La direction de Lubrizol souhaite une reprise partielle de son activité avant la fin de l'année

© France 3/ Olivier Flavien
© France 3/ Olivier Flavien

Troisième réunion ce lundi 18 novembre 2019 en préfecture de Rouen du comité pour la transparence et le dialogue mis en place après l'incendie de l'usine. La directrice générale France de Lubrizol a déclaré souhaiter une reprise partielle de l'activité avant la fin de l'année. 

Par MM, avec l'AFP

Presque 2 mois après l'incendie, la police a annoncé ce mercredi 20 novembre la réouverture partielle à la circulation du quai de France. Il était totalement femé et inaccessible aux véhicule depuis le 26 septembre dernier. Il serait accessible en 2x1voie au Nord, la voie sud est toujours réservée aux Poids Lourds qui participent à l'évacuation des fûts.
 

Dans sa conférence de presse du mercredi, le préfet a divulgué les premiers résultats d'analyses de sols. En fait sur les 215 communes concernées par le panache de fumées, 11 sont situées en seine maritime. 29 prélèvements y ont été effectués sur 2 profondeurs différentes. Selon les 58 résultats qui viennent de tomber, les pollutions observées seraient historiques et n'auraient pas de rapport avec les conséquences de l'incendie. 
 
Selon Isabelle Striga, la directrice générale France de Lubrizol, les "dispositifs" mis en place par la société depuis l'incendie "nous conduisent aujourd'hui à être en mesure de présenter un dossier de demande de reprise partielle de l'activité, progressivement et en sécurité". Et ce, avant la fin de l'année.

"Notre demande concerne nos activités simples de mélange, activités qui n'ont jamais posé de problème de sécurité et qui sont sans aucune réaction chimique", a-t-elle ajouté.

Lubrizol a "d'ores et déjà tiré les premières leçons" de l'accident. "Nous avons décidé de ne pas reconstruire la zone incendiée. Tous nos produits finis seront stockés chez un prestataire spécialisé".

Pourtant, selon l'association le Collectif Unitaire Lubrizol, qui mène sa propre enquête, parallèlement à l'enquête administrative et judiciaire, deux sociétés auraient été approchées par Lubrizol pour ce nouveau stokage, Multisol International Services à Sotteville Les Rouen et GCA à Lillebonne. Et aucune garantie n'a été donnée sur les conditions de stokage;

 

Itw de Gérald Le Corre du Collectif Unitaire Lubrizol
 Le préfet de Normandie Pierre-André Durand a "pris acte" de cette "intervention". "Je comprends que vous demandez sur deux petites unités" une reprise des activités de "mélange, qui ne présente pas de difficultés particulières". "Je prends acte" que "vous ne reprendrez pas la conservation de stocks sur place qui a été un élément si pénalisant", a-t-il reprécisé.

"A ce stade c'est une déclaration. Par certains aspects je me réjouis qu'elle soit responsable" mais "cela veut dire le dépôt d'un dossier complet, je dis bien complet", son instruction par les services de l'État, sa présentation au Coderst (Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques) qui l'expertisera pour rendre un avis. "Je ne pourrai prendre position qu'au vu de ces éléments", a souligné le préfet.

"Le temps d'instruction est relativement rapide. Il y a un préavis de cinq jours avant chaque Coderst. Nous avons des calendriers de Coderst pour des réunions le deuxième mardi de chaque mois", a-t-il précisé.

Lubrizol "travaille sans relâche depuis déjà deux semaines" à la constitution d'un dossier, pour le "remettre très rapidement", a ajouté la direction du site.

Des versements aux agriculteurs effectués selon Lubrizol

La directrice des Ressources Humaines de Lubrizol, Delphine Martos, invitée du 19/20 de ce mardi 19 novembre a réaffirmé la volonté d'un redémarrage rapide de l'entreprise.

Chaque jour qui passe, on perd des clients. C'est une véritable hémorragie. On ne peut pas continuer comme ça. Il est vital de redémarrer, notamment pour le site de Rouen.
Delphine Martos, responsable des Ressources Humaines de Lubrizol

Les équipes de Lubrizol sont mobilisés pour régler les problèmes de dépollution. La DRH a confirmé que les 10 000 m² d'entrepôts de stockage, détruits lors de l'incendie, ne seront pas reconstruits et qu'il n'y aurait plus ce type d'activité dans l'agglomération rouennaise.

La société travaille actuellement sur un dossier de demande de réouverture et la rédaction d'un cahier des charges. Elle a précisé que la société est en train "d'évaluer les éléments prioritaires et les risques afin de mettre en place le cahier des charges qui permettra de faire une demande de réouverture du site industriel".

On a beaucoup appris de cet incendie malheureusement.
Delphine Martos, Directrice des Ressources Humaines de Lubrizol

Concernant les indemnisations faites aux agriculteurs, le groupe a affirmé que des versements avaient été effectués "cette semaine", alors qu'il n'avait "aucune obligation judiciaire de le faire".  Mme Martos n'a avancé aucune somme exacte.
D'après la préfecture, sur les 143 dossiers déposés en seine-maritime, seuls 4 bons pour paiements seront versés cette semaine aux agriculteurs concernés. 
Au total, 111 collectivités et entreprises ont déposé des dossiers, en vue d'une indemnisation. Les premiers paiements sont prévus pour cette semaine. 

 
Delphine Martos était l'invitée du 19/20 de France 3 Normandie mardi 19 novembre

 

Des zones d'ombre pour l'association Robin des Bois

Parmi les préalables, Lubrizol doit répondre à la mise en demeure du préfet du 8 novembre afin que soit mis en conformité son plan anti-incendie d'ici au 8 janvier. Jacky Bonnemains, de l'association Robin des bois, a de son côté relevé "des zones d'ombre" dans cette demande de réouverture partielle de l'usine Seveso seuil haut, qui stocke aussi des "matières premières dangereuses comme le pentasulfure de phosphore".

"Et qui va être choisi pour stocker les fûts de produits finis et où?", a-t-il demandé.
Délégué CFDT du site, Jean-Paul Cholant a "attiré l'attention de la direction" d'une usine qui "jusqu'en juillet 2016" n'avait pas de représentants syndicaux, sur "la place des représentants des salariés, les plus à même pour veiller à la sécurité des installations".

L'annonce de Lubrizol intervient alors que persistaient encore à Rouen des odeurs émanant des deux sites touchés par l'incendie et toujours en cours de nettoyage, Lubrizol et son voisin Normandie logistique.

Un oeuf pourri

Le comité a été marqué par l'irruption d'un homme qui a jeté un oeuf pourri parmi les participants à cette réunion non publique.

Selon la maire PS de Petit Quevilly, commune limitrophe de Lubrizol, Charlotte Goujeon, et la directrice de l'association de mesure de la qualité de l'air Atmo, ces odeurs continuent à entraîner des nausées et des maux de tête. Selon l'Etat, les brumisateurs destinés à atténuer ces "odeurs très incommodantes" vont être renforcés.

Que choisir, France nature environnement et la maire adjointe de Rouen Françoise Lesconnec ont par ailleurs déploré que la préfecture ait refusé la participation au comité du représentant choisi par la CGT Gérald Le Corre.
"Tous les syndicats à commencer par la CGT ont leur place. Il y a en revanche une personne avec laquelle nous ne sommes pas en dialogue qui est régulièrement sur la tonalité de la vindicte, parfois de l'appel à la violence dans certaines situations, quand ce n'est pas la diffusion de nouvelles inexactes. Tout autre représentant est le bienvenu", a répondu le préfet.

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