Dernier appel à témoignages de la Commission sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique

Après les scandales qui ont secoué l'église, une commission indépendante a été mise en place pour enquêter sur les abus sexuels au sein de l'église catholique depuis 1950. Elle était de passage à Rouen le 15 septembre 2020 pour rencontrer des victimes dont les vies ont été brisées.


Plus nous écoutons des victimes, plus nous apprenons sur la profondeur de leur douleur. Les victimes d'abus sexuels sont marquées dans leur chair durant des années et des années

Christine Lazerges, membre de la Ciase


Après plusieurs scandales d'abus sexuels au sein de l'église catholique, en novembre 2018, l'épiscopat français a décidé, la création d’une commission indépendante destinée à faire la lumière sur le passé, pour en tirer les conséquences et rétablir la confiance.

Sa mission s’articule autour de trois grandes phases :En revanche, la commission n’a pas pour mission d’établir des responsabilités personnelles.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) est composée de 22 membres. Elle réunit des femmes et des hommes aux compétences reconnues dans les domaines de la médecine, de la psychiatrie, de la santé, des sciences sociales, du droit, de l’histoire et de la théologie.

La commission a pu constater qu’il s’écoule parfois plus de 30 ans entre des abus commis et la possibilité d'en parler. C'est pourquoi il a été décidé une période d'étude de 70 ans, de 1950 à aujourd'hui. Libérer la parole, écouter les victimes et recueillir les témoignages est au cœur des missions de la commission.  

Après avoir mis en place un appel à témoignages auprès de victimes, via une plateforme téléphonique (plateforme d'écoute gérée par la fédération France-Victimes), la Ciase a démarré fin 2019 un tour de France pour récolter des témoignages de victimes d'abus sexuel au sein de l'institution religieuse, depuis 70 ans. 

Recueil de témoignages

Si vous avez été victime ou témoin d’abus sexuels commis par des prêtres, des religieux ou religieuses, La Ciase, en partenariat avec France Victimes, a mis en place :

La vie des victimes détruite

Nous avons rencontré des victimes d'abus sexuels au sein de l'église. Leur vie d'adulte ont été profondément marquée par ces abus durant leur enfance.
C'est le cas d'un homme qui souhaite rester anonyme. Nous l'appelerons Antoine. Il a été abusé dès ses 8 ans et ce pendant 8 ans.
 

Il était homme d'église. Il secondait le prêtre. J'étais enfant de chœur. La première fois, j'avais 8 ans. Il m'a fait une fellation et m'a sodomisé. Il avait une forte emprise sur moi. J'étais un enfant réservé. Mes parents étaient sévères et très croyants. Je me sentais sale mais il était inimaginable que je dise du mal de l'église. Ça a duré 8 ans. Il a détruit ma vie. Ça a été très violent pour moi et ça a des répercussions sur ma vie aujourd'hui. C'est pour ça que je n'ai pas d'enfant.

Antoine, victime d'abus sexuels pendant son enfance



Le président de la CIASE, Jean-Marc Sauvé était à Rouen le 15 septembre dernier pour une étape du tour de France de cette commission indépendante. Il insiste sur les conséquences des abus sexuels sur la vie adulte des victimes. 
 

Nous prenons la mesure du traumatisme qu'ont vécu ces personnes. Nous prenons la mesure de l'enfermement qui a été le leur dans le silence pendant des dizaines d'années et de la souffrance qui en a résulté. Les conséquences des abus sexuels sur la vie des victimes sont profondes. Elles sont plus profondes sur la vie personnelle, relationnelle, parfois sexuelle que sur la vie professionnelle.

Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE


 
Le président de la CIASE, Jean-Marc Sauvé était à Rouen le 15 septembre 2020 lors d'une étape du tour de France de la commission
Le président de la CIASE, Jean-Marc Sauvé était à Rouen le 15 septembre 2020 lors d'une étape du tour de France de la commission

Jean-Marc Davergne était à Rouen le 15 septembre dernier. Il a été auditionné par la CIASE sur les abus sexuels qu'il a subis étant enfant. Lui aussi était enfant de choeur. Lui aussi était un enfant réservé.
Le prêtre avait une télévision et proposait aux enfants de choeur de regarder les émissions jeunesse. Tous les enfants étaient réunis devant la télévision. Le prêtre demandait à Jean-Marc de s'assoir sur ses genoux et le masturbait. Il avait alors 12 ans.
Deux ans plus tard, lors d'un camp scout, le prêtre a fait venir Jean-Marc dans sa tente sous prétexte qu'il était le seul jeune à avoir un réveil. Il l'a violé pendant la nuit. Cet événement Jean-Marc l'a refoulé pendant des années. C'est en suivant une psychothérapie que cet événement est remonté à la surface. Ces abus qu'il a subis étant jeune ont eu un impact très important sur sa vie d'adulte.
 

J'ai été très tôt éveillé à la sexualité par ce prêtre et cela a entraîné une libido très importante chez moi. J'ai eu une sexualité compulsive avec des besoins très importants. Cela a été très handicapant dans ma vie sentimentale et conjugale. J'ai régulièrement trompé ma femme. Cela m'a empêché d'avoir une vie stable. En plus, j'étais dans la culpabilité. J'avais l'impression que le plaisir n'était pas pour moi. Si ce prêtre était encore en vie, j'irai le voir pour lui dire qu'il a bousillé ma vie. Ce que j'ai subi étant petit je ne pouvais pas en parler à la maison. Le prêtre, c'était comme le maire ou l’instituteur du village. On ne pouvait pas en dire du mal. Personne ne m'aurait cru.

Jean-Marc Davergne, victime d'abus sexuels de la part d'un prêtre


Le recueil des témoignages de victimes de violences sexuelles de la part d’un prêtre ou d’un religieux lorsqu’elles étaient mineures ou en position d’adulte vulnérable, intervenues entre 1950 et aujourd’hui arrive à son terme.
Le 31 octobre, son appel à témoignages, lancé en juin 2019 et prolongé de quelques mois en raison du confinement, prendra fin.
6 000 appels, lettres ou messages ont été enregistrés.
 

Au moins 3500 victimes en France


Jean-Marc Sauvé, a estimé en septembre à au moins « 3 500 » le nombre de victimes en France depuis 1950. Ces chiffres provisoires proviennent d’une première remontée d'investigations menées auprès des archives de diocèses et de congrégations religieuses par la Ciase. 

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a accès aux archives de l'église catholique et peut procéder à des auditions dans les diocèses et les congrégations. Jean-Marc Sauvé a demandé aux supérieurs majeurs des congrégations religieuses et aux évêques, de faire le point, décennie par décennie, sur les abus commis : nombre de prêtres abuseurs dont les archives portent la trace, nombre de victimes et la manière dont les affaires ont été traitées (ou ne l'ont pas été).
L’inventaire de ces archives est achevé. Celui des archives de la justice est en cours.

 


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Des cellules d'écoute mises en place par l'église

À la suite des multiplications des scandales sur les abus sexuels au sein de l'église, la Conférence des Evêques de France a mis en place en 2016 des cellules d’écoute et d’accompagnement des victimes. Il en existe une pour chaque diocèse de France métropolitaine et des DOM-TOM.
 

La pédophilie au sein de l'église est une préoccupation majeur pour nous aujourd'hui. Nous avons mis en place des cellules d'écoute des victimes avec des psychologues et des juristes et nous avons aussi un volet prévention. On forme les animateurs des jeunes sur les règles de comportement à adopter mais aussi sur la capacité à déceler d'éventuels signes chez des jeunes qui pourraient laisser penser qu'ils sont victimes de comportements pédophiles. Quand nous avons des soupçons, nous prévenons la justice.

Monseigneur Dominique Lebrun, archevêque de Rouen


 
Dans l’Archevêché de Rouen, une cellule d’écoute des victimes est mise en place depuis 4 ans ans , "Lutter contre la pédophilie" 
L'église communique par voie d'affiche dans ses édifices religieux sur ses cellules d'écoutes pour les victimes d'abus sexuels sur mineurs dans l'Eglise
L'église communique par voie d'affiche dans ses édifices religieux sur ses cellules d'écoutes pour les victimes d'abus sexuels sur mineurs dans l'Eglise

 
La Ciase doit remettre son bilan et ses préconisations fin septembre-début octobre 2021.  La Commission doit lancer début octobre 2020 une enquête pour prendre la mesure des violences sexuelles sur mineurs dans l'église, rapportées à l'ensemble de la société française. Un questionnaire va être soumis à 30.000 personnes, pour prendre la mesure de ces violences dans l'ensemble de la société française: dans les cultes, mais aussi dans la famille, l'école, la protection de l'enfance, le sport, les mouvements de jeunesse.
Une enquête que la commission juge indispensable pour contextualiser les données ecclésiales par celles observables dans le reste de la société (la famille et les autres instances de socialisation).

 
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