Un voyage 100 ans en arrière entre les gares de Sotteville et Dieppe à bord de la Pacific 231

Un voyage dans le temps à bord de la Pacific 231 / © Jonathan Pasqué
Un voyage dans le temps à bord de la Pacific 231 / © Jonathan Pasqué

En cette 50e foire aux harengs et à la coquille Saint-Jacques, le Pacific Vapeur Club de Sotteville-lès-Rouen propose comme chaque année aux passionnés du rail de rejoindre Dieppe en locomotive à vapeur. On vous embarque à la découverte d'une merveille technologique d'un autre temps, la Pacific 231.

Par Jonathan Pasque

Un voyage dans le temps...

En cette fraîche matinée d’automne, une atmosphère particulière règne sur les quais de la gare de Sotteville-lès-Rouen. Derrière une épaisse vapeur blanche qui s'élève dans le ciel, les voyageurs à destination de Dieppe et sa foire aux harengs devinent la silhouette d'une vieille dame de 97 ans, c'est la Pacific 231.
Depuis le pont 4-mares qui surplombe les ateliers de la SNCF, la vue sur cette splendide locomotive à vapeur qui nous vient tout droit de 1922 est encore plus grandiose.
 
La Pacific 231 arrive gare de Sotteville-lès-Rouen / © JP
La Pacific 231 arrive gare de Sotteville-lès-Rouen / © JP


Ici, les sottevillais surnomment cette merveille technologique d'un autre temps « la princesse ». Il faut dire que la machine rappelle à cette ville ferroviaire ses heures de gloire. L'industrie du rail a effectivement fait la notoriété de Sotteville-lès-Rouen dès 1843. On construit alors la ligne Rouen – Paris et la ville a vue défiler depuis cette date des générations de cheminots dans ses nombreux ateliers de renommée nationale

Quelle satisfaction de pouvoir rouler, comme tout à l'heure, à 100 km/h !
Alain, mécanicien

Alain, mécanicien sur la Pacific 231, passe la machine en marche arrière pour aller remplir le tender d'eau. / © JP
Alain, mécanicien sur la Pacific 231, passe la machine en marche arrière pour aller remplir le tender d'eau. / © JP
Construite à 283 exemplaires dans des ateliers nantais au début du XXe siècle, ces locomotives à vapeur pouvaient rouler à plus de 100 km par heure. Un véritable record du monde à l'époque !
Une Pacific 231 en état de marche comme la princesse sottevillaise est devenue très rare en 2019. Aujourd'hui on compte sur les doigts de la main les exemplaires dans un tel état.
La princesse est donc une véritable pièce de collection. Elle est d'ailleurs classée Monument historique depuis 1984.

Au cours de sa longue carrière, cette Pacific 231 a tutoyé plusieurs dépôts Normands comme celui de Caen ou encore du Havre. C'est en septembre 1968, après 46 ans d’activité, qu'elle tracte son dernier train avant de prendre sa retraite sur les rails de la gare d’Angers. Un an plus tard, sa chaudière est rallumée pour rejoindre Dieppe où elle sert pendant quelques mois pour réchauffer le fioul lourd des cars-ferries.
La SNCF met en vente cette Pacific 231 en 1971 mais elle ne trouve pas preneur. Elle revient alors au dépôt de Sotteville-lès-Rouen à la demande d'un chef de traction.
Ne parvenant pas à la vendre, la SNCF la cède pour un franc symbolique à l'Amicale des chefs de traction du réseau Ouest de la SNCF.

Du temps de la vapeur, il y avait deux personnes sur la loco. Le mécanicien au poste de conduite et le chauffeur qui entretient le feu et surveille le niveau de l'eau
Alain, mécanicien

Aujourd'hui, après de nombreuses années de réparation et restauration, on rencontre aux commandes de la princesse des passionnés comme Alain, mécanicien et Malo, apprenti chauffeur. Nous les avons rencontrés à bord de la Pacific 231 afin qu'ils nous expliquent comment fonctionne et comment se conduit un tel engin.
 
 

Une merveille de technologie au bilan carbone d’un autre temps...


La vieille dame est l'objet de toutes les attentions. Pour lâcher ses volutes blanches, la princesse a besoin de graisse, d'huile de coude, et surtout de beaucoup d'eau et de charbon. Il ne faut pas moins d'1.5 tonne de charbon à cette locomotive à vapeur pour parcourir 100 kilomètres. Pire encore, la loco consomme 100 litres d'eau par kilomètre... Concrètement à l'époque, pour relier Cherbourg à Paris, il fallait près de 8 tonnes de charbon et on devait faire un arrêt en gare à mi-chemin pour refaire le plein en eau du fameux tender, wagon reservoire situé juste derrière la locomotive. On comprend que le chauffeur qui devait pelleter toute cette matière première était éreinté une fois arrivé à destination.

La retraite à 50 ans s'était justifié à l'époque !
Malo, apprenti chauffeur

Plus surprenant encore, ce train express reliait les villes du Havre et de Rouen à la capitale plus rapidement qu’aujourd’hui. Cherchez l'erreur...

Un moyen de transport d'un autre temps plutôt polluant comme on l'a vu mais d'une beauté et d'une performance technique qui traverse les âges. Les réalisateurs ne s'y sont pas trompés et la Pacific 231 sottevillaise a d'ailleurs été convoitée à de multiples reprises par le cinéma français. On a pu la voir dans le film "Une affaire de femmes" de Claude Chabrol ou encore dans "Les misérables" de Claude Lelouch. Mais pour saisir toute l'atmosphère qui régnait dans les trains à l'époque de la vapeur, rien de mieux que de lire "La Bête humaine" d'Emile Zola. 
 
Portrait de Malo, apprenti chauffeur sur la Pacific 231. / © JP
Portrait de Malo, apprenti chauffeur sur la Pacific 231. / © JP

Si vous aussi vous voulez vivre cette expérience inoubliable à bord de la Pacific 231, sachez que le Pacific Vapeur Club organise régulièrement des trajets. La princesse partira par exemple le 21 décembre prochain de la gare de Sotteville-lès-Rouen à destination de la gare Paris Saint-Lazare. Pour plus d'information, vous pouvez vous rendre sur le site Internet de l'association Pacific Vapeur Club.

 

Le Pacific Vapeur Club à la rescousse

Cette belle histoire n'aurait pas été possible sans le Pacific Vapeur Club et ses passionnés du rail. Voici en bref retour sur l'histoire de cette association qui a oeuvrée sans relache depuis sa création pour restaurer cette Pacific 231.

Le 150ème anniversaire des Chemins de Fer de France en Septembre 1982 est une date clé pour cette association qui est alors sur le point de naître.

A l'occasion de ce 150 anniversaire, une exposition présente la Pacific 231 à Sotteville-lès-Rouen. En voyant cette merveille de la technique à l’abandon, des cheminots décident de la restaurer. Pour mener à bien cette remise en état, une cagnotte est organisée et, dans la foulée, l’association Pacific Vapeur Club est fondée. Nous sommes alors en Janvier 1983 et la Pacific 231 va connaître de nombreuses expositions, rencontrant partout un succès dépassant toute espérance.
 
La Pacific 231 g 558 en pleine action en gare de Dieppe. / © JP
La Pacific 231 g 558 en pleine action en gare de Dieppe. / © JP

Le 8 Juin 1984, un arrêté est pris par le Ministère de la Culture qui classe parmi les monuments historiques la locomotive à vapeur « 231 G 558 » et son tender « 22.C.367 ».
La remise en état commence en Octobre 1984. 8000 heures de travail sont nécessaires pour réviser les organes et remplacer certaines pièces défectueuses. 

Après le retimbrage de sa chaudière par les soins de l’Apave Normande et l’agrément des services techniques de la SNCF, la Pacific 231 est enfin remise à feu le 4 juin 1986.
Après trois marches d’essais concluants, elle assure avec grand succès son train inaugural le 29 juin 1986 entre Sotteville-lès-Rouen et Paris Saint-Lazare.
 
Voici le tender, wagon juste derrière la locomotive, dans lequel est stocké le charbon et l'eau / © JP
Voici le tender, wagon juste derrière la locomotive, dans lequel est stocké le charbon et l'eau / © JP


 

Foire du hareng : demandez le programme !

Près de 2 tonnes de charbon après leur départ de la gare de Sotteville, les aventuriers du rail arrivent dans la capitale du hareng et de la coquille Saint-Jacques. Bonne nouvelle, il y a plein de choses à y faire ce week-end !
Voici le programme...

Samedi 16 novembre :
10 h : ouverture de la foire, spectacle de rue toute la journée
15h30 : concours de décortiquage de coquilles Saint-Jacques et démonstrations culinaires
18h30 : spectacle-concert lumineux sur le thème du monde des Abysses par la compagnie "remue-ménage"
19h30: feu d'artifice
Deux bateaux (le "Marie Fernand" et le "Professeur Gosset") pourront également être visités. 

Dimanche 17 novembre :
Chanteurs de rue, déambulations artistiques tout au long de la journée
10h30 et 16h : concours de décortiquage de coquilles Saint-Jacques. 

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