DOCUMENTAIRE. "La cinquième saison" : Vous avez besoin de légumes ? Ils ont besoin de travail...

A Etainhus (Seine-Maritime), le maraîchage se veut solidaire. Ceux qui cultivent les légumes ont besoin de retrouver le chemin du travail et de la confiance en soi. De cultiver avec les autres aussi, pour se réinserer dans la société, retrouver une place et une voie qu'ils ont parfois perdus.

Ingrid, Blandine et Mélanie, en train de trier les légumes.
Ingrid, Blandine et Mélanie, en train de trier les légumes. © Squawk

Vous avez besoin de légumes ? Ils ont besoin de travail... Ensemble cultivons la solidarité !

Association Graine en main

"Vous avez besoin de légumes ? Ils ont besoin de travail... Ensemble cultivons la solidarité !" : voilà le crédo de l'association Graine en Main située à Etainhus, au cœur du pays de Caux en Seine-Maritime. Pour réaliser le documentaire "La cinquième saison", la réalisatrice Ariane Doublet a posé ses caméras dans cette ferme de presque 6 hectares devenue aujourd'hui chantier d’insertion en maraichage bio. Elle a suivi le quotidien de l'équipe d'encadrement et celui de ces salariés en transition.

Le sujet du travail et de la vie des salariés en parcours d’insertion au sein de Graine en Main, voilà la thématique de "La cinquième saison".
Le sujet du travail et de la vie des salariés en parcours d’insertion au sein de Graine en Main, voilà la thématique de "La cinquième saison". © Squawk

Graine en main, une ferme bio et solidaire

A ce jour, l’association Graine en main emploie 6 personnes en CDI "pour assurer l’encadrement, l’accompagnement social et professionnel des salariés en insertion ainsi que la gestion quotidienne de l’association". L’association emploie aujourd’hui 20 salariés en parcours d’insertion avec pour mission de les accompagner vers l’emploi et la formation. Elle compte également 330 adhérents qui soutiennent le projet en étant adhérents paniers dans les AMAP ou points de dépôts, bénévoles ou donateurs.

présentation association graine en main

"On est des apprentis maraîchers", "en chantier d’insertion", "on essaie de se sortir de la galère !", voilà quelques phrases que l'on peut entendre dans les allées de l'exploitation ou travaillent Matthieu, Blandine, Ali, Ingrid et les autres. Ce travail, c'est une transition pour se réinsérer dans la vie active. 

Toutes les générations se retrouvent pour cultiver les légumes.
Toutes les générations se retrouvent pour cultiver les légumes. © Squawk

"J’ai travaillé dans le bâtiment, en restauration, dans l’agriculture céréalière et laitière, en usine... J’ai fait plein de choses... Je suis ici parce que j’ai une mesure de bracelet électronique donc je la passe ici... c’est juste une transition", raconte Maxime. "Je suis toujours inscrit aux boîtes d’intérim et ils m’appellent régulièrement". Max sait qu'avec lui "c’est tout l’un ou tout l’autre". Mais que grâce à ce chantier d'insertion, il est aussi plus apaisé. Il souhaite avancer. "si je peux faire de l’apprentissage après ce serait bien ! Le permis et un diplôme !".

Ici, comme Ingrid, les salariés signent un Contrat à durée déterminée d’insertion et à temps partiel, comme l'explique Olivier, un des responsables. "Ce qui est pratique avec ce type de contrat c’est que ça permet de faire des périodes de stage ailleurs... un process aidant pour accompagner vers l’emploi."

Encadrés par six permanents, des salariés en contrat d'insertion apprennent à cultiver des légumes.
Encadrés par six permanents, des salariés en contrat d'insertion apprennent à cultiver des légumes. © Squawk

Maraîcher, c’est pas un boulot facile, c'est dur ! Mais j’aime bien. J’avais jamais fait.

Ludovic, salarié en contrat d'insertion

"Avant je faisais des forages, des fondations dans le pétrole. Mais j’ai arrêté au moment de mon divorce puis je me suis laissé aller..." témoigne Ludovic, la cinquantaine. 

Ici, tous les âges se mélangent. Matthieu n'a pas plus de vingt ans. Il a été pas mal absent ces derniers temps. Et n’a pas prévenu ses responsables. Il a besoin d’être recadré sur sa gestion du temps, lui qui aime "chiller" une fois rentré chez lui. Chiller ? "Prendre son temps, apprécier la vie..." comme il l'explique pour se justifier. Alors on lui explique que oui, chiller c’est possible mais ça ne doit pas avoir de conséquence sur son travail. Il préfère le prendre en rigolant : "Je pense que je devrais avoir une prime de présence", s’amuse-t-il avec ses collègues qui essaient de le remettre dans le droit chemin même si lui avoue "ne pas être fait pour le travail"

Olivier, lit les textos d’excuse d’absence de Matthieu. Des messages qui s’accumulent et qui le désespèrent un peu sur cette situation.

Ludovic est sur une évolution positive. Mais cela ne l’empêche pas de "partir en vrille" entre sa situation personnelle compliquée, le travail... et certaines mises au point sont parfois nécessaires.

Ludovic (à droite), avec un autre salarié.
Ludovic (à droite), avec un autre salarié. © Squawk

"On sait que t’es un gros bourru mais qu’au fond de toi t’es gentil. Le problème c’est que tout le monde assiste à ça et on peut pas laisser faire" lui disent Olivier et Marie ses responsables. Ici la bienveillance est de mise. L’écoute et la compréhension aussi.

Au final, maintenant quand je ne suis pas là, ça me manque

Mélanie

Ingrid, Blandine et Mélanie, en train de trier les légumes.
Ingrid, Blandine et Mélanie, en train de trier les légumes. © Squawk

Blandine, elle, a du mal à se projeter sur autre chose. Elle a envie de partir "je vieillis, j’aimerais que ça avance, avoir un travail mais je sais pas dans quoi. Mais à mon âge il faut que ca avance."

Trouver les mots. "Il est pas question de t’envoyer dans une formation si c’est pour te retrouver le bec dans l’eau derriere" lui répond Olivier, le directeur.

C’est très rare que quelqu'un qui arrive ici enclenche en deux mois, c’est rarissime. Il y a toute la phase de se poser de reprendre confiance en soi, de découvrir, d’apprécier ce qu’on fait, de voir ce qu’on apprécie pas et après on avance, donc un an c’est long mais en même temps c’est très court.

Olivier, un des responsables

"Il faut profiter de ce qui est passé. Ici on ne fait pas rien et on avance. Ici tu as beaucoup écouté les autres. Il faut peut être regarder dans ce sens." lui conseille-t-il. Car ça se voit : l’aide à l’autre, c’est son truc à Blandine.

Pour en savoir plus sur Graine en main :

Site internet : www.graineenmain.org

Page Facebook : https://www.facebook.com/GraineEnMain/

Soutenir l'association : https://www.graineenmain.org/don/

(Re)VOIR. DOCUMENTAIRE  : "La cinquième saison"

Diffusion sur France 3 Normandie le 17 mai à 22h55 et en replay dans cet article (ci desouss) et sur cette page dès le lendemain de la diffusion.

La cinquième saison

Le pitch : Des femmes et des hommes de tous âges et de tous horizons reprennent pied dans le monde du travail sur les terres de l’association Graine en main, en Seine-Maritime. Encadrés par cinq permanents, ces nouveaux salariés apprennent à cultiver des légumes. Cette petite société soudée, malgré les difficultés, va tout faire pour tenir le cap. La cinquième saison sera le temps d’envisager, chacun à sa façon, un avenir meilleur. 

Qu’ont-ils en commun ? Comment cette petite communauté apprend-elle à vivre ensemble ? On à quoi à partager quand on est si différents ? C’est précisément ce qu’explore la réalisatrice Ariane Doublet.

La question n’est pas ici de les suivre dans leur retour à la vie « normale », mais de suivre la façon dont s’organise ce petit monde. Comme un esquif fragile sur la mer déchaînée.

Réalisation : Ariane Doublet

Production : Squawk avec la participation de France Télévisions

Avec le soutien de la région Normandie

Durée : 52’

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