Coronavirus : les producteurs de Neufchâtel inquiets pour l'avenir de leur filière

© Bruno Belamri / France Télévisions
© Bruno Belamri / France Télévisions

Avec la fermeture temporaire mais brutale de leurs lieux de ventes habituels, les producteurs de fromage normand voient leur activité entravée par la crise du Covid 19. A Neufchâtel-en-Bray, les exploitants du célèbre fromage AOP redoutent l'avenir.
 

Par Catherine Lecompte

Depuis plusieurs semaines maintenant, marchés, cantines, restaurants sont fermés ou inaccessibles.

Le Covid 19 et son confinement imposé dicte ses nouvelles règles de consommation, souvent incompatibles avec l'activité de nombreux producteurs normands. 
Parmi eux : les producteurs de fromage traditionnels. 

Le petit coeur normand en souffrance  


A Neufchâtel-en-Bray, le célèbre fromage en forme de coeur ne peut plus en effet être ni produit ni distribué normalement, et les exploitants redoutent sérieusement l'avenir.
Cette spécialité normande fait pourtant partie du club très fermé des quatre détenteurs de l'appellation d'origine protégée (AOP) en Normandie, habituelllement gage de débouchés. 

A la ferme de la Varenne, Nicolas Beurion  récolte d'ordinaire 1200 litres de lait par jour. Mais depuis deux semaines, il est contraint d'en jeter la moitié. 

Toute sa production sert principalement à fabriquer des fromages de Neufchâtel. Une production à ce jour à l'arrêt et dont les stocks ont dû être détruits. 
A ce jour, il a déjà perdu 50% de son chiffre d'affaire. 

"A quoi bon transformer son lait quand on ne vend plus de fromages ? Mais quand on sait le travail que cela représente d'ailleurs, cela nous fait très mal au coeur de jeter tous ces fromages! "

Pour l'instant, il a pu garder ses trois salariés, mais pour combien de temps encore ? 
Le recours au chômage partiel pourraît être une solution d'ici le 15 avril. 

Des milliers de fromages à la poubelle 


Déjà fortement impactés par la catastrophe de l'incendie de Lubrizol depuis l'automne dernier, de nombreux producteurs de Neufchâtel commençaient pourtant tout juste à se remettre de la crise.
Comme aujourd'hui, ils avaient été nombreux à l'époque à jeter le fruit de leur travail à la poubelle.
 
Des petits coeurs à la poubelle / © Bruno Belamri /France Télévisions
Des petits coeurs à la poubelle / © Bruno Belamri /France Télévisions


"On venait seulement de recevoir nos 9 000 euros d'indemnités de Lubrizol !", déplore Nicolas Beurion. "Et voilà qu'on repart dans une autre crise, pire encore!"

En réalité, la situation est devenue difficile pour la plupart des 23 producteurs que compte l'Appelation d'Origine Protégée de Neufchatel.
Mais certains s'en sortent pourtant un petit mieux que d'autres. Essentiellement les producteurs qui ont joué très tôt la carte des circuits courts et des petites surfaces.  
 
le petit coeur de neufchâtel en souffrance


Mince espoir cependant, les membres de l'AOP Neufchâtel, avec leur statut d'entreprise artisanale, aimeraient maintenant pouvoir s'appuyer sur l'annonce du ministre de l'économie, Bruno le Maire :

"toute petite entreprise ayant constaté une baisse de 50% de son chiffre d'affaires en mars et avril pourra recevoir une aide forfaitaire de 1 500 euros." 


Au niveau local, cette aide peut s'organiser à différents échelons, par le biais notamment d'une plateforme d'entraide montée par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Normandie.
Baptisée CCI Entraide, elle permet aux producteurs locaux de trouver des solutions de distribution le plus rapidement possible.

 

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