Pour Noël, êtes-vous prêt à offrir et à recevoir un cadeau de seconde main ?

Publié le
Écrit par Elise Coussemacq .

A l’approche de Noël, un parent sur deux envisage d'acheter des jouets d’occasion, pour ses enfants. Une petite révolution, en phase avec les préoccupations de la société. Ca sent le sapin pour le neuf.

En ce Noël placé sous le signe de l'inflation, la seconde main a le vent en poupe. Souvent 50% moins cher qu'un produit neuf, un article d'occasion présente d'autres vertus : écologique (il donne une seconde vie à un objet) et pratique (on peut l'acheter aisément sur internet). Près d'un français sur deux compterait offrir des cadeaux de seconde main cette année, notamment parmi les plus jeunes. Donner un jouet ou un vêtement ayant déjà servi ne dérange plus les Français.

Les temps ont bien changé, depuis une quinzaine d'années. "Avant, explique Joël Brée, professeur de gestion à l’université de Caen, les consommateurs assimilaient ce genre d’achat à de la pauvreté, donc ils culpabilisaient". En plus de cette barrière psychologique, il y avait un obstacle très concret : "A l’époque où il n'y avait que des boutiques physiques, les produits recherchés n’étaient pas toujours disponibles". Mais avec l’arrivée des sites d'échanges entre particuliers, les plateformes en ligne de reconditionnement et les sites de vente d’objets et de vêtement recyclés, les français ont découvert les charmes de l'occasion. Et, peu à peu, le tabou s'est estompé. 

L'an dernier à Noël, Anaïs Lesage s'est lâchée. Cette maman de quatre enfants n'a fait quasiment que des cadeaux d'occasion : "Pour mes proches, huit cadeaux sur dix étaient de la seconde main et je vais le refaire cette année". Pour elle, se tourner vers ce mode de consommation est plus vertueux. Il permet de lutter contre la surconsommation :"Je vois bien tout ce que l’on dépense et qui n’est rapidement plus utilisé. S’il n’y avait que moi, je n’offrirai rien du tout pour Noël ! Je ne veux plus offrir le jouet à la mode, qui finit dans un placard après deux semaines".

Ses proches se sont habitués à ces cadeaux de seconde main et les acceptent : "mes enfants savent reconnaître un produit d'occasion et ça ne leur pose aucun problème. Mes amis et ma famille trouvent génial d'avoir un cadeau qu'ils ne trouveront pas en grande surface". Et si les cadeaux de seconde main font consensus dans son entourage, c’est parce qu’aux yeux d’Anaïs, le cadeau n’a pas de valeur financière, il est offert parce qu’il est unique et correspond à une personne.

Cette année encore, Anaïs a fait de bonnes affaires : "J’ai réussi à trouver le camion que mon petit garçon voulait. Neuf, il vaut 70 euros. Je l'ai eu à à 20 euros dans une recyclerie". Mais elle admet que tout ne pourra pas être de la seconde main : "je n'ai pas trouvé certains jouets que me demandaient mes enfants". 

Pour un enfant, c'est le code du cadeau qui doit être respecté. Il ne verra pas la différence entre quelque chose de neuf ou de seconde main

Joël Brée

Enseignant en gestion à l'université de Caen

"Pour un enfant, c’est le code du cadeau qui doit être respecté : le paquet, l’emballage… Si le produit n’est pas dégradé, l’enfant ne verra pas la différence entre du neuf et du déjà utilisé" explique Joël Brée. Selon l’enseignant, c’est la dimension expérientielle qui prime sur le cadeau en lui-même, aussi bien lorsqu’on le reçoit, que lorsqu’on l’offre "quelqu’un qui a fait une trouvaille dans une recyclerie va avoir un côté plaisir à se dire qu’il a fait une affaire !".

La seconde main comme gage de qualité d'un cadeau

Du côté de Cherbourg, dans la friperie de Julie Viger, les achats semblent s’amplifier un peu plus chaque année, aux périodes de Noël. "Quand j’ai ouvert la boutique il y a trois ans, explique Julie, j’étais stressée que cela ne fonctionne pas à Noël, mais finalement j’ai beaucoup d’achats pour des cadeaux".

Et si les affaires marchent aussi bien chez cette jeune vendeuse, c’est parce qu’elle valorise la qualité des vêtements et accessoires qu’elle vend "ici on vient pas chercher dans des bacs des vêtements, tout est sélectionné, relavé, ça sent bon dans la boutique, je valorise toutes les pièces que je vends" explique Julie en ajoutant "au-delà du côté écologique et économique, acheter de la seconde main c’est souvent gage de qualité ancienne et d’originalité. Un beau foulard en soi que l’on offre à son amie, on est presque sûre que personne d’autre ne l’aura et en plus il va tenir les quinze prochaines années".

Quand on entre dans un magasin de seconde main, on vient pour une personne, pas pour un objet en particulier.

Sultana Le Floch, gérante d'une friperie

L’avis de Julie sur l’originalité assurée d’un cadeau de seconde main est totalement partagé par Sultana Le Floch, gérante d’une autre friperie : "quand on entre dans un magasin de seconde main, on ne vient pas pour un objet, mais pour une personne. Le cadeau qu’on choisit doit être approprié pour l'individu à qui on veut l'offrir". Un nouveau comportement d’achat qui, selon elle, délaisse un critère d’exigence lié à la surconsommation : "les consommateurs ont moins d’attentes. Par exemple, s'ils viennent chercher un sac à dos pour un cadeau, ils regardent ce qu'ils trouvent sur place et si un sac à dos peut faire l’affaire". Une nouvelle manière de consommer qui favorise un achat personnalisé, de préférence aux cadeaux de dernière génération, faciles à trouver, et qui conviennent au grand public.

Le marché de jeux vidéos reconditionné : un moyen de susciter de la nostalgie

En termes de consommation de seconde main, les français ne sont pas uniquement friands de fripes. Le marché de l’électronique et de l'électroménager reconditionnés fonctionnent bien aussi. Plus de 50% des français ont déjà acheté un produit high-tech d'occasion, ou s'apprêtent à le faire.

Dans une boutique de Rouen, Pierre et Atika, deux clients, discutent des prochains jeux vidéo qu’ils vont s’offrir. Dans ce magasin de centre-ville, on trouve tous types de produits électronique de seconde main : téléphones, consoles, jeux vidéo, mais aussi des CD et des DVD et même des livres. Pour ces deux clients : "Les gens ne pensent pas toujours à offrir un objet ayant déjà servi, c’est dommage".

Pierre ne voit aucun inconvénient à offrir un cadeau reconditionné à un proche : "ici tout est en très bon état et les prix sont abordables. Pour un passionné de jeux vidéos, c’est ici qu’il faut venir. On peut trouver de très beaux cadeaux" explique-t-il, en pointant du doigt une ancienne console de jeux, devenue vintage, et dont il se servait encore il y a quelques années.

"Dans notre domaine, il y a des choses qu’on ne peut plus retrouver neuves", explique Ludi, le vendeur de la boutique. Il souligne la valeur sentimentale d'un cadeau : "certains jeux Mario ou Pokémon n’existent plus, mais certains veulent les racheter ou les offrir, car c’est indémodable, dans l’imaginaire des gens". C’est en partie cet esprit nostalgique qui propulse les ventes de Ludi pour les fêtes de fin d’année : "pas plus tard qu’hier, un jeune couple est venu acheter les consoles auxquelles ils avaient joué, pour les offrir à des enfants, car ils voulaient leur faire découvrir leurs anciens univers de jeux". Quelques minutes se passent à peine, avant qu’un client ne passe en caisse pour s’offrir un indémodable jeu Pokémon, datant d'il y a quelques années.

ça me dérange d'acheter un jouet de seconde main pour un enfant, à la fois pour des questions d'hygiène et de sécurité

Murielle, consommatrice

Rue des Carmes, dans l'hypercentre de Rouen, Murielle et Régine commencent tout juste leurs achats. Elles prennent le temps d’admirer les vitrines lumineuses et de repérer les cadeaux pour leurs petits enfants. Toutes les deux s’accordent à dire qu’elles sont contre l’idée d’offrir de la seconde main pour Noël : "pour les fêtes, on se lâche, surtout pour les enfants. On offre de jolies choses neuves pour faire plaisir" explique Régine, qui semble avoir un avis très tranché sur la question. Pour Murielle, c’est surtout pour des questions de sécurité et d'hygiène qu'elle refuse d'acheter des jouets de seconde main, pour son petit-fils : "ça me dérange d'acheter un jouet d'occasion; j’ai peur qu’il ne soit plus aux normes, que cela ne soit pas hygiénique". Toutefois, elle n’est pas contre offrir un vêtement ou un sac de seconde main, pour une personne adulte "on peut trouver des vêtement de marque et de qualité pour un très bon prix".

Pour Joël Brée, cela va encore prendre du temps avant que certains produits, comme les peluches, soient achetés en recyclerie, notamment à cause de critères d’hygiène. L’enseignant n’est pas non plus étonné de la méfiance des consommateurs quant à à la sécurité de certains produits : "de particulier à particulier, on ne sait pas comment l'objet a été utilisé, c'est vrai. Mais quand on achète en recyclerie, les normes doivent être respectées, les jouets sont contrôlés et vendus avec une notice".

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