Paris-Normandie: la demande de mise en liquidation judiciaire du journal examinée mardi

La direction du quotidien Paris-Normandie a annoncé jeudi dernier dans un communiqué son intention de demander le 21 avril au tribunal de commerce la mise en liquidation de la société éditrice, la SNIC, accompagnée d'une période de continuation.

La devanture de l'agence locale de Rouen du quotidien régional Paris-Normandie / Archives
La devanture de l'agence locale de Rouen du quotidien régional Paris-Normandie / Archives © France Télévisions
Imputée à la "crise sanitaire", cette décision, annoncée jeudi dernier (16 avril 2020) lors d'un comité économique et social (CSE) extraordinaire, intervient au lendemain du passage devant le tribunal de commerce de la RNP, la régie publicitaire du titre, "société pour laquelle la mise en liquidation avec poursuite d'activité a été confirmée par les autorités compétentes", selon le communiqué de la direction. 

Une crise liée au Covid    

"Cette situation est la conséquence directe de l'impact du Covid-19 sur le chiffre d'affaires de notre entreprise", affirment les dirigeants du quotidien régional  Paris Normandie.

Pour le SNJ, "en l'espace de quelques semaines tout s'est écroulé parce qu'on n'avait aucun matelas", résume Anne Bouchet, déléguée syndicale SNJ. "J'étais persuadé que le gouvernement allait mettre en place des dispositifs d'aide à la presse. Malheureusement, rien de ce qui pouvait nous aider n'a été fait".
 

Un manque à gagner de près de 500.000 euros en mars

"En résumé, la perte de 90% de nos recettes publicitaires, de 60% de nos annonces légales, de 20% de nos annonces carnets, le tout associé à une baisse de la diffusion de plus de 20%,  C'est donc 490.000 euros de manque à gagner immédiat sur le seul mois de mars 2020", détaillent-ils, considérant qu'en se projetant à fin mai, "cette somme atteindra les 2 millions d'euros".

Les perspectives de reprises s'assombrissent un peu plus à chaque annonce gouvernementale repoussant un peu plus le confinement 
Romuald Uzan, pdt de Paris-Normandie et Valéry Jimonet, DGA de Paris-Normandie

"L'acte de gestion consistant à se mettre sous la protection du tribunal se serait appelé "Redressement" si le titre n'était pas en plan de continuation, alors nous parlons ici d'une "liquidation".
La notion de continuation, quant à elle, est le résultat de la rapidité de décision prise par la direction afin de pouvoir assurer une période de continuation. "Tarder aurait été fatal....", analysent les responsables du quotidien.   ​​​​​

Des efforts mis à mal

"Déjà fragilisé" par un passif en cours de remboursement, selon le texte du communiqué, "Paris-Normandie avec un genou à terre, en train de se redresser, se trouve soudainement plaqué au sol par les conséquences de la crise sanitaire, c'est un sentiment d'écoeurement qui envahit tant les salariés, la direction que l'actionnaire", assurent les responsables du journal qui saluent "le courage et la pugnacité des équipes de Paris-Normandie".

Les salariés inquiets

"Forcément on est tous inquiets. C'est la troisième fois depuis 2012 qu'on se retrouve au tribunal. C'est toujours aussi douloureux", confie à l'AFP Anne Bouchet, déléguée syndicale SNJ à la veille de l'audience prévue, en visioconférence, mardi à 14h à Rouen.

Les "audiences sur internet" ont beau avoir "explosé", "les millions de pages vues ne sont pas des millions d'euros. Pas même des milliers", se désolait le journal le 10 avril dans une tribune signée "Paris Normandie" appelant les lecteurs à s'abonner.

Un nouvel actionnaire ? 

L'actionnaire principal du quotidien depuis 2017, Jean-Louis Louvel, repreneur de sociétés en difficulté, détient 90% des parts de Paris-Normandie via sa holding Financo-Medias. La question de sa présence à la tête du quotidien s'était posée lorsque M. Louvel avait décidé d'être candidat aux élections municipales, en mars dernier, à la mairie de Rouen avec le soutien de LREM, LR et les Centristes. Des discussions de rachat avec le producteur Pierre-Antoine Capton, avaient échoué en début d'année. Ce dernier avait finalement "formulé une proposition inacceptable en l'état", selon les mots de MM. Uzan et Jimonet.
 

... ou un repreneur ? 

La semaine prochaine prochaine, avec mardi (21 avril 2020) la demande au tribunal de commerce de Rouen de la mise en liquidation de la société éditrice du quotidien régional normand, sera une nouvelle et importante étape dans l'avenir de Paris-Normandie.

Quelle perspective pour les prochaines semaines ? Un nouvel actionnaire se manifestera-t-il ?  Un repreneur inattendu et "bienveillant" fera-t-il son apparition ? Ou reverrons-nous les précédents candidats à la reprise du journal lors de la précédente crise de 2016-2017 ?

"On se disait en pleine crise économique, en plein confinement, quel investisseur pourrait réussir à se projeter dans un rachat mais, semble-t-il, il y en a plusieurs en train de toquer à la porte", explique Anne Bouchet. Reste à savoir si ces manifestations sont "sérieuses" et combien de salariés risquent de "rester sur le carreau", ajoute-t-elle.

Rappelons les forces en présence avec, à l'ouest, le groupe breton, leader national "Ouest-France" et sa filiale Publihebdo (deux quotidiens normands et 85 hebdos dont 35 en Normandie) et le groupe normand "La Manche Libre" (premier hebdo de France, plus la radio, le gratuit et le site Tendance Ouest).

Enfin n'oublions pas, au  nord, le géant belge, le groupe Rossel  et ses nombreuses "marques" comme La Voix du Nord ou Le Courrier Picard.

Rossel, candidat à la reprise de Paris-Normandie en 2017, avait été écarté par le tribunal de commerce de Rouen...
"Paris Normandie aura été le premier à tomber au combat, espérons qu'il soit le seul!", souligne la direction du journal créé en 1944.

    
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