listes électorales ou tout simplement par désintérêt pour les candidats ou pour la vie politique en général". Une explication à cette abstention historique même si certains ont aussi promis que l'an prochain ils se mobiliseraient "un peu plus pour l'élection présidentielle".

Il va y avoir une tâche très importante pour les nouveaux exécutifs et conseils départementaux et régionaux, c'est de s'atteler à cette question de la participation. Comment les collectivités territoriales vont-elles s'engager pour faire revenir vers la politique les jeunes normands, les catégories qui se sont senties mises un peu hors du jeu électoral. C'est un très bel enjeu pour les années qui arrivent.

Bruno Cautrès, politologue Cevipof

Guillaume Pennelle, candidat du Rassemblement national s’interroge : "Est-ce que les Normands connaissent les compétences de la région ? Est-ce que les jeunes savent que la région s'occupe des lycées, des trains ? En fait ces collectivités territoriales sont très éloignées des préoccupations des gens. C'est un drame. Les jeunes ne savent pas ce que c'est qu'un département, les jeunes ne savent pas comment on vote au département. Qu'est-ce-que c'est qu'un canton en fait pour un jeune qui aujourd'hui a 18 ou 20 ans ? Est-ce que ça parle aux gens ? Non pas du tout... C'est totalement abstrait." Mais alors comment faire pour que ces jeunes électeurs s'intéressent à ces élections ? Celui qui candidatait dans le canton de Rouen 3 répond qu' "Il faudrait peut-être penser au vote électronique, en tout cas trouver des solutions parce qu'on ne peut pas compter sur l'Etat pour distribuer la propagande électorale parce qu'elle ne le  fera pas". Il pointe du doigt ici les couacs qu'il y a eu autour de la distribution du matériel électoral par l'entreprise mandatée Adrexo. Et d'ajouter : "L’enjeu, c'est la jeunesse, il faut impérativement faire revenir cette jeunesse vers les urnes. On compte sur l'élection présidentielle, on sait qu'on a un électorat très jeune. Ces élections locales malheureusement n'intéressent plus personne, il va falloir remédier à cela en trouvant des solutions modernes et encore une fois en direction de la jeunesse."

De son côté Mélanie Boulanger pense qu'on est "pas dans une démocratie saine et sereine".

Dans l'hyperprésidentialisation qu'impose Macron depuis 2017, les collectivités locales ont plus de mal à exister et leurs compétences plus de mal à être connues et ça c'est une vraie difficulté à laquelle on a tous été confrontés, en plus avec le double scrutin, départementales et régionales, où il a fallu faire beaucoup de pédagogie, le tout dans un contexte compliqué.

Mélanie Boulanger, candidate PS-EELV

Hervé Morin rappelle sur notre plateau que "toutes démocratie occidentales sont frappées par une abstention importante. Aussi, avec le Covid, les gens ont la tête à autre chose."

Aussi, avec le Covid, les gens ont la tête à autre chose. Il faut arrêter de mettre ça uniquement sur la défiance et le désintérêt. Les gens ont absolument autre chose en tête que d'aller écouter nos discours politiques. Il y a aussi besoin de pédagogie sur les collectivités. Pour une grande partie, tout ça est compliqué. Or on est dans un schéma où la Région est absoluement présente partout. Elle est même là où l'Etat devrait être seul à agir.

Hervé Morin, président sortant (Centriste-LR) réélu à la tête de la région Normandie

Justement, redonner une vraie visibilité au rôle de la Région, c'est aussi ce que pense Rudy L'Orphelin, candidat EELV sur la liste "La Normandie nous rassemble" : "On est dans ce qui ressemble peu à peu à un théâtre sans spectateur. L'ensemble de la classe politique a une responsabilité commune, c'est de faire en sorte qu'on puisse démontrer ce que sont les enjeux de ces différents rendez-vous".

Enfin, il y aussi la possibilité de révolutionner le vote... C'est ce que propose Laurent Bonnterre (LREM) : "Vote dématérialisé ? Vote par anticipation ? Les autres manières de voter amènent plus de gens aux urnes, regardez ce que font les Américains !"

La Gauche "social écologie" en force devant le RN

La liste PS /EELV / Générations menée par Mélanie Boulanger dépasse de près de 6 points celle de Nicolas Bay du Rassemblement national, alors qu'il n'y avait pas eu d'union de la gauche avec la liste PCF de Sébastien Jumel, qui n'avait pas pu se maintenir au second tour.

"26%, cela ne nous permet pas d'être élu à la présidence de la région, mais nous faisons beaucoup mieux que dans les sondages" a-t-elle ainsi déclaré.

C'est une satisfaction, car je me suis engagée en politique pour lutter contre le Rassemblement national. Je suis partie dans les sondages à 8%, je termine à 26% : c'est bien. Mais je voulais vraiment changer les choses. On fera une opposition constructive et combattive"

Mélanie Boulanger, candidate PS-EELV

L'écologiste Rudy L'Orphelin a déclaré de son côté que ce résultat démontrait une fois encore que "progressivement, l'écologie gagne du terrain dans la société. Nous ne gagnons pas ce soir, mais nous serons à la région la première force d'opposition et je m'en félicite. Mais nous avons une responsabilité qui va être de reconstruire sur un arc gauche-écologiste une véritable dynamique en région. Les Normands l'attendent."

Les forces politiques ancrées sur le territoire : exit la destruction de 2017

"Le paysage politique normand est à l'image du paysage politique national, détaille le politologue Bruno Cautrès. Il y a toujours des forces politiques qui comptent. Preuve en est avec cette réélection de tous les présidents sortants du territoire. 

On a dit en 2017 que l'intégralité du champ politique français ressemblait à une sorte de champ de déstruction, où tout avait été démonté pièce par pièce. On voit à travers les niveaux locaux (les municipales de 2020 et les départementales et régionales 2021, NDLR), une sorte de résistance, de résilience des forces politiques qui sont fortement ancrées, qui ont des bases teritoriales. Ça nous rappelle avec beaucoup de force à quel point la politique, c'est aussi et beaucoup de l'ancrage territorial.

Bruno Cautrès, politologue Cevipof

Et au cours des mois qui arrivent cette dimension va compter. "Au-delà même de la présidentielle de 2022, cette question de l'articulation entre le national et le niveau territorial va être la grande question politique française", précise Bruno Cautrès.

La vie politique française continue ainsi d'exister à travers des forces politiques historiques et ancrées sur le territoire. Alors on pourrait résumer "Il y a des forces politiques, des candidats, mais pas d'électeurs ?" d'après notre journaliste politique Franck Besnier ? Et le politologue de répondre qu' "il va falloir qu'on se préoccupe très rapidement de notre modèle démocratique français, car ça ne va vraiment pas du tout et on en voit à chaque élection des conséquences".

Carte interactive. Régionales 2021 en Normandie : découvrez tous les résultats du second tour

Cliquez sur la carte interactive pour découvrir les résultats dans votre région au fur et à mesure qu'ils seront entrés et validés par le ministère de l'Intérieur.

Pour rappel, 50 % des sièges sont attribués à la liste en tête des votes arrivée en tête au second, alors que la moitié restante sera distribuée, de façon proportionnelle, entre l'intégralité des listes ayant obtenu au moins 5 % des voix.

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