Grève des taxis : les chauffeurs se mobilisent contre la loi de financement de la sécurité sociale

Une soixantaine de taxis du Calvados se sont donné rendez-vous en face de la gare de Caen (Calvados), ce lundi 11 décembre 2023 matin, pour une opération escargot. À Rouen, les taxis de Seine-Maritime se sont rassemblés à la CPAM à 9h30. Les chauffeurs pointent du doigt une mesure de la loi de financement de la sécurité sociale 2024 sur le transport de malades.

La circulation risque d'être compliquée à Caen (Calvados) et ses alentours. En effet, une soixantaine de taxis se sont donné rendez-vous à 8h face à la gare de Caen. Les chauffeurs remontent depuis 9 h 30 vers le viaduc de Calix pour se rendre lentement jusqu'à la CPAM (caisse d'assurance maladie) basée à Hérouville-Saint-Clair, en empruntant le périphérique nord de Caen. Ils ont ensuite rendez-vous à 12 h 30 à la préfecture.

À Rouen, 150 taxis de Seine-Maritime se sont donné rendez-vous à la CPAM à 9 h 30. 

Quelles sont les revendications des chauffeurs ?

Que ce soit à Paris, Marseille ou encore Lille, les taxis de France dénoncent l'article 30 de la loi de financement de la Sécurité sociale, dont le volet recettes a été adopté par un 49.3 et modifie les règles du transport sanitaire. Désormais, le covoiturage sera la norme lorsqu'un patient ira à son rendez-vous médical. "On apprend à connaître ces personnes, on les accompagne depuis un moment, on peut aussi être amené à les aider, par exemple à l'hôpital, on leur donne un coup de main pour remplir des papiers", explique Martine, chauffeur de taxi à Rouen. En cas de refus, la Sécurité sociale ne prendra pas en charge la totalité des frais.
Il y va pourtant aussi du bien-être des personnes transportées. "Les gens vont être trois, quatre, cinq dans la voiture, serrés. Ils vont être obligés d'attendre les autres, concentrés dans des salles d'attente. Ils attendront leur consultation, leur chimiothérapie, leur radiothérapie, leur dialyse. Les gens qui habitent Dieppe, au lieu de mettre trois quarts d'heure pour rentrer chez eux, ils mettront une heure et demie" s'inquiète Maurice Poisson, président de l'union nationale des taxis 76.

En clair, vous ne pourrez plus vous vous rendre à votre rendez-vous à l'hôpital seul dans un taxi conventionné ou avec un véhicule sanitaire léger, sauf si vous payez une partie des frais : "Certains chauffeurs ne peuvent pas prendre plusieurs personnes, comment on fait pour ceux qui font Rouen-Paris ?", s'interroge Maurice Poisson.

Le budget de la Sécurité sociale a été définitivement adopté lundi 4 décembre à l'Assemblée nationale via le rejet d'une motion de censure de la gauche, et après un 20ᵉ recours au 49.3. 

Autre revendication : les patients devront bientôt réserver leur trajet sur une plateforme qui géolocalisera le taxi le plus proche, comme c'est déjà le cas avec les sociétés de VTC Uber et Bolt : "Avec cette plateforme, il faudra réserver votre retour, et donc un chauffeur différent se présentera à chaque fois alors que là ça fait des mois que je côtoie certains patients, une relation s'est créée", précise Martine qui est à son compte dans la métropole rouennaise. La personne qu'elle accompagne confirme : "On vient de zones rurales, le relationnel ça compte".

En Normandie et notamment en zones rurales, l'activité des professionnels dépend énormément du transport médical.

Un transport partagé des patients

Les chauffeurs de taxi craignent que la baisse du remboursement pour les patients et l'incitation à passer au "transport partagé" provoquent une baisse de leur activité avec des clients qui fuient vers des sociétés de transports plus importantes et qui disposent du personnel et des infrastructures pour répondre à leur demande : "On risque de disparaître !", alerte Maurice Poisson, président de l'Union nationale des taxis 76.

Le gouvernement, lui, a motivé cette mesure dans le texte du projet de loi en mettant en avant l'argument écologique. L’État estime que favoriser le transport de plusieurs personnes en même temps permettrait de limiter l'impact carbone de chacun. Il estime également que : "le coût d’un transport partagé est en effet inférieur de 15 à 35 % par trajet, selon le nombre de patients transportés concomitamment. En 2022, les transports partagés ont ainsi permis de réduire de 34 millions d'euros les dépenses de l’Assurance maladie".

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