Témoignages. Femme mutilée dans la manifestation de Rouen : "elle voulait protéger des jeunes"

Lors de la manifestation qui s'est tenue à Rouen jeudi 23 mars, une femme a eu le pouce arraché. Selon les témoins qui ont assisté à la scène, elle n'aurait pas tenté de ramasser une grenade pour la renvoyer et était justement en train de dire aux gens de reculer. Une enquête est en cours pour connaître les circonstances exactes.

"Elle est sortie du bloc, mais moralement c'est pas ça. Le pouce est complètement perdu", rapporte l'entourage de Doris, la femme qui a été gravement blessée à la main lors de la manifestation du 23 mars 2023 à Rouen. Après avoir été prise en charge rapidement par les pompiers qui se tenaient à proximité, la manifestante a été transportée au CHU de Rouen. Elle en est sortie vers 23h après une tentative de greffe. 

Elle était au rassemblement pour protéger des jeunes et nos élèves qui ne se rendaient pas forcément compte du danger.

Julien Essahli

Collègue de Doris présent à la manifestation

Sa sœur Sonia et sa nièce Ophélie sont en colère contre la violence des policiers. Elles décrivent une femme prévenante "qui veut toujours protéger tout le monde". Mère de deux enfants, la quadragénaire est accompagnante d'élève en situation de handicap (AESH) au collège Lecanuet à Rouen. "Elle était au rassemblement pour protéger des jeunes et nos élèves qui ne se rendaient pas forcément compte du danger", décrit Julien Essahli, l'un de ses collègues présent au moment des faits.

 

Elle n'aurait pas ramassé la grenade pour la renvoyer

"Quand elle s'est faite toucher, elle était en train de dire aux gens de reculer et de faire attention", témoigne ce professeur d'histoire-géographie et militant CGT. Comme ses autres collègues sur place à la manifestation, il veut faire cesser une certaine rumeur : "elle n'était pas en train de ramasser un objet pour le lancer sur les policiers, si elle avait pris une grenade de désencerclement à pleine main, elle n'aurait plus de main". 

Si elle avait pris une grenade de désencerclement à pleine main, elle n'aurait plus de main.

Julien Essahli

Professeur d'histoire-géographie, militant CGT

Un autre manifestant qui a assisté à la scène confirme cette version des faits. "On était en deuxième ligne et on commençait à reculer", témoigne Titouan, 19 ans. Cette "deuxième ligne" était constituée de manifestants plus calmes, "des personnes âgées, des familles" qui obtempéraient, selon les témoins. 

Selon Titouan, la police a lancé "une grosse salve de grenades lacrymogènes et de désencerclement une première fois pour faire reculer la foule". L'incident a eu lieu juste après, pendant une deuxième salve : "ils ont relancé des grenades mais derrière-nous cette fois, pendant qu'on reculait. J'ai entendu un gros boom par terre et c'est là qu'elle a dû recevoir la grenade sur elle".

Une enquête confiée au parquet de Rouen

Témoins et proches de Doris sont en colère contre ce qu'il s'est passé. "Je suis énervé parce qu'on était déjà en train de reculer, cette violence n'était pas utile. On alors ils auraient dû s'attaquer aux gens de devant mais pas à nous derrière" rapporte Titouan, étudiant de 19 ans. "Elle manifestait contre quelque chose qu'elle estimait comme juste et elle n'a pas à être mutilée de cette manière-là en démocratie", complète Julien Essahli, collègue et militant CGT. 

Les professeurs du collège Lecanuet ont tenu un piquet de grève ce vendredi 24 mars, en guise de soutien envers leur collègue. 

 "C'est toujours un échec quand il y a un blessé"

Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes de l'accident. Pour Karim Ben Hasser, secrétaire régional du syndicat de police Alliance, ce genre d'accident ne doivent pas avoir lieu car les grenades lacrymogènes et dispositifs manuels de protection [le nom donné pour les grenades de désencerclement] sont lancés en cloche ou utilisés au sol uniquement, sur ordre, et après plusieurs sommations.

Toutefois, il reconnaît que ces outils de défense "n'ont pas une précision chirurgicale" et que "c'est toujours un échec quand il y a un blessé". Karim Ben Hasser est conscient de l'importance de manifester en démocratie, "je suis moi-même syndiqué", tient-il à rappeler mais il souhaite aussi rappeler "que la meilleure prévention c'est de suivre les consignes de dislocation".

Il est préférable de s'éloigner lorsque la police recommande aux manifestants de quitter les lieux : "ceux qui décident de braver ces consignes s'exposent à de possibles violence car il est ensuite très difficile de faire le tri entre les manifestants et les personnes prêtes à en découdre", rappelle Karim Ben Hasser, secrétaire régional du syndicat de police Alliance.