TÉMOIGNAGE. Emilie Daudin, "mon cancer du sein à 33 ans"

A seulement 33 ans, l'influenceuse-entrepreneuse Emilie Daudin (The Brunette) est atteinte d'un cancer du sein triple négatif. Une forme de cancer encore peu connue du grand public, plus difficile à soigner. A l'occasion de la journée mondiale contre le cancer, elle témoigne.

A seulement 33 ans, Emilie Daudin (The Brunette) est atteinte d'un cancer du sein triple négatif.
A seulement 33 ans, Emilie Daudin (The Brunette) est atteinte d'un cancer du sein triple négatif. © Amandine Pointel / France Télévisions

"Mon monde s'est effondré. Je pensais que j'allais mourir, que je n'allais pas voir mes enfants grandir". Début octobre 2020, Emilie Daudin, plus connue sous le nom d'Emilie Brunette sur les réseaux sociaux, apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein triple négatif à seulement 33 ans. Une forme encore peu connue du grand public, qui se soigne plus difficilement. "Il n'y a pas qu'un cancer du sein, il y en a quatre !"

Cette mauvaise nouvelle met fin à de longs mois de doutes. "J'avais repris le sport quelques mois après la naissance de ma fille. Pendant une séance, j'ai senti une douleur au sein et que j'avais une sorte de petite boule. Je suis allée consulter ma sage-femme qui s'occupait de ma rééducation du périnée mais elle ne la sentait pas. C'était selon elle une déchirure musculaire." Un diagnostic confirmé par une deuxième sage-femme qui lui conseille d'aller consulter un ostéopathe ou dans le cas échéant, d'aller passer une mammographie. "Le déconfinement est arrivé, j'ai un peu retardé l'échéance", confie Emilie.

C'est finalement son amie osthéopathe qui l'examine et lui conseille d'aller consulter. "Mais la rentrée est arrivée et je vivais à mille à l'heure : la rentrée de mon fils à l'école maternelle, ma fille à la crèche, le travail... la vie quotidienne quoi !"

J'ai vraiment commencé à avoir de plus en plus mal.C'était comme des coups de poignard dans le cœur et dans le sein.

Emilie Daudin

Le 1er octobre, Emile Daudin passe une échographie mammaire, "premier jour du mois d'octobre rose, c'est assez ironique". Le lendemain matin le résultat tombe, on lui annonce qu'il y a 90% de risques que ce soit un cancer du sein. Un résultat confirmé par une biopsie. "Ca a été très douloureux parce que je n'ai pas compris tout de suite que j'avais un cancer du sein triple négatif."

Un cancer plus agressif qui touche des femmes de plus en plus jeunes

Le cancer du sein triple négatif est une forme plus agressive de cancer qui se soigne plus difficilement. "On ne sait pas s'il va bien réagir à la chimiothérapie ou pas", explique Emile. "C'est un cancer qui récidive très rapidement, dans les mois qui suivent la fin du premier traitement. On considère qu'une personne atteinte d'un cancer du sein triple négatif est en rémission à partir de 5 ans (contrairement à 7 pour les autres)."

"Ce cancer triple négatif touche des femmes jeunes, qui comme moi n'ont pas forcément d'antécédents. Je fais du sport, je ne fume pas... Il m'arrive de boire quelques verres de temps en temps mais pas excessivement. Je mange bio, je suis de corpulence mince... Je ne rentrais pas dans les statistiques du cancer du sein d'il y a 10 ans."

"On pense que cette maladie touche des personnes 'âgées'. Je pensais que j'allais avoir un cancer mais plus tard. On connaît tous une personne âgée qui a eu un cancer. On en connaît moins qui ont la trentaine. J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de femmes qui sont concernées par ce cancer."

J'ai découvert que ce cancer touchait beaucoup de femmes enceintes mais aussi des femmes qui allaitent. C'est faux, l'allaitement ne protège pas du cancer du sein.

Emilie Daudin

"On m'avait aussi dit que le cancer du sein ne fait pas mal. C'est faux, le cancer du sein peut faire mal, en particulier le triple négatif."

L'annonce à sa communauté

Le 1er novembre, Emilie annonce son cancer à ses 139 000 abonnés. "Je pense que ça a été une onde de choc pour les personnes qui me suivaient parce qu'ils ne s'attendaient à ce qu'une personne 'connue sur internet', puisse être atteinte de cette maladie-là. On pense toujours que ça touche les autres mais pas soi. Je le pensais aussi."

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Un long combat vers la guérison

Aujourd'hui, c'est sur son compte Instagram qu'Emilie partage au quotidien son chemin vers la guérison. Elle suit actuellement un premier traitement sous chimiothérapie. "On commence par un traitement de six mois, avant d'avoir une mastectomie. On va m'enlever mon sein entièrement au mois d'avril." S'en suivra ensuite une radiothérapie : environ 35 séances de rayons au total, tous les jours pendant 5 semaines. 

"Ensuite, si tout va bien et que je n'ai plus de cellules cancéreuses, j'évite la chimiothérapie orale. Malheureusement s'il en reste, même 1%, j'entame cette nouvelle chimiothérapie orale pour éviter une récidive."

Depuis son annonce sur les réseaux sociaux, Emilie Daudin reçoit beaucoup de messages. "Ce qui est difficile, c'est que suite à mon témoignage, certaines personnes sont parties se faire diagnostiquer et sont désormais malades... Je suis contente qu'elles l'aient fait car elles ont été prises à temps mais ça me fend le coeur."

"Normaliser le cancer"

Avec la chimiothérapie, Emilie a perdu ses cheveux. Qu'importe le regard des autres, elle n'hésite pas à s'afficher crâne chauve sur son compte Instagram et à se filmer au quotidien sans sa perruque, bonnet sur la tête qu'elle ne lâche jamais.

"J'avais peur au début. C'est un changement physique et j'ai un métier d'image. Et puis je me suis dit que contrairement à mon sein que l'on va m'enlever, mes cheveux, mes cils et mes sourcils repousseront, ce n'est qu'une question de semaines."

J'ai appris à me moquer du regard des autres. Je me promène parfois dans les rues de Rouen simplement avec mon bonnet.

Le 31 décembre 2020, Emilie décide de poster symboliquement une photo d'elle, tête nue sur son compte Instagram. Un moyen pour elle de normaliser le cancer et d'aider les personnes dans le même cas qu'elle. "Je trouve que jusqu'ici on ne normalisait pas le cancer. Je n'ai jamais vu de star par exemple poser crâne chauve. Ca m'aurait aidé de suivre quelqu'un qui vit la même chose que moi."

C'est ma façon de militer, de montrer à mes lectrices que cette perte de cheveux n'est pas si grave.

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Emilie souhaite également partager son expérience pour sensibiliser davantage les femmes et faire connaître ce cancer encore trop peu connu. Elle a lancé un compte Instagram et une série de podcasts dédiés au sujet. 

"Mama Warrior"

Malgré les séances de chimiothérapie qui peuvent être épuisantes, Emile continue son métier d'influenceuse-entrepreneuse. "C'est bon pour le moral, ça m'a permis de ne pas me concentrer uniquement sur ma maladie et de penser à autre chose. Et je me sens moins fatiguée."

"Les quatre premières séances de chimiothérapie ont été très difficiles. Fatigue extrême, perte de cheveux... J'ai eu des nausées horribles, même enceinte je n'avais jamais vécu ça. Ce sont les séances les plus agressives. La suite est beaucoup plus supportable. J'ai juste à faire une sieste d'1h30 après la séance et après je peux retrouver une vie normale."

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Un moral de plomb qu'Emilie puise grâce à son mari et ses deux jeunes enfants de 3 ans et demi et 18 mois, à qui elle n'a pas souhaité cacher sa maladie. "Les enfants ce sont des éponges, ils voient quand ça ne va pas. Au début ma fille faisait des terreurs nocturnes et un soir je suis montée dans sa chambre et je lui ai chuchoté tout ce qui se passait. Elle s'est endormie dans mes bras et depuis ça va."

"Pour mon fils, je lui ai acheté un livre qui parlait du sujet, 'Maman est une pirate', ça l'a beaucoup aidé à comprendre certaines choses. Maintenant je lui explique tout, il comprend et ça ne le perturbe pas." 

Heureusement que mes enfants sont là. Ça permet de garder espoir et de penser à l'avenir.

Emilie Daudin

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Aujourd'hui, Emilie poursuit son chemin vers la guérison. Les premières séances de chimiothérapies semblent efficaces. "Je sens que ma tumeur diminue, je me palpe tous les jours. J'avais quand même six tumeurs dans le sein dont une très grosse. Je sens que ça diminue énormément!"

"A côté de ça je vais très bien, j'ai le moral. Je suis contente d'être en vie de pouvoir continuer à faire plein de choses !"

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