Tempête de 1999 en Normandie : 20 ans après, quelles leçons ont été tirées ?

Saint Pierre sur Dives (Calvados) détruite à 80% après le passage de la tempête Lothar le 26/12/1999 / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE
Saint Pierre sur Dives (Calvados) détruite à 80% après le passage de la tempête Lothar le 26/12/1999 / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar a traversé la France, détruisant tout sur son passage. Elle a fait 13 morts et de gros dégâts en Normandie. 20 ans après, les leçons de ce violent épisode climatique permettraient-elles d’éviter une nouvelle catastrophe de ce genre ?
 

Par Amandine Pinault

On l’a surnommée la tempête du siècle… 4 jours plus tard, nous changions de siècle, et même de millénaire.
Le 26 décembre 1999, en quelques heures, Lothar a détruit des vies, des maisons, des forêts, des exploitations agricoles.

Tempête de 1999 : un phénomène météorologique exceptionnel

Lothar a débuté sa course folle à 2 heures du matin en Bretagne le dimanche 26 décembre. La zone des vents les plus violents était constituée d’une bande de 150 km qui a traversé la Bretagne, la Normandie, l’Ile de France, la Champagne-Ardenne, la Lorraine, l’Alsace puis l’Allemagne.

A 6h du matin, les habitants du Calvados étaint les premiers Normands touchés.
Des vents très forts et le creusement de la dépression en arrivant sur terre fait de Lothar un phénomène météorologique exceptionnel.
 


De grosses tempêtes avaient déjà balayé la Normandie les années précédentes. Christophe Roullier, prévisionniste Météo France à la station de Caen-Carpiquet se souvient notamment de celle du 15 octobre 1987. « Elle avait fait beaucoup de dégâts et des vents très violents avaient été enregistrés notamment à Granville.»
Deux autres tempêtes avaient frappé la Normandie les 3 et 26 février 1990 avec des rafales de vent à 130-140 km/h.

Mais la tempête de décembre 1999 était un cran au-dessus.
Christophe Roullier, prévisioniste à Météo France

En Basse-Normandie, la vitesse de vent maximale a été enregistrée à Saint Sylvain au Sud-Est de Caen : des rafales à 180 km/ h !

Tempête de 1999 : Des dégâts considérables

Exceptionnelle de par l’intensité du phénomène, Lothar l’est aussi par l’ampleur des dégâts qu’elle a causés. En Normandie, 13 personnes sont mortes à cause de cette tempête.
A Rouen, les rafales à 140 km/h ont fait tomber un clocheton de la cathédrale.

Les forêts ont été très touchées. Dans l’Orne, la tempête a laissé des paysages apocalyptiques : 300 000 arbres à terre sur le domaine public, 400 000 dans les forêts privées.

Les impacts sur l’agriculture ont été considérables: Dans l’Orne, un million de mètres carrés de bâtiments ont été endommagés ou détruits,  2,5 millions de litres de lait perdus ; 100 000 arbres fruitiers étaient à terre au lendemain du passage de Lothar.
 
toiture et morceaux d'immeuble arrachés à Saint Pierre sur Dives (14) après le passage de la tempête le 26/12/1999 / © France Télévisions
toiture et morceaux d'immeuble arrachés à Saint Pierre sur Dives (14) après le passage de la tempête le 26/12/1999 / © France Télévisions


Saint-Pierre-sur-Dives est l’une des villes les plus touchées du Calvados : la commune a été détruite à 80%. Une femme est décédée suite à la chute de la cheminée dans sa maison, des morceaux d'un immeuble HLM ont été arrachés.

Le 26 décembre 1999 et pendant plusieurs jours, des dizaines de milliers de foyers (jusqu’à 360 000) seront privés d’électricité.
 


La radio a joué un rôle capital. C'était le seul lien avec le monde extérieur.
Francis Gaugain, rédacteur en chef de France Bleu Normandie 

Le rédacteur en chef de France Bleu Normandie se souvient que la radio est devenue à ce moment là un vrai réseau social. Sans électricité, les gens mettaient des piles dans leur poste, suivaient les actualités, et pouvaient même participer aux secours. "On avait besoin de tronçonneuses, de groupes électrogènes, on mettait en relation les gens les uns avec les autres". 
 
Francis Gaugain rédacteur en chef de France Bleu Normandie se souvient de la tempête de 1999 / © France Télévisions
Francis Gaugain rédacteur en chef de France Bleu Normandie se souvient de la tempête de 1999 / © France Télévisions

 

Tempête de 1999 : les leçons à en tirer côté météo


Au lendemain du passage de Lothar, une deuxième violente tempête a traversé le pays, partant de nouveau de la Bretagne mais longeant cette fois la côte Atlantique avant de partir vers l’Est, épargnant plus ou moins la Normandie qui recevra tout de même des chutes de neige.

Quelques jours après ces tempêtes, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, s’était déplacé en Normandie pour constater les dégâts. Il avait alors dénoncé le manque de communication entre les stations météo et les services de l’État. 

Depuis ces deux évènements, la communication s’est améliorée. Et une procédure de vigilance a été mise en place dès 2001. Elle est maintenant bien connue du grand public. Des cartes des vents et des précipitations sont consultables sur le site de Météo France et réactualisées régulièrement. des alertes vent violent, inondation, vague-submersion, canicule, ... sont lancées dès que les prévisions sont alarmantes. 
 
 

Ces deux tempêtes de 1999 ont depuis été largement étudiées et nous disposons maintenant d’une meilleure connaissance de ces phénomènes.  Christophe Roullier, prévisionniste météo à Caen


Et quand on lui demande si de telles tempêtes peuvent de nouveau s’abattre sur notre pays, le prévisionniste de Météo France affirme qu’ « il n’y a pas de raison que cela ne se reproduise pas. » Mais de là à savoir quand … Un prévisionniste n’est pas un voyant.

Tempête de 1999 : Les leçons à en tirer côté électricité


Côté EDRF , devenue depuis Enedis, les tempêtes de 1999 ont provoqué un électrochoc. Après les situations catastrophiques de coupures de courant massives qui ont duré plusieurs jours, les maîtres mots ont été investissement et moyens d’intervention d’urgence.

Au niveau investissement on a mis les bouchées doubles pour atteindre aujourd'hui les 160 millions d'euros par an en Normandie. Elagage et inspection aérienne des zones sont réalisés régulièrement. Le réseau électrique est progressivement enfoui, aujourd'hui près de la moitié des câbles existants est enterrée, et l'enfouissement est ciblé dans les zones boisées. 
Le système de pilotage à distance s'est amélioré, il permet de rétablir le courant plus rapidement à un plus grand nombre de personnes grâce à des manœuvres télécommandées.

Pour prévenir les situations d’urgence, une veille météorologique plus poussée que le système de vigilance a été mise en place dès les années 2000. Les alertes sont plus précises. 
Et en cas de crise, Enedis dispose désormais d’une force de frappe : baptisée FIRE (Force d’Intervention Rapide Electricité), il s’agit d’une brigade de 2500 agents volontaires, mobilisables immédiatement pour se rendre sur des lieux de catastrophe. 
 


Alexandre Dunoyer, délégué territorial Enedis en Normandie, explique que cette FIRE peut bénéficier à la Normandie, comme récemment le week end des 14/ 15 décembre où une équipe de 10 agents du Nord Pas de Calais est venue renforcer les effectifs normands en alerte vent violent. En janvier 2017 lors du passage de la tempête Egon, 206 agents Enedis sont venus en Normandie, notamment dans les secteurs de Dieppe et Pont-Audemer. 

Et inversement, des agents normands, peuvent, sur la base du volontariat, participer à cette FIRE et intervenir aux Antilles après le passage de la tempête Irma en septembre 2017, ou plus récemment dans la Drôme et en Isère en novembre dernier: suite au passage de la tempête Amélie, 50 Normands étaient partis en renfort dans ces départements.  

Désormais, le contrat de service public d’Enedis stipule que l’électricité doit être rétablie chez 90% des consommateurs en moins de cinq jours. 

Mais notre objectif est de rétablir le courant en 48 heures. 
Alexandre Dunoyer, délégué Enedis pour la Normandie


Des tempêtes de l'ampleur de celles de 1999 sont donc de nouveau envisageables sur notre territoire, mais comme partout en France, la Normandie est désormais mieux armée pour y faire face: de la mise en place d'un système de vigilance météo à la gestion de l'après tempête avec le rétablissement rapide de l'électricité, la chaîne est désormais organisée. 

 

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