En pleine crise sanitaire, des licenciements à l'EHPAD d'Yvetot

Une vingtaine de postes de soignants vont être supprimés à l'EHPAD de l'hôpital d'Yvetot (Seine-Maritime). En cause : une coupe budgétaire. En pleine crise sanitaire, la décision passe mal.

A l'Ehpad de l'hôpital d'Yvetot, une quinzaine d'aides soignants vont être licenciés dans les mois à venir.
A l'Ehpad de l'hôpital d'Yvetot, une quinzaine d'aides soignants vont être licenciés dans les mois à venir. © Olivier Flavien / France Télévisions

Une réorganisation en pleine crise sanitaire. Au sein de l'Ehpad de l'hôpital Asselin Hédelin à Yvetot, 3 postes d'infirmiers ont été supprimés et une quinzaine d'aides soignants vont être licenciés dans les mois à venir. Une décision incohérente selon le personnel de l'établissement, qui se remet à peine d'un cluster.

"Si on écoute le gouverement il devait y avoir 15.000 emplois de crées dans les hôpitaux. A l'hôpital d'Yvetot on fait le contraire", s'indigne Sylvie Cresson, représentante syndicale FAFPH (fédération autonome de la fonction publique hospitalière). "On a eu un cluster. 100 résidents et près de 70 soignants sur 92 ont été touchés. Je ne le souhaite pas, mais imaginez qu'il y ait de nouveau un cluster, si ça arrive à nouveau, qui va s'occuper des résidents ?", poursuit-elle.

4 infirmères pour 120 résidents

De leur côté, les soignants encaissent le choc. Les conséquences de ces suppressions de postes se font déjà ressentir sur les conditions de travail des soignants, mais aussi sur le traitement de leurs 200 résidents. "Trois postes d'infirmières ne seront pas remplacés. On se retrouve en-sous effectif : 4 infirmières par jour pour 120 résidents", explique Patricia Martin, infirmière à l'hôpital Asselin Hédelin depuis 1993. "On fait des journées de 10 heures au lieu de 7.. On ne peut pas faire notre travail correctement. On se retrouver à bâcler les tâches."

On ne peut pas faire notre travail correctement. On se retrouver à bâcler les tâches.

Patricia Martin, infirmière

"Quinze aides-soignants en moins c'est énorme ! C'est très compliqué au niveau physique, psychologique... ça se ressent aussi sur notre vie de famille", raconte Linda, aide-soignante.

Les suppressions de poste se font déjà ressentir sur les conditions de travail des soignants.
Les suppressions de poste se font déjà ressentir sur les conditions de travail des soignants. © Olivier Flavien / France Télévisions

"Une douche tous les 15 jours"

"Comment voulez-vous que l'on fasse à 3 la toilette de 40 résidents en une matinée ? Et il n'y a pas que la douche... il y a la mise aux toilettes, l'aide au repas pour ceux qui ne peuvent pas manger seuls... C'est de la maltraitance institutionnelle", indique Sylvie Cresson. "On a peur d'être négligeant envers nos patients. Plus on a de personnes à charge, plus les informations sont nombreuses. ça fait beaucoup, nous sommes à cran", ajoute Patricia Martin.

Les familles nous tombent dessus.

Linda, aide-soignante

"Il y a nous mais il y a nos résidents aussi qui en patissent. Les familles ne comprennent pas qu'on ne puisse plus donner des douches hebdomadaires, elles nous tombent dessus. Déjà qu'une douche la semaine c'est peu, maintenant ça risque d'être une douche tous les 15 jours...", raconte Linda, aide-soignante. 

Des licenciements en raison de coupes budgétaires

Mais pourquoi licencier en pleine crise sanitaire ? L'Agence Régionale de Santé finance en partie les Ehpad via un contrat pluriannuel. En 2010, l'établissement d'Yvetot avait été sur-doté par rapport à l'état de santé de ses résidents. En clair, le budget était surévalué.

"On a rencontré des difficultés. Ce contrat pluriannuel étant soumis à une coupe que l'on appelle pathos, qui évalue la prise en soin pathologique des résidents", explique Michele Mochalski, directrice de l'hôpital Asselin Hédelin à Yvetot. "La moyenne des Ehpad se situe aux alentours de 220. La nôtre s'était arrêtée autour de 300 en 2010, c'est énorme !"

On paie les pots cassés de ce qui a été fait il y a plusieurs années.

Sylvie Cresson, représentante syndicale FAFPH

"On paie les pots cassés de ce qui a été fait il y a plusieurs années", s'indigne Sylvie Cresson, représentante syndicale FAFPH. "Ca fait des années qu'on entend dire qu'il y a trop de personnel à l'hôpital d'Yvetot. On va régresser. Les résidents et les familles paient pour être ici." La direction nous indique avoir déjà reçu des lettres de plainte de la part des familles.

De son côté, l'ARS Normandie précise qu’elle versera des enveloppes exceptionnelles à l’établissement pour amortir la baisse mécanique de ses dotations. Elle s’engage à poursuivre un accompagnement de l’établissement durant les trois années à venir.

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