Au C.H.U de Rouen, le confinement entraîne un afflux de patients au service addictologie

C’est une conséquence supplémentaire du confinement. Le service addictologie du C.H.U de Rouen tourne à plein régime. En cause : l’isolement provoqué par le confinement a révélé voire aggravé des pratiques addictives chez certaines personnes qui demandent aujourd’hui à être pris en charge.
 

Alexandre Baguet, docteur addictologue au C.H.U de Rouen reçoit Jeanne en consultation.
Alexandre Baguet, docteur addictologue au C.H.U de Rouen reçoit Jeanne en consultation. © Damien Lefauconnier/France télévisions
A 38 ans, Jeanne (son prénom a été modifié), est atteinte d’une spondylarthrite et d’une fibromyalgie, deux maladies musculaires qui la font extrêmement souffrir. Pour soulager ses douleurs, elle consomme de la morphine. Il y a cinq ans, Jeanne entame un sevrage. Alors qu’elle est suivie par le docteur en addictologie Alexandre Baguet à l’hôpital Charles Nicolle de Rouen, elle met un terme aux consultations avec le spécialiste en 2018. Jeanne pense alors être sur la bonne voie. Mais le confinement, mis en place du 17 mars au 11 mai 2020, met sérieusement à mal ses efforts.

« Le confinement m’a isolée. Quand on se sent mal dans sa tête, on se sent mal dans son corps.  Et quand je me sens mal dans mon corps, je consomme de la morphine. », décrit la jeune femme tout en soulignant la présence d’une réserve d’antidouleurs chez elle. La trentenaire craint désormais de subir de nouveau cet isolement avec le couvre-feu de 21 heures. « Je ne peux plus aller assister à des concerts. Pourtant j’adore la musique. C’est une forme de thérapie. », précise-t-elle.

Je suis insomniaque alors les nuits sous couvre-feu risquent d'être très longues pour moi"

Jeanne, patiente du service addictologie du C.H.U de Rouen

600 consultations supplémentaires en septembre

Jeanne est loin d’être un cas isolé. Au C.H.U de Rouen, le service addictologie est débordé. Entre mars et mi-septembre, cette aile de l’hôpital Charles Nicolle a dû fonctionner de manière dégradée. De nombreuses infirmières ont été réaffectées à d’autres services jugés « prioritaires ». Ainsi, à sa réouverture totale il y a mois, le nombre de consultations a explosé. Le Dr Alexandre Baguet estime à 20% la hausse du nombre de consultations par rapport à la même période l’an passé. Fin septembre, le médecin comptabilisait 600 consultations supplémentaires sur un mois. Une conséquence notamment de l’absence de prise en charge de la plupart des patients pendant le confinement. Surtout, « le confinement a accentué voire révélé des pratiques addictives » explique le docteur Alexandre Baguet.
 
VIDEO - 23/10/2020 - Le boom des addictions - Reportage : Thomas Chammah et Damien Lefauconnier (Montage : Joffrey Ledoyen)
5,5 millions de français déclarent avoir consommé davantage d'alcool pendant le confinement

Au-delà du confinement, le spécialiste voit en la période actuelle une source d’angoisse pour ses patients. « Les gens sont inquiets pour leur santé, leur emploi, leur famille. Cet ensemble est déstabilisant sur le plan psychologique. Beaucoup d’addictions découlent de cette instabilité. », explique le médecin. Pour exemple, selon un sondage réalisé pendant le confinement, 5,5 millions de Français ont déclaré consommer davantage d’alcool. Certains jusqu’à l’addiction.

Le docteur Alexandre Baguet pense désormais à l’avenir. L’afflux récent de patients atteints par la covid-19 pourrait de nouveau mettre à mal son service. Pour y faire face, l’addictologue pense à mettre en place davantage de téléconsultations pour accueillir en priorité les patients qui ont besoin d’une prise en charge urgente. Le spécialiste espère également que son service sera moins mis à contribution afin de limiter les déprogrammations de soins pour ses patients. « Dans le champ particulier des addictions, nous avons souffert d’une image de soins trop programmés. En réalité certaines situations aigües ne nous permettent pas de différer leurs prises en charges. », explique le médecin optimiste quant à la gestion des prochaines semaines. « Nous avons beaucoup appris de la première vague. »
 
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