15 ans après sa disparition, l'Abbé Pierre est toujours présent à Esteville près de Rouen

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Écrit par Richard Plumet

En janvier 2022, le centre Abbé Pierre d'Esteville (Seine-Maritime) a honoré la mémoire du fondateur du mouvement Emmaüs dont l'action continue en France et dans le monde

Double anniversaire le 22 janvier 2022 à Esteville (Seine-Maritime), la petite commune normande où l'Abbé Pierre a été enterré le 20 janvier 2007, avec les 15 ans de la disparition du fondateur d'Emmaüs et les 10 ans de la création du lieu de mémoire.        

C'est en 1964 que le mouvement Emmaüs a ouvert à Esteville une "halte" pour y accueillir des personnes en difficulté. Et dès cette année-là, l'Abbé Pierre a pris l'habitude d'y venir régulièrement. Puis il s'est aménagé une petite chambre, et y a vécu plusieurs années.  

Le centre Abbé-Pierre-Emmaüs

En mémoire de l'Abbé Pierre et pour présenter ses années de combat contre la pauvreté et le mal-logement, qu'en janvier 2012, un centre a été créé à Esteville. Un espace muséographique, des expositions régulières et des conférences permettent aux plus jeunes d'appréhender le message, toujours actuel, de l'Abbé Pierre et de découvrir les actions des différentes associations du mouvement Emmaüs.    

Hommage 2022

Le programme de la journée anniversaire du 22 janvier a débuté par la pose de la première pierre d'une nouvelle résidence Emmaüs à Esteville, une pension de famille de 20 logements.  
Une marche est ensuite partie du Centre Abbé-Pierre-Emmaüs pour le cimetière d'Esteville, où des clés ont été symboliquement déposées sur la tombe de l'Abbé Pierre, les clés des différents logements construits en 2021 par le mouvement Emmaüs.  


Après une messe, un goûter et un concert Bach avec le conservatoire de Rouen, la journée devait s'achever par une conférence-débat d'Emmaüs International sur son rapport mondial contre la pauvreté.      

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VIDEO : Esteville 15 après la disparition de l'Abbé Pierre ©France Télévisions

L'Abbé Pierre et la Normandie

Il est venu souvent en Normandie, et particulièrement en Seine-Maritime. Il fréquente Esteville dès 1964, année où Rouen est le point de rassemblement de la plus grande collecte de l'histoire d'Emmaüs avec le "grand ramassage" effectué dans 136 communes normandes et qui permit de récolter 20.000 tonnes de matériel.

L'Abbé Pierre est ensuite venu à plusieurs reprises au centre de Notre-Dame-de-Bondeville, près de Rouen. En 1983, fatigué, il vint s'isoler et se reposer à l'abbaye de Saint-Wandrille où il avait demandé aux moines de le protéger du brouhaha extérieur. Mais durant les 8 ans de son séjour, s'il priait beaucoup seul et en silence, il invitait régulièrement des journalistes et reçut même la visite d'un président de la République, venu à Saint-Wandrille en hélicoptère !

Puis à partir de 1992, il s'installa à Esteville, sans jamais cesser son combat pour les plus démunis et les exclus.  

"Le contraire de la bienfaisance"

C'est dans son petit bureau de Saint-Wandrille, en 1987, pour une émission de FR3, que l'Abbé Pierre avait raconté au journaliste Jacques Paugam la genèse du mouvement Emmaüs :

"A travers la planète, des chefs d'état, des gens de toute sorte, m'ont dit "votre truc c'est unique au monde !" Et à chaque fois je leur racontais comment cela avait débuté, en 1949."
"Voyant qu'un homme désespéré, suicidaire, ne m'écoute pas quand j'essaie de le réconforter, au lieu de lui dire "tu es très malheureux, et moi je vais être bon, je vais te donner du travail, du logement, de l'argent etc", j'ai fait le contraire de la bienfaisance."
"Je lui dis : "moi, je ne vais rien te donner. Mais toi, puisque tu veux mourir, il n'y a rien qui t'embarrasse ? Bah alors, avant de te tuer, tu vas me donner un coup de main et après tu feras ce que tu voudras…"


Le principe de "Viens m'aider à aider" est  resté et a permis la création des premières communautés de compagnons d'Emmaüs. Cette action sera ensuite connue du grand public quand l'Abbé Pierre utilisa les médias, et notamment la radio en 1952 puis en1954 dans son célèbre appel pour venir en aide aux victimes du froid mortel de l'hiver de cette année-là.