Près de Rouen, enquêtes sur des violences au sein du centre de rétention administrative

© France 3 Normandie
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Ce mercredi 5 février 2020, un sans-papier du centre de rétention a été condamné pour violences sur des policiers, lui-même avait porté plainte pour violences. Une trentaine de migrants du centre manifestent leur colère.

Par A. Arnould avec l'AFP

A Oissel, le centre de rétention administrative (CRA) implanté près de Rouen, fait encore couler de l'encre. Les associations venant en aide aux migrants dénoncent les mauvaises conditions d'accueil des sans-papiers, ceux qu'on appelle "les retenus". Dernièrement, elles ciblaient le problème d'un couple albanais retenu avec un bébé de 15 mois, "ce traitement inhumain n'est pas tolérable." Le juge des libertés et de la détention a ordonné jeudi 30 janvier la remise en liberté de cette famille.

Un "retenu" condamné à 3 mois de prison ferme

Ce mercredi 5 février 2020, un "retenu" a été condamné en comparution immédiate à 3 mois de prison ferme pour violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, outrages et menaces de mort. Ce jugement fait suite à une confrontation entre ce "retenu" et des policiers alors que celui-ci faisait l'objet d'un transfert venant du CHU de Rouen. 
De son côté, l'homme condamné avait également dénoncé des violences à son égard de la part de 6 policiers alors qu' il était en cellule d'isolement.

Il y a eu une enquête à charge et à décharge. Les témoins indiquent qu'ils n'ont entendu aucune violence dans la cellule d'isolement. Il n'y a pas de vidéo parce qu'il y avait une maintenance qui empêchait l'enregistrement permanent - M. Thieffry, procureur de la république adjoint de Rouen.

Selon son avocate, une militante de l' association France terre d'asile aurait entendu des cris et vu le plaignant au sol entouré de 6 policiers. 

Les enregistrements de la caméra de la cellule d'isolement où des violences auraient été commises à l'endroit de mon client n'ont pu être visionnés pour cause de problème de serveur. C'est tout de même gênant pour un lieu de privation de liberté - Me Solenn Leprince, avocate du retenu.

"Quand vous contestez un fait, on vous menace de vous mettre à l'isolement ..."

Depuis ce vendredi 7 février 2020, une trentaine d'adultes font part de leur colère face au conditions de vie au sein du CRA. Cette condamnation est une source de colère supplémentaire. En janvier 2019, d'autres migrants avaient commencé une grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de vie. 

Cette fois-ci, et selon nos informations, ils ont refusé les repas de l'administration pénitentiaire vendredi. 

Hier (vendredi 7 février 2020), on a décidé de reprendre la grève de la faim. Le soir ils coupent le chauffage et seulement le matin ils le remettent, les chambres sont froides. On avait obtenu qu'il y ait deux sortes de menu mais les plats sont toujours froids. Et puis, il y a la provocation policière, quand vous contestez un fait, on vous menace de vous mettre à l'isolement - Maïga, porte-parole des retenus au CRA d'Oissel.

En ce moment une quarantaine d' hommes et environ 10 femmes seraient retenus dans ce centre.

L'enquête sur d'éventuelles violences se poursuit

Deux policiers et deux personnes retenues s'accusaient mutuellement de violences. L'un des deux retenus qui avaient porté plainte pour violences policières a vu
sa plainte classée sans suite tandis que l'enquête se poursuit pour le second.

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