Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : "Une violence inouïe", la scène d'horreur décrite dans les moindres détails au deuxième jour du procès

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Écrit par Maxime Fourrier et Amandine Pointel

Beaucoup d'émotion ce mardi devant la cours d'assises spéciale de Paris. Lors de l'audience, ont été évoqués les faits précis qui ont conduit au décès du père Jacques Hamel. Le récit de l'attaque terroriste du 26 juillet 2016, pour lequel 4 complices présumés des assassins comparaissent aujourd'hui.

Jour 2 du procès de l'assassinat du père Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Etienne du Rouvray en juillet 2016. Si les deux assaillants sont morts, trois membres de l'entourage des assaillants seront jugés pour complicité d'assassinat et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Un grand absent, l'instigateur présumé Rachid Kassim. Ce propagandiste français du groupe Etat islamique est probablement mort en Irak en 2017. 

Les victimes et leurs proches ont dit vouloir "comprendre" ce qui a mené à cet attentat, tandis que l'un des accusés, interrogé la veille sur sa personnalité, a craint qu'on lui fasse porter "un costume trop grand" pour lui. 

La personnalité de Jean-Philippe Steven Jean-Louis, 3ème accusé dans le box a été évoqué ce matin.  L'après-midi était consacrée au déroulé de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.  

La scène d'horreur décrite dans les moindres détails

Beaucoup d'émotion cette après-midi devant la cours d'assises spéciale de Paris. Lors de l'audience, ont été évoqués les faits précis qui ont conduit au décès du père Jacques Hamel. Nombre de plaies, flaques de sang, détails des lames de couteau, étole ensanglantée.. "Une violence inouïe", a détaillé le fonctionnaire de la sous-direction anti-terroriste en détaillant les coups de couteaux portés par Petitjean au Père Hamel.

Roselyne Hamel, la sœur du prêtre assassiné, jusqu'ici très concentrée et toujours aussi digne, s’effondre dans ses mains, soutenu par l’archevêché que Rouen Monseigneur Lebrun, au moment de la diffusion de photos.

Le président de la cour avait prévenu que certaines images seraient difficiles, elles ne seront finalement pas diffusées. "Je suis soulagée qu'il y ait eu une alternative de trouvé. Ca aurait été très dégradant pour mon oncle et très difficile à encaisser", nous indique Angélique Deleporte, nièce du Père Jacques Hamel.

Le procès minute par minute

Notre journaliste Maxime Fourrier est sur place pour suivre le procès jusqu'à jeudi. 

18h46 : Fin du direct. Notre journaliste retournera au tribunal jeudi  17 février avec le témoignage de Guy Coponet, gravement blessé durant l’attentat. La sœur du Père Hamel, Roselyne Hamel, témoignera également.

17h30 : Sur la vidéo tournée (de force par M. Coponet sous la menace de M. Kermiche) à l’intérieur de l’église : « les téléphones ont été détruits pendant l’attaque et les services techniques de la police n’ont pas réussi à restituer cette vidéo ».

16h49 : Le policier de la SDAT poursuit son exposé en détaillant les coups de couteaux portés par Petitjean au Père Hamel. « Une violence inouïe », souligne le fonctionnaire. Roselyne Hamel, la sœur du prêtre décédé, s’effondre dans ses mains, soutenu par l’archevêché que Rouen, Monseigneur Lebrun.

16h10 : Le déroulé de l'attaque terroriste se poursuit : Le 26 juillet 2016, entre 9h30 et 9h40 les policiers sont alertés d’une prise d’otages dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Des agents arrivent sur place rapidement.

La BRI arrive quelques temps après. La colonne se positionne devant la porte de la sacristie et entre.

Les agents demandent aux terroristes de libérer les otages. Janine Coponet sort par la porte de la sacristie. Abdel-Malik Petitjean sort également de façon menaçante. Il est neutralisé. Adel Kermiche se précipite vers la sortie et est également tué. Les otages sont libérés.

16h :  Le 23 juillet 2016 en fin de journée, Abdel-Malik PetitJean est identifié sur le parvis de la gare de Rouen. Il vient d'arriver en Seine-Maritime depuis Aix-les-Bains.

Le 24 juillet 2016 à 14h13, deux jours avant l’attentat, les deux hommes sont repérés près de l’église via les caméras de vidéosurveillance.

15h54 :  Des photos issues des caméras de surveillance sont diffusées. On voit Adel Kermiche, de dos, approcher l’église depuis le parking, le 26 juillet 2016, à 9h09. A la même heure, Abdel-Malik Petitjean approche également depuis la rue de la République à Saint-Etienne-du-Rouvray.

A 9h17, les deux hommes se dirigent vers l’église. Ce sont les dernières images des deux terroristes avant l’attaque. Elles proviennent des caméras de vidéosurveillance de la ville.

15h48 :  Selon l’autopsie, le Père Jacques Hamel n’a pas fait preuve de résistance. « La victime est décédée en quelques minutes », rapporte le légiste. Guy Coponet, qui a survécu à l'attaque, a lui 4 plaies au thorax et aux cervicales notamment.

15h38 :  Adel Kermiche est identifié quelques heures après l’attentat du 26 juillet 2016 à 17h45 grâce au fichier des empreintes digitales. Abdel Malik PetitJean, inconnu du fichier des empreintes digitales, est identifié par rapprochement d’empreintes (sur sa CNI) le 27 juillet 2016, lendemain de l’attaque

Adel Kermiche est touché par 28 balles/éclats de balles durant l’assaut. Abdel-Malik Petitjean est lui touché par 50 balles/éclats de balles. « Les corps étaient criblées de balles », souligne le témoin. Les décès ont été immédiats.

15h10 :  Des photos (prises de loin) du corps du Père Jacques Hamel sont diffusées. Il est sur le dos, le visage ensanglanté. Son étole est pleine de sang, comme la chemisette bleue qu’il portait le 26 juillet 2016. 

« Neuf plaies par arme blanche ont été constatées au niveau au haut du corps », explique le fonctionnaire de police.

15h :  Abdel Malik Petitjean est identifié comme le « premier corps » Adel Kermiche est identifié comme le « second corps ». Sur deux couteaux est retrouvé l’ADN d’Adel Kermiche. Sur le troisième couteau est retrouvé l’ADN du Père Jacques Hamel

14h50 :  Le corps du premier assaillant est diffusé sur un écran dans la salle. Il se trouve l’arrière de l’église, sur le dos au sol. Autour de lui, une arme et un engin explosif improvisé.

Plus près de la porte de l’église  se trouve le second corps allongé sur le côté. Près de lui, les policiers trouvent 3 couteaux. Les démineurs indiquent que l’engin explosif improvisé retrouvé était en réalité un pot de miel.

14h35. L’audience a repris. Un témoin de la sous-direction anti-terroriste détaille le déroulé de l’attentat.  Il témoigne de façon anonyme en visioconférence.

12h50 :  L’audience est suspendue. Cet après-midi à partir de 14h30 un enquêteur de la sous-direction anti-terroriste rappellera le déroulé de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.  « Des images et vidéos très choquantes seront diffusées », prévient le président de la cour d’assises.

12h42 :  Questions de la défense sur sa vie en foyer : - « avez vous été tabassé ? Combien de fois ?» - M. Jean-Louis : « Au bout d’un moment on ne compte plus » - La défense : « avez-vous été violé ? » Silence - M. Jean-Louis : « je ne souhaite pas répondre à cette question »

12h : Comme les deux autres accusés, Jean-Philippe Steven Jean -Louis conteste les faits qui lui sont reprochés. "Dans cette affaire vous avez deux criminels et ils sont morts", indique Maître Bérenger Tourné, avocat de M. Jean-Louis. "On essaie de raccrocher mon client à une association de malfaiteurs à laquelle il n'a pu s'agréger."

durée de la vidéo : 28sec
Maître Béranger Tourné, avocat de Jean-Philippe Steven Jean-Louis ©Véronique Arnould / France Télévisions

11h25 :  Selon l’enquêtrice de personnalité, M. Jean-Louis s’est converti en 2014, « il dit avoir trouvé les réponses aux questions qu’il se posait ».

« Il veut venir en aide au peuple syrien. Il veut comprendre ce qu’il se passe dans les réseau jihadistes, il veut apporter la paix, raconte l’enquêtrice, il dit avoir trouvé, à l’époque, un sens à sa vie. »

« Il fait, petit à petit, des rencontres qui le radicalise. Il est en quête d’un but dans sa vie », souligne l’enquêtrice.

11h :  L’interrogatoire de Jean-Philippe Steven Jean-Louis est terminé. Une enquêtrice de personnalité prend la parole.

10h50 : Le casier judiciaire de Jean-Philippe Steven Jean-Louis est vierge, indique le président de la cour. 

En détention, le comportement de M. Jean-Louis, semble exemplaire rapporte la cour. « Il est un élément calme et serein auquel les autres détenus se réfèrent », selon un rapport de la prison de la santé dans laquelle il est incarcéré.

10h45 :  Sur sa relation avec Abdel-Malik PetitJean, l'un des assaillants : « je l’ai connu deux semaines avant notre tentative de départ en Syrie ». Il dit n’avoir jamais connu Rachid Kassim, Adel Kermiche et avoir eu très peu de liens avec ses deux co-accusés dans le box.

10h35 :  « J’étais absorbé par les réseaux sociaux, Facebook, MySpace, Snapchat, Instagram… » raconte l’accusé. Le président lui demande si c’était pour combler son manque d’amis : « oui, probablement. »

10h30 :  L’accusé évoque maintenant sa vie amoureuse : « j’ai eu une copine qui voulait partir en Syrie. Ca m’intéressait aussi. Nous nous sommes rencontrés sur Facebook. Aujourd’hui je n’ai plus de nouvelles d’elle (…) elle ‘vit’ en Syrie maintenant. »

10h25 :  Sur sa vie professionnelle : « j’ai pas beaucoup travaillé. » Jean-Philippe Steven Jean-Louis avait débuté une formation d’usinage quelques semaines avant l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray . Il avait également travaillé au McDonald’s.

10h20 : s ur sa vie en foyer : « il y a eu de la violence. J’ai subi des coups. (…) J’ai été viré parce je pratiquais la religion. Ils pensaient que je me radicalisais ». Jean-Philippe Steven Jean-Louis a refusé de rentrer chez sa mère, « je n’avais plus de liens avec elle. »

Entre le logement insalubre de sa mère et le foyer : « je vivais entre deux enfers », raconte le jeune homme. Malgré cela, avec sa santé fragile, Jean-Philippe Steven Jean-Louis ajoute qu’il a eu une relation fusionnelle avec sa mère jusqu’à ses 12 ans.

10h15 :  Inspiré par son père (ingénieur informatique), Jean-Philippe Steven Jean-Louis souhaitait lui aussi travailler dans le domaine de l’informatique. « Vous êtes dans la recherche du père ? », interroge le président. « Certainement », répond l’accusé.

10h :  Sur sa scolarité : « j’ai peu profité de mes jeunes années à l’école élémentaire à cause de mes soucis de santé », explique le jeune homme. Il a changé plusieurs fois de collège et lycée ensuite. Il n’est pas diplômé.

9h50 : « Le logement de ma mère était insalubre et j’étais très asthmatique quand j’étais petit. Alors j’ai passé beaucoup de temps à l’hôpital jusqu’à mes 12 ans », raconte Jean-Philippe Steven Jean-Louis. 

« Je n’ai pas été maltraité. Ma mère était aimante, elle devait s’occuper de 4 enfants. Quand j’étais jeune ma maman me surprotégeait (à cause de sa santé) », explique M. Jean-Louis.

9h45 :  En préambule, JP Steven Jean-Louis conteste les faits qui lui sont reprochés.

Sur son enfance : « je n’ai pas beaucoup de souvenir de mon père, il travaillait beaucoup. J’ai été placé en foyer, je n’ai pas grandi avec ma mère », indique-t-il.

9h42 : L'audience reprend.  Ce matin, on s’intéresse à la personnalité de Jean-Philippe Steven Jean-Louis. Il est en détention depuis le 31 juillet 2016.

Pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et soustraction de mineur en relation avec une entreprise terroriste », Jean-Philipp Steven Jean-Louis encourt jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle

Rappel des faits

Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel est assassiné à coups de couteau par deux hommes, en pleine messe dans une église   à Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. L'attaque est    revendiquée par le groupe État islamique.

Les deux jihadistes de 19 ans, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, sont tués par la police à leur sortie de la petite église de la banlieue de Rouen.

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Cet attentat visant pour la première fois en Europe un prêtre dans une église avait bouleversé bien au-delà des frontières françaises.