L’annonce d’un contrôle technique pour les deux roues ne passe pas auprès des motards normands

Déjà en vigueur dans la plupart des pays européens, la France a annoncé la mise en place d’un contrôle technique pour les deux roues à partir de 2023, avant de faire machine arrière 24h après. En Normandie, la mesure est mal reçue par les motards, qui la jugent inutile.

Pour les motards de Normandie, le deux-roues est synonyme de liberté. Une liberté qui pour beaucoup vient d’être bridée par le gouvernement.

Ce mercredi 11 août 2021, un décret a annoncé la mise en place du contrôle technique à partir du 1er janvier 2023 pour tous les véhicules motorisés à deux, trois et quatre roues, scooters de 50 cm3 et voitures sans permis.

Surprennamment, le ministère des Transports a annoncé, à peine 24h après, que cette décision était "suspendue jusqu'à nouvel ordre" sur demande du président Emmanuel Macron. "Le ministre des Transports a convenu avec les fédérations de se retrouver à la rentrée pour échanger largement sur les différents sujets les concernant", a précisé le ministère.

A l'origine, il s’agit d’une mesure de sécurité exigée par l’Union Européenne, et longtemps repoussée par la France. Les motards s’étaient déjà mobilisés en avril 2021 contre cette directive.

En Normandie cette annonce au cœur du mois d’août fait grincer des dents, d’abord sur la forme.

C’est un coup de poignard dans le dos d’annoncer ça en plein milieu des vacances, alors que tous les motards sont en balade.

Gwen-Aël Lamoureux, membre du bureau national de la Fédération française des motards en colère 76 (FFMC)

Une mesure critiquée sur le fond et la forme

La FFMC de Seine Maritime critique également le fond de la mesure.

Ce nouveau contrôle technique a pour objectif de limiter la pollution atmosphérique et renforcer la sécurité des motards. Ce dernier point est nié par les principaux intéressés.

«  C’est inutile ! Selon le rapport Maids (Motorcycle Accident In Depth Study, ndlr) , réalisé il y a 15 ans, seuls 0,3% des accidents de la route à moto sont dus à des problèmes techniques. C’est essentiellement le comportement et la qualité des infrastructures routières qui entrent en jeu. Dans aucun des pays où la mesure a été mise en place, on a vu l’accidentologie des motards baisser », poursuit Gwen-Aël Lamoureux, membre du bureau national de la Fédération Française des Motards en Colère 76 (FFMC).

A ces arguments s’ajoute le volet financier. Beaucoup d’amateurs de moto possèdent plusieurs bolides. Les faire tous contrôler aura un coût, les mettre aux normes également, surtout lorsqu’il s’agit de véhicules de collection.

Les motards sont souvent des passionnés, des collectionneurs, qui sortent le week-end avec de vieilles cylindrées. Ces deux roues sont sûrs, mais je ne pense pas qu’ils répondent aux normes de pollutions, et ça ça m’angoisse.

Cyril Mercier, gérant d’une concession Yamaha à Déville-lès-Rouen

Selon le décret, les garages vont devoir procéder à une dizaine de points de contrôle concernant les freins, les pneumatiques, l'éclairage ou le bruit. Pour les scooters, les professionnels devront également vérifier qu’ils ne sont pas débridés.

« Je ne sais pas encore encore en détail ce que je vais devoir contrôler, et si les pièces qui ne sont pas d'origine passeront les tests. Ce qui est sûr c'est qu'on va avoir une surcharge de travail et il va sûrement falloir investir dans de nouvelles machines pour les vérifications en matière de pollution », s’inquiète Kévin Heurteaux, inspecteur technique chez AS AutoSécurité à Sotteville-lès-Rouen.

Magré ce revirement de dernière minute, la FFMC 76 garde toujours en tête la possibilité de mener des actions dès la rentrée de septembre si la mesure est maintenue.

           

Quand auront lieu les contrôles?
  • 2023 pour les véhicules immatriculés avant le 1er janvier 2016.
  • En 2024 pour les véhicules immatriculés entre 2016 et 2020
  • 2025 pour les véhicules immatriculés en 2021.

Ce contrôle devra être renouvelé tous les deux ans, comme pour les automobiles.

En cas de non-présentation du contrôle technique, le conducteur risquera 135 euros d'amende et l'immobilisation du véhicule.