“ Chaque jour, j'ai peur pour mon équipe ...” un pharmacien havrais témoigne sur cette période anxiogène

Onéaly Boudhabhay tient une pharmacie avec sa femme dans un quartier populaire du Havre. Avec 18 masques par semaine, il préfère les garder pour ses salariés en espérant qu'il ne leur arrive rien pendant cette période très compliquée. / © Danilo Commodi / France Télévisions
Onéaly Boudhabhay tient une pharmacie avec sa femme dans un quartier populaire du Havre. Avec 18 masques par semaine, il préfère les garder pour ses salariés en espérant qu'il ne leur arrive rien pendant cette période très compliquée. / © Danilo Commodi / France Télévisions

Elles sont essentielles dans nos vies : ce sont les pharmacies. En période de crise sanitaire, ces boutiques sont des piliers pour les patients, les malades, les familles, les habitants. Onélay Boudhabhay tient une pharmacie dans un quartier populaire du Havre, il se confie sur son rôle à jouer. 

Par Véronique Arnould

Elles sont dans nos quartiers, au coin de nos rues, au coeur de nos villages ... ce sont les pharmacies et leurs fameuses croix vertes. Depuis le début du confinement, elles sont des endroits clefs pour tous.

J'ai 64 ans, j'ai toujours voulu exercer dans ses quartiers, on fait le lien social. En ce moment, on manque de tous les médicaments; le doliprane, le dafalgan sont contingentés, très souvent les filles au comptoir se font disputer, on sent la peur de manquer, je comprends - Onélay Boudhabhay, pharmacien dans le quartier de Chicago au Havre.

Un pilier dans nos quartiers

L'actualité fait qu'on leur demande même de jouer un rôle dans la lutte contre les violences intra-familiales. Le ministre de l'intérieur recommande aux femmes battues, en cette période de confinement, de venir se faire connaitre auprès de leur pharmacien, preuve supplémentaire de leur utilité dans notre quotidien.

 

Un pharmacien de quartier se livre

Onélay Boudhabhay, lui, tient une pharmacie avec sa femme dans un quartier populaire du Havre, celui de Chicago. Les familles, les personnes isolées, les habitants vont et viennent dans leur officine pour récupérer leurs traitements, chercher des infos, des conseils aussi.
Ces salariés, en première ligne, sont protégées du mieux possible, derrière une protection pour ne pas risquer de contacts avec les usagers.

J'ai droit à18 masques par semaine, moi je n'en porte pas, je préfère les réserver à mon équipe. On travaille dans un climat tellement anxiogène, mon équipe joue presque sa santé tous les jours. En tant que chef d'entreprise moralement, c'est très dur pour mon épouse et moi-même, de nous dire ... espérons que tout se passe bien.

Portrait d'un pharmacien du Havre
Un reportage de Karima Saïdi et Danilo Commodi

"Aucun homme politique ne cite le rôle des pharmacies ..."

Onélay a toujours voulu travailler au coeur de quartiers populaires, cela fait aussi partie de son engagement. Depuis 35 ans, il a donc choisi de travailler dans les quartiers sud de la ville du Havre, celui des Neiges puis de Chicago. Il aimerait aujourd'hui que les regards se tournent vers les croix vertes, symboles de l'engagement des pharmaciens face à cette crise.

Aucun homme politique, aucun grand média ne citent le rôle des pharmacies. Et pourtant, nous sommes là pour tout le monde, on a besoin d'être valorisé. Cette croix verte, c'est notre sigal, notre emblème et nous en sommes très fiers.

Depuis le début de la crise, il reste sur le pont, malgré les deux embolies pulmonaires dont il a été victime par le passé.

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