Que devient "Sarah la crieuse" : Tiktokeuse qui imite le dindon pour faire fuir les harceleurs de rue

Publié le Mis à jour le
Écrit par Amandine Pointel .

La jeune rouennaise de 21 ans avait fait le buzz avec sa technique du dindon pour faire fuir les dragueurs insistants. Sa technique fonctionne-t-elle toujours ? Son buzz lui a-t-il ouvert des portes ? Nous l'avons retrouvée.

Il y a d'abord eu le chat, puis le T-Rex et l'otarie. Mais c'est le cri du dindon qui a rendu Sarah, alias "Sarah la crieuse", star de Tik Tok. En décembre 2021, la jeune rouennaise cumule plusieurs millions de vue sur une vidéo publiée sur le réseau social de courtes vidéos. On la voit se filmer en train de se faire suivre par un homme qui insiste pour "avoir son Snap" (cf. Snapchat, un réseau social de partage de photos et vidéos instantané). Pour le faire fuir, Sarah pousse un cri de dindon en pleine rue et poste la vidéo. Le compteur des vues explose, les interviews dans les médias s'enchainent. Mais derrière ces vidéos humoristique Sarah dénonce un véritable problème de société : le harcèlement de rue. 

Huit mois plus tard, nous avons décidé de prendre de ses nouvelles. Nous retrouvons une jeune femme de 21 ans souriante, pleine d'assurance, et toujours aussi passionnée de mode. "Ce qui a changé depuis mes vidéos ? Tout simplement le regard des hommes. Parfois, il y en a qui me reconnaissent et du coup ils me disent 'ah non toi tu vas me faire le T-Rex, je me barre !' ", nous raconte Sarah. 

Je fais moins le dindon et le T-Rex mais je continue de filmer quand on m'embête. Je n'hésite pas à sortir mon téléphone pour qu'ils se sentent frustrés et qu'ils s'en aillent.

Sarah

Si certains hommes la reconnaissent dans la rue et la laissent tranquille, les dragueurs insistants sont toujours présents. De ce côté-là, rien n'a changé. C'est même parfois pire. Sarah a récemment publié une vidéo d'un homme qui la fixe de façon insistante à un arrêt de métro et qui semble cacher avec son t-shirt ce qui ressemble à une érection. "Le pire c'est que j'étais avec ma mère !", s'insurge la Tiktokeuse. "Au moment où j'ai filmé, je me suis dit qu'il allait arrêter. Mais il continuait de me fixer en essayant de cacher son érection." La vidéo a depuis été supprimée de son compte Tik Tok, le compte de la jeune femme a même été suspendu quelques jours. 

"C'est combien ?", "T'as Snap ?"

Pour constater le harcèlement de rue que subit Sarah, nous l'avons suivi quelques instants dans la rue, en caméra discrète (voir vidéo ci-dessous). Direction le quartier Saint-Sever, situé rive gauche à Rouen. La jeune femme porte une robe en jean moulante et des bottes en cuir à talons. "J'aime la mode. Je m'habille pour moi, pas pour eux". En quelques minutes, plusieurs regards insistants et propos déplacés. "T'as Snap ?", "Passe ton Snap". Pas de cri de dindon ni de T-Rex, Sarah ignore et trace sa route. 

Si la jeune femme garde jusqu'ici son calme, une réflexion va vite retourner la situation. Dans la rue Saint-Sever un homme en trottinette lui lance "C'est combien ?". La jeune femme ne se laisse pas intimider et lui répond un "clochard !", avant de poursuivre sa route. Deux jeunes femmes qui semblent reconnaître Sarah lui lancent : "Courage !". 

Ca devient très grave ! Une fille qui marche dans la rue, c'est comme si elle était en porte-jarretelles.

Sarah

"Même si je suis en pyjama, en jogging, tout ce que vous voulez ! On m'a mis une main aux fesses quand j'étais en jogging en faisant mes courses avec mon caddie de grand-mère !"

Au milieu des ces regards insistants, il y a tout de même un peu de bienveillance. Des jeunes filles qui reconnaissent Sarah dans la rue n'hésite pas à l'interpeller. "Je t'adore, je te suis sur Tik Tok, on peut faire une photo ensemble ?"

"Au début j’étais timide et maintenant je parle plus facilement, surtout avec les filles de 13-14 ans qui m’expliquent que ça leur arrive souvent dans le métro", nous explique Sarah. "Une fois, une jeune de 11 ans m'a raconté qu'elle s'était faite toucher les seins dans le métro. A 11 ans !"

Sarah reçoit également beaucoup de témoignages sur les réseaux sociaux. "Récemment, une jeune fille m'a expliqué qu'elle s'était pris un coup de poing par un mec parce qu'elle n'avait pas voulu lui donner son Snap. Le mec avait insisté alors elle s'était un peu énervé."

Si tu dis non aux hommes, leur fierté en prend un coup et ils deviennent mauvais !

Sarah

Il y a aussi celles qui lui envoient des vidéos de ses techniques de cris d'animaux. "Ca c'est marrant !"

Profession : influenceuse

Aujourd'hui, Sarah compte plus de 359.000 abonnés sur Tik Tok, et près de 25.000 sur Instagram. La jeune femme se lance petit à petit dans le monde de l'influence avec des campagnes photos pour des marques. "Tout ça c'est grâce à au harcèlement de rue finalement, alors je les remercie ! Moi j'évolue, eux ils restent en bas !" La jeune femme a plusieurs projets à venir : "mais je ne dis rien pour l'instant pour ne pas me porter la posse"

En parallèle, Sarah souhaite poursuivre son combat contre le harcèlement de rue. Elle devrait prochainement participer à une campagne contre le harcèlement dans les transports en commun dans une grande ville. "J'aimerais aussi créer une association contre le harcèlement de rue, pour tous, car il n'y a pas que les femmes qui se font harceler". Son combat ne fait que commencer.

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