Téléthon : les expérimentations animales sont-elles vraiment indispensables pour faire avancer la recherche ?

L'édition 2019 du Téléthon aura lieu les 6 et 7 décembre. / © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
L'édition 2019 du Téléthon aura lieu les 6 et 7 décembre. / © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP

Atteinte de myopathie, Pascaline Wittkowski, habitante du Havre, dénonce depuis plusieurs années les expérimentations animales dans le cadre des recherches financées par le Téléthon. Nous avons interrogé un chargé scientifique de l'AFM-Téléthon, qui lui répond et défend les avancées médicales. 

Par Camille Belsoeur

Depuis 1987, le Téléthon récolte des dons pour financer les recherches scientifiques menées par l'association AFM-Téléthon pour lutter contre les maladies génétiques rares. Difficile de critiquer le bien-fondé de telles recherches, qui visent à améliorer à la fois la vie des malades, tout en essayant de développer des médicaments pour guérir leur handicap. 
 
Pourtant, plusieurs fois au cours de son histoire, des voix se sont élevées pour dénoncer certains aspects des recherches du Téléthon. Les tests menés sur des cellules souches embryonnaires ont ainsi suscité des critiques de la part de l'Eglise catholique dans les années 2000, avant d'être acceptée par l'institution. Aujourd'hui, ce sont des organisations de défense des animaux qui s'insurgent contre les souffrances animales que subissent des cobayes. 

Les conditions de vie difficiles des chiens myopathes

Depuis plusieurs années, la Havraise Pascaline Wittkowski, qui souffre de dystrophie musculaire depuis plus de 40 ans, critique la cruauté de tests menés sur les chiens pour la recherche contre la myopathie. Membre de l'association PETA, qui défend les droits des animaux, elle avait notamment appelé dans une vidéo produite par l'organisation à boycotter le Téléthon. "Si vous voulez vraiment aider les malades, ne donnez plus au Téléthon et financez la recherche scientifique qui n’utilise pas les animaux", avait-elle déclaré. 
 
Le témoignage de Pascaline, une patiente atteinte de myopathie

Cette militante de la cause animale dénonce particulièrement la reproduction volontaire de chiens myopathes entre eux pour obtenir des chiots myopathes, qui en grandissant deviendront des sujets de tests dans le cadre de la lutte contre cette maladie neuro-musculaire. Au cours d'un échange d'e-mails fin novembre, elle nous a réaffirmé son opposition aux expérimentations animales menées par les scientifiques des laboratoires financés par le Téléthon.

"Ces chiens proviennent d'élevages où les chiots sont produits en quantité en tant que "matériel de laboratoire", puis séquestrés dans des cages n'en sortant que pour subir des expériences douloureuses. Leur conscience et leur sensibilité ne sont plus à prouver, tout comme les nôtres. Quel être humain ne jugerait pas cruel de se faire voler sa vie de cette façon ?", dénonce Pascaline Wittkowski.

PETA avait rendu publique en 2016 des images (confiées par l’association Animal Testing)  montrant les conditions de vie difficiles de chiens myopathes du laboratoire de neurobiologie de l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Leur agonie est cachée au grand public, comme l’explique une responsable du laboratoire qui confiait à visage masqué : "C’est sûr que si on leur montre nos chiens myopathes, ça risque de leur faire perdre beaucoup d’argent (...) L'argent du Télethon, ça sert à faire cette recherche là." 
 
Une vidéo de chiens atteints de myopathie diffusée par PETA

 

"On essaye d'abord de remplacer l'animal par une méthode alternative"

À quelques jours de l'édition 2019 du Téléthon, qui sera diffusée en direct sur les antennes de France Télévisions les 6 et 7 décembre, nous avons interrogé Alexandre Mejat, chargé de mission scientifique à l'AFM-Téléthon. Il reconnait que l'association fait se reproduire de manière volontaire des chiens myopathes entre eux. Mais il défend la légitimité scientifique de cette démarche.

La raison qui fait que l'on ne peut pas se passer de l'expérimentation animale dans les maladies neuro-musculaires est que le corps humain compte 640 muscles qui ont des interactions très complexes. Pour effectuer leurs recherches, les scientifiques n'ont pas d'alternative à des expérimentations sur l'animal. D'ailleurs, la législation européenne et française interdit évidemment de mener ces expérimentations sur l'homme, explique Alexandre Mejat, chargé de mission scientifique à l'AFM-Téléthon

Le chargé scientifique à l'AFM-Téléthon va plus loin en affirmant que les chercheurs des laboratoires financés par les dons du téléthon sont formés à prendre soin des animaux handicapés et suivent à des procédés très stricts faits pour maximiser le bien-être de l'animal. Il ajoute : "On essaye d'abord de remplacer l'animal par une méthode alternative. Si cette méthode n'existe pas, on va mettre au point un protocole pour effectuer des tests sur l'animal, tout en réduisant au maximum la souffrance de celui-ci". 

 

Un premier médicament à succès pour le Téléthon

Pascaline Wittkowski dénonce aussi l'inefficacité des recherches scientifiques du Téléthon. Selon elle, les tests sur animaux n'ont abouti à aucun résultat concluant. Par e-mail, elle nous déclare ainsi : "Des méthodes substitutives font déjà leur preuve et seraient incontestablement plus pertinentes, fiables et efficientes pour soigner les myopathies à partir du génome humain qu'à partir de ceux d'espèces aussi différentes les unes des autres que la souris, le chat ou le chien. Encore faudrait-il que l'argent récolté à l'occasion du Téléthon les finance et abandonne le modèle animal qui ne fait que retarder l'avènement de traitements curatifs"
 

En face, Alexandre Mejat défend le bilan de l'AFM-Téléthon en rappelant que le laboratoire Généthon est le premier à avoir développé une thérapie génique : un médicament qui agit sur une maladie de dégénérescence neuro-musculaire. Le Zolgensma®, commercialisé aux Etats-Unis depuis quelques mois, fait actuellement l'objet de négociations sur le marché européen. "Lors des essais, cinq enfants atteints d'amyotrophie spinale ont reçu des injections qui leur ont permis de retrouver une vie presque normale alors que cette maladie, qui empêche leurs muscles de fonctionner, les condamne normalement avant l'âge de deux ans. Sans les tests menés sur des animaux, un tel médicament n'aurait jamais vu le jour", conclut-il.
 

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