Suicide. Comment en parler avec un adolescent qui vient de perdre un proche ?

Parler du suicide à un adolescent peut sembler délicat. Lorsqu'un tel drame touche l'entourage d'un enfant, comment aider ce dernier ? Que lui dire ? Voici quelques conseils de spécialistes.

Parler du suicide à son adolescent peut être compliqué. Quand un adolescent fait face à la perte d'un proche ou d'un camarade d'école, il est important que son entourage puisse trouver les mots pour en discuter. 

Voici quelques conseils et pistes de discussion proposés par Emmanuel Guitton, psychothérapeute pour enfants à Caen et de Patrick Genvresse, pédopsychiatre à Hérouville-Saint-Clair.

Provoquer la discussion

Lorsqu'un suicide intervient dans l'entourage d'un adolescent, provoquer une discussion à ce sujet est important, s'accordent à dire les spécialistes. Cette discussion doit bien souvent à l'initiative d'un adulte proche de l'adolescent.
Dans le cas spécifique du suicide d'un camarade de classe, il vaut mieux ne pas compter uniquement sur l'école pour aborder le sujet.
"En tant que parent, on est responsable des enfants, il ne faut pas éviter les sujets qui dérangent. Il est très important de parler de la mort. Il ne faut pas y penser tout le temps, mais il ne faut pas l'enliser non plus", avance Emmanuel Guitton, psychothérapeute. Si la conversation est difficile à entamer en face-à-face, les psychologues recommandent de la mener en voiture, pendant une marche ou au moment de cuisiner.

"En famille, c'est toujours mieux que ce soient les deux parents qui en parlent ensemble et ce n'est pas forcément la peine de réunir toute la famille, avec les autres enfants, car l'angoisse est énormément contagieuse", fait savoir le Dr. Patrick Genvresse, pédopsychiatre.

Utiliser les bons mots

Au moment de parler, il faut choisir ses mots, explique le Dr. Patrick Genvresse. "Le terme 'suicide' ne suffit pas", prévient-il. "Il est fréquent que les jeunes qui ont des idées suicidaires parlent plutôt "d'idées noires". "Il vaut mieux utiliser le mot "mort", si on peut le faire sans trop y mettre d'émotion", conseille-t-il.

Et le médecin de se justifier : "Avec l'expérience, on réalise qu'un adulte capable de parler de la mort a un effet de contenance thérapeutique immédiat." Quand un ado se sent vulnérable, il est rassurant pour lui de voir qu'il peut compter sur un adulte".

Être soi-même à l'aise

"C'est toujours important qu'un adulte se sente capable d'aborder le thème sans être lui-même débordé par ses émotions. C'est essentiel d'être un adulte, en face de quelqu'un qui est en vulnérabilité. Il faut aborder l'idée de mort sans paniquer", avance le Dr. Patrick Genvresse.

Aussi, dans le cas où il faut annoncer un suicide, "il faut évaluer si on est en capacité de le dire et ne pas hésiter à être plusieurs, pour être soutenu par d'autres. Tout dépend de la manière dont celui qui l'annonce peut gérer sa propre angoisse", précise le pédopsychiatre. 

Sensibiliser l'adolescent

Ce genre de discussion représente "une occasion pour inciter les adolescents à détecter leurs congénères qui pourraient leur faire part d'idées suicidaires", évoque aussi Patrick Genvresse. "Les adolescents peuvent signaler aux adultes quand leurs camarades évoquent des projets suicidaires", fait-il savoir.

Il ne faut pas hésiter alors à expliquer les ressorts du passage à l'acte suicidaire. "Chaque individu a besoin de sa dose affective. Il est toujours difficile de savoir quelle est sa dose propre et quelle est la dose des autres, mais le suicide intervient généralement quand on n'atteint pas la suffisance affective", explique Emmanuel Guitton.

"Je pense que qu'il serait bien que chaque enfant soit prévenu de ça, car très souvent, c'est quand l'adolescent n'a pas la possibilité d'exprimer tout ça qu'il s'enlise". Les spécialistes recommandent alors de lever dès que possible les tabous qui entourent les thèmes de l'affection et de la mort.

L'adolescent doit sentir qu'il n'a pas à rassurer ses parents mais qu'il peut leur parler de tout, y compris de ses failles, ses doutes et ses peurs.

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