SNCF : les nouveaux horaires des trains normands, pas au goût de tous les usagers

Les usagers normands du train ne sont toujours pas satisfait du plan de transport ferroviaire pour 2020. / © OLIVIER BOITET MaxPPP
Les usagers normands du train ne sont toujours pas satisfait du plan de transport ferroviaire pour 2020. / © OLIVIER BOITET MaxPPP

En cette fin octobre, face à la grogne persistante des usagers, la Région Normandie apporte de nouvelles modifications à son plan de transport ferroviaire 2020. A partir du 1er janvier, c'est le Conseil régional qui gèrera les trains normands, leur taille, leur cadencement et leur entretien. 

Par Boris Letondeur

Difficile de mettre d'accord des usagers aux requêtes identiques mais aux problématiques différentes. Pour son Plan de transport ferroviaire 2020, la Région Normandie est confrontée à un clivage séculaire, entre la ville et la campagne, entre les desiderata des puissantes métropoles et les besoins des villes moyennes plus isolées. 

Les Rouennais, Havrais et Caennais souhaitent se rendre le plus vite possible à Paris, et exigent plus de trains directs, de et vers la capitale. Une telle décision se ferait au détriment des villes rurales, qui verraient leurs dessertes réduites et se retrouveraient davantage enclavées. Le Conseil régional doit donc ménager la chèvre et le choux, tout en tenant compte de ses objectifs de compétitivité, de désenclavement, et d'attractivité du ferroviaire vis-à-vis de la voiture. 

Les dernières modifications concernent la liaison entre Paris et Caen


- Le Caen - Paris (direct) de 5h59 n'existe plus. Il change d'horaire pour partir à 5h40 et s'arrêter à Lisieux à 6h05, Bernay à 6h22 et Évreux à 6h48 pour une arrivée à Paris Saint-Lazare à 7h57.
Cela signifie qu'il y aura une desserte supplémentaire de ces villes par rapport aux horaires mis en ligne initialement en juillet dernier. Cette adaptation améliore en outre encore les liaisons Caen-Lisieux, Caen-Evreux et Lisieux-Evreux.
 
- Sur le tronçon Évreux - Serquigny, de façon à prendre en compte le retour des scolaires le mercredi midi, le train partant à 11h09 de Saint Lazare sera prolongé jusqu'à Serquigny le mercredi et desservira Évreux à 12h19, La Bonneville sur Iton à 12h27, Conches à 12h33, Romilly la Puthenay à 12h40, Beaumont le Roger à 12h47 et Serquigny à 12h52. Pour le week-end, sont à l'étude la desserte entre Évreux et Lisieux le samedi en fin de matinée et en sens inverse en fin de journée les dimanches et fêtes.
 
- Un départ est prévu à Bueil à 8h35, avec un arrêt à Bréval à 8h41, à Mantes à 8h50, puis une correspondance à 9h10 à Mantes pour une arrivée à 9h48 à Saint Lazare. La desserte Évreux-Bueil-Mantes un peu plus tard dans la matinée est à l'étude.

Les usagers entre "satisfaction, déception et insuffisance"

"Il y a des points positifs" se satisfait Daniel Grébouval, président de la FNAUT (Fédération nationale des associations des usagers des transports) en Normandie, comme le cadencement à l'heure sur entre les grandes métropoles et la capitale. Le plan de circulation 2020 prévoit en effet un train toute les heures sur les lignes liant Caen, Rouen, Le Havre et la capitale.

Une bonne nouvelle pour les usagers souhaitant effectuer ces trajets durant la journée, sur les heures creuses, une mauvaise pour les voyageurs pendulaires, qui prennent le train matin et soir. Car pour créer ces liaisons supplémentaires, il n'y a pas de matériel en plus. En  clair, il y aura plus de trains, mais avec moins de wagons. "Cela posera des problèmes aux heures de pointe, où les trains d'habitude bien remplis se retrouveront amputés d'un wagon, car il n'y a pas assez de matériel pour mettre en oeuvre le nouveau service" déplore le président de l'association d'usagers.

Des trains tout neuf doivent être livrés au cours de l'année 2020, mais d'ici à ce qu'ils soient tous en circulation, il faudra continuer à user les anciennes rames. L'an prochain devrait être encore compliqué pour les usagers car le nouveau matériel devra être rôdé, "déverminé" selon le terme en vigueur chez les cheminots. 

"Il est clair qu'il va encore falloir faire des retouches !" Daniel Grébouval, président de la FNAUT Normandie

Daniel Grébouval note donc "des points de déception et d'insuffisance", pointant également les absences de dessertes correctes. "Il faut que certains Paris-Caen s'arrêtent à Evreux". Sur la volonté d'un Le Havre-Rouen-Patis direct sans arrêt à Yvetot et Bréauté "pour 6 minutes seulement, il s'interroge : Est-ce qu le jeu en vaut vraiment la chandelle ?". Sans oublier les villes de la Manche. "Ce n'est pas normal que les Cherbourgeois ne puissent arriver à Paris qu'à 9h. Dans l'autre sens, que les Parisiens ne puissent arriver à Cherbourg avant 10h15".

Des revendications partagées par Nicole Grof, qui défend les usagers du Paris-Caen-Cherbourg et se déclare "terriblement déçue par les nouveaux horaires proposés" et par le fait que la demande d'un train partant de la métropole du Cotentin à 4h40 n'ait "toujours pas été entendue". Son homologue de la FNAUT s'agace aussi du délaissement du Sud Manche. "L'offre Caen-Coutances a été améliorée, peut-être même trop... Au détriment de Granville. La desserte du Mont-Saint-Michel reste squelettique et la liaison Caen-Rennes est très mal fichue".

Les associations d'usagers comprennent qu'il y ait des adaptations, et envisagent déjà des atermoiements pour l'an prochain. "2020 sera un début d'évolution" avec le transfert de la gestion du ferroviaire de l'Etat à la région normande. Mais d'ici là, le Conseil Régional ne pourra pas continuer à changer les horaires au cas par cas. C'est pourtant ce que souhaitent les usagers, qui ne pourront de toutes façons pas être tous contentés. 

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