Orque morte dans la Seine. Le drame aurait-il pu être évité ? Une association environnementale et la préfecture s'opposent

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L'image inédite d'une orque, aperçue dans la Seine en mai 2022, a attiré tous les regards sur l'estuaire. Plusieurs jours après la mort du mammifère, France Nature Environnement (FNE) Normandie critique l'intervention de la préfecture de Seine-Maritime. Cette dernière a tenu à répondre.

Tout débute aux alentours du 15 mai 2022 : une orque est aperçue au niveau du Havre. Durant plusieurs jours, son comportement est observé dans l'estuaire de la Seine. Le bilan tombe : l'animal est faible et en difficulté. Le 27 mai, les autorités mettent en place un plan de sauvetage. Les opérations échouent. La décision est prise de l'euthanasier mais, finalement, le cadavre de l'orque est retrouvé, le 30 mai.

Une dizaine de jours après, l'événement continue de faire parler et une question se pose : l'animal aurait-il pu être sauvé ?

Le temps d'intervention questionné

"Au-delà des causes, l’événement que nous venons de vivre nous paraît symptomatique d’un dysfonctionnement de la gouvernance maritime", déclare France Nature Environnement (FNE) Normandie dans un communiqué, publié le 8 juin.

Il a fallu attendre 15 jours de dérive d’un mammifère marin pour que la préfecture de Seine-Maritime se décide à agir.

FNE Normandie

Communiqué

"Une affirmation mensongère" pour la préfecture

La préfecture de Seine-Maritime déplore cette mise en cause et a tenu à réagir, à son tour, dans un communiqué publié le 9 juin.

Pour justifier son action, l'Etat s'appuie sur plusieurs dates : "Si la présence de l’orque a bien été observée une première fois par les membres du GECC les 16 et 18 mai dans le milieu marin au niveau de l’estuaire de la Seine, puis à nouveau le 20 puis le 22 mai, cette fois dans la Seine, sans pour autant à ce moment susciter d’inquiétude ni d’alerte, comme les médias ont alors pu le partager. Le préfet a été saisi par le GECC et l’OFB le mercredi 25 mai, sur la base de nouvelles images mettant en lumière des signes de santé dégradée de l’animal. L’après-midi même, le préfet a activé le Centre opérationnel départemental, regroupant les différents acteurs concernés et mobilisant les compétences des services spécialisés. "

Une passe d'armes par communiqués

Lors de cet événement, différents acteurs se sont mobilisés : Office français de la biodiversité, Groupe d'étude des cétacés du Cotentin, SDIS 76, Gendarmerie fluviale… Pierre-André Durant, préfet de la Seine-Maritime, salue tous ceux qui ont permis "la mise en œuvre de mesures techniques adaptées, à la hauteur de la situation."

Au contraire, la préfecture souligne l'absence de la fédération France Nature Environnement Normandie.

Elle (la FNE, ndlr) n’a proposé, à aucun moment, son appui ou formulé de propositions. Elle aura été, de bout en bout, absente du dossier. Elle se situe, aujourd’hui, sur le terrain du commentaire.

Préfecture de la Seine-Maritime

Communiqué

Pour la FNE Normandie, l'animal aurait dû être pris en charge différemment : "Il est incompréhensible que le Plan d’actions pour la protection des Cétacés, mis en place dans la stratégie nationale d’action de la biodiversité en 2018, n’ait pas été déclenché. On peut s’interroger sur l’utilité de tels documents, au regard de leur non-application."

Que faire à l'avenir ? 

De son côté, l'ONG Sea Shepherd, dont les équipes ont retrouvé le corps du mammifère, regrette d'avoir été impliqué tardivement. 

"La préfecture s'est montrée assez réceptive à partir du moment où on a proposé nos navires. Mais ça aurait été salutaire je pense que l'on soit impliqués dès le départ", a expliqué Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, lors d'une interview accordée à France 3 Normandie le 30 mai.  

À l'avenir, si ce cas se reproduit, je pense que c'est fondamental de mettre en place un protocole d'action d'urgence et d'élargir le cercle des personnes qui sont consultées sur ce genre d'affaires. Je pense que notre ONG a une expertise et légitimité pour participer à ce genre de consultations autour de l'Etat.

Lamya Essemlali

Présidente de Sea Shepherd France

Selon cette organisation, un tel événement pourrait se reproduire, les activités humaines (trafic maritime, usine, projets éoliens…) étant de plus en plus nombreuses et à l'origine de pollutions sonores.