Témoignages. "J'ai envie d'autre chose" : pourquoi ces couples ne font presque plus l'amour

Publié le Mis à jour le Écrit par Manon Loubet

Selon une étude Ifop, 76% des Français en moyenne ont eu un rapport au cours des 12 derniers mois, une proportion qui n'a jamais été aussi faible en cinquante ans. Nous avons recueilli des témoignages de Normands qui ne font pas beaucoup l'amour et qui ont accepté d'expliquer pourquoi.

"Plus que de fréquence, je recherche plus de la qualité." Adam*, 31 ans, un habitant du Havre (Seine-Maritime), est depuis huit ans avec son compagnon. Ensemble, ils ont une petite fille âgée de deux ans.

Jeunes parents, smartphone, séries...

Les raisons sont multiples, mais les faits sont là : Adam a perdu sa libido. "Entre la fatigue, la charge mentale, le manque de temps... Je n'en ai pas envie. C'est un grand classique pour les jeunes parents", souligne-t-il.

Le soir, "on se couche et chacun est sur son téléphone alors qu'on pourrait discuter, faire des câlins, le smartphone prend de la place, c'est une problématique". Ou alors, "on regarde une série, je suis en pyjama, ce n'est pas le moment".

Adam admet avoir "envie d'autre chose", "d'un peu plus de surprise". "Dans des relations longues, installées au quotidien, il faut toujours innover en termes de séduction, trouver des moyens de susciter l'envie. Cela fait huit ans qu'on est ensemble, on est toujours très amoureux mais c'est compliqué d'innover", admet-il.

Dans son couple hétérosexuel habitant à Rouen, Marine, 35 ans, vit un peu la même histoire qu'Adam. "Nous avons deux enfants en bas âge et je n'ai plus du tout envie de faire l'amour. Ou alors vraiment quand on n'est que tous les deux et ces moments sont rares, soit quelques fois par an."

Une fois par mois

La jeune maman ne s'en formalise pas et elle assure qu'elle est en accord avec son conjoint sur ce point. "Nous ne sommes pas un couple qui fait beaucoup l'amour, cela n'a jamais été le cas. On n'a jamais fait l'amour plus d'une fois par mois et cela ne nous a jamais dérangés."

Pour elle, ce n'est pas un problème. "Chacun fait comme il veut. Nous n'avons pas tous les mêmes besoins sur ce point."

Les jeunes les moins actifs

Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour la marque de sex-toys Lelo publié mardi 6 février en exclusivité sur le site de Libération, 76% des Français en moyenne ont eu un rapport au cours des 12 derniers mois, soit une baisse de 15 points depuis 2006 et la dernière grande enquête sur le sujet, une proportion qui n'a jamais été aussi faible en 50 ans.

C’est surtout chez les moins de 25 ans que la chute est drastique : plus d’un quart des 18-24 ans initiés sexuellement n’ont eu aucun rapport sexuel au cours de l’année écoulée.

Soit cinq fois plus qu’en 2006. En outre, quand les Français s’entremêlent, ils le font moins souvent : 43 % d’entre eux déclarent un rapport sexuel par semaine, alors qu’ils étaient 58 % en 2006 à en dire autant.

La faute aux écrans ?

Lorsque les jeunes de moins de 35 ans vivant en couple sous le même toit sont interrogés, la moitié des hommes (50%, contre 42% des femmes) reconnaissent avoir déjà évité un rapport sexuel pour regarder une série, un film.

"Et on retrouve cette concurrence des écrans sur le sexe pour d’autres loisirs comme les jeux vidéo – préférés au sexe par 53% des hommes de moins de 35 ans vivant en couple – ou les réseaux sociaux de partage de photos ou de vidéos (préférés au sexe par 48% des hommes de moins de 35 ans vivant en couple)", peut-on lire dans l'étude.

Une tendance internationale ?

Cela peut paraître élevé mais cette tendance est très similaire à celle observée outre-Atlantique, la General Social Survey montre une explosion du nombre d’inactifs sexuels au cours des 12 derniers mois chez les jeunes de 18 à 29 ans en général (23% en 2018, contre 8% en 2008) et chez les hommes de 18-24 ans en particulier (31% en 2018, contre 19% en 2008).

Et outre-Rhin, une étude a constaté la même augmentation de l’inactivité sexuelle chez les Allemands âgés de 18 à 30 ans, les abstinents depuis au moins un an ayant été multiplié par trois entre 2005 (7,5%) et 2016 (20,3%).

*Prénom d'emprunt

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