Agen: le Président d’UPSA revendique le fabriqué français et met en garde contre la future baisse du prix du paracétamol

L’industriel français doit revoir le prix de son médicament. Son PDG François Duplaix alerte sur les conséquences sociales pour le site historique d'Agen en Lot-et-Garonne. L’autorité des produits de santé, organisme interministériel, justifie de son côté cette décision.
 
Chaîne de l'usine UPSA à Agen où est fabriqué le médicament phare du groupe, à base de paracétamol. Le site est installé historiquement à Agen, en Lot-et-Garonne.
Chaîne de l'usine UPSA à Agen où est fabriqué le médicament phare du groupe, à base de paracétamol. Le site est installé historiquement à Agen, en Lot-et-Garonne. © UPSA
Le fabricant de médicament UPSA est une institution avec ses 1350 salariés. Elle a été créée à Agen il y a 85 ans. Mais la menace plane.
Sur le site lot-et-garonnais sont fabriqués le Dafalgan et L’Efferalgan, des médicaments dans la ligne de mire des pouvoirs publics. Le Président d’UPSA le dénonce et en appelle au développement d’une politique globale des médicaments matures. 

Entretien avec François Duplaix, le capitaine de ce fleuron industriel

Le Comité économique des produits de santé CEPS a pris la décision de baisser le prix des médicaments à base de paracétamol. Prévue en janvier puis en juin, elle sera effective au 1er juillet, qu’est-ce que cela change pour vous ?

"Le paracétamol figure sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS, indiqué dans le traitement de la fièvre et de la douleur.
Le prix du paracétamol est extrêmement bas. Son prix fabricant hors taxe est de 0, 76 cts d’euros par boîte de 8 grammes, il est déjà très faible. Le baisser encore cela va automatiquement nous affaiblir.

À partir de la réception du principe actif que nous achetons à 85 % aux Etats-Unis et 15% en Chine, nous fabriquons 100 % de nos spécialités faite de paracétamol (gélules, comprimés) à Agen. Or, on vient de le voir pendant la pandémie, certains marchés comme l’Inde se sont fermés pour cause de tension mondiale. Qui dit fermeture dit difficulté d’approvisionnement et hausse des prix. Le coût de la matière première va donc augmenter en 2021."

 
François Duplaix, PDG d'UPSA
François Duplaix, PDG d'UPSA © UPSA

Le paracétamol est devenu un médicament indispensable avec la crise malgré cela votre entreprise pourrait être en danger ?

Effectivement la crise sanitaire a démontré tout l’intérêt d’avoir sur notre sol une entreprise comme UPSA.

C’est fondamental. Nous avons su répondre présent en tant qu’acteur responsable et citoyen au niveau le plus fort de la crise, parce que nous maintenons une production et un savoir-faire en France. Nous avons même multiplié par deux notre capacité pour absorber le choc.

Mais la crise du Covid19 est une bulle, les mesures prises restent temporaires. Nous avons vendu en France mais c’est en Suisse et en Belgique que le volume de nos ventes a le plus augmenté. Le Covid19 a créé de la demande de la part des établissements hospitalier, grossistes, pharmaciens et patients. Sauf que l’on ne sait pas ce qui a été stocké et ce qui a été consommé. Si beaucoup a été stocké nous aurons bien moins besoin de produire par la suite."

La baisse exigée par le CEPS  pourrait aller jusqu’à avoir des conséquences sur l’emploi ?

"Dans le contexte actuel où le paracétamol est identifié comme une molécule prioritaire par les autorités de santé, nous pensons qu’une baisse du prix fragilise le site d’Agen qui est un site d’excellence avec une capacité de production stratégique; cela pourrait à moyen terme introduire une forte tentation de délocalisation progressive de l’outil industriel avec des risques à la clé.

Un risque économique et social à l’échelle de la région Nouvelle Aquitaine et en particulier du Lot et Garonne, lié aux emplois directs (1300) et indirects (3500).

Un risque en termes d’indépendance sanitaire de la France pour le traitement de la douleur et de la fièvre.

Les baisses successives des prix vont automatiquement créer une tentation pour notre actionnaire, celle à terme de nous contraindre à délocaliser…les précédentes baisses du prix datent de 2015. Nous n’en sommes pas là bien sûr mais cela crée un risque dans la feuille de route globale de notre fonctionnement.

Attention à l’impact social, oui il y a un réel danger. 

Qui dit délocalisation dit pertes d’emplois. Pour éviter cela il faut aussi une production de matière première, c’est un métier différent du nôtre, celui des chimistes. La fabrication des matières premières du paracétamol par l’entreprise Rhône Poulenc, par exemple, a été délocalisée, or pour ouvrir à nouveau des lignes de production ce sont des milliards et cela ne se fait pas du jour au lendemain.
Pourtant la crise du Covid19 nous a montré à quel point la disparition de notre industrie médicale, pharmaceutique et de nos lignes de production nous pénalise crucialement."

Comment expliquez-vous une telle décision actuellement ?

" À la tête de cette entreprise, je suis stupéfait de voir qu’il n’y a pas de vision globale : Il y a celle du Ministère de la Santé, celle du Ministère de l’Economie et des Finances et celle de l’Elysée. Je découvre que chacun trace son sillon, tout est segmenté. D’un côté, il y a ceux qui gèrent le déficit de la sécurité sociale, de l’autre ceux qui cherchent des solutions à la crise, l’Elysée qui veut faire de la France un pays attractif."

Au lieu d’une approche administrative « en silos », nous appelons de nos voeux un pilotage stratégique du secteur avec une visibilité à 3/5 ans, une simplification des formalités et la prise en compte du « Made in France » dans la politique conventionnelle, notamment de fixation des prix.

Nous déplorons aujourd’hui l’incohérence entre une volonté gouvernementale affichée de relocaliser l’industrie suite à la crise du Covid19 et le maintien de la baisse du prix qui nous impacte.

Nous regrettons d’autant plus cette baisse du prix que nous sommes un acteur régional et français majeur qui réalise 50 % de son chiffre d’affaires en France. Nous sommes capables de participer à une politique d’indépendance sanitaire de notre pays. Nous appelons de nos voeux au développement d’une politique globale sur les médicaments dits matures qui démontent encore aujourd’hui leur utilité."

Baisse du coût du paracétamol : Le Vice Président du Comité de produits de Santé Jean-Patrick Sales justifie cette décision

Organisme interministériel placé auprès des Ministres de la santé et de l’Economie Le CEPS est chargé par la loi de fixer les prix des médicaments. Nous l’avons interrogé sur cette disposition.
La mesure sera effective dans un mois. Nous avons contacté le CEPS. L’organisme est composé de représentants de la DSS, la DGS, la DGE, la DGCCRF, la CNAM et L’UNOCAM. Voici les réponses de Jean-Patrick Sales son Vice-président.

De combien sera la baisse des coûts des médicaments à base de paracétamol ?

"Pour les comprimés, le taux de baisse est d’environ 10% avec une cible à 0, 68 (versus O, 76 euros actuellement).

Pour les sachets, le taux de baisse vise à ramener l’ensemble des sachets 0.76 centimes alors que beaucoup le sont déjà. Ces chiffres sont en PFHT et ne comprennent ni TVA, ni marge pharmacien ou grossiste, ni honoraire de dispensation."

Quelles sont les raisons qui président à cette décision qui devait entrer en vigueur en janvier avant d’être différée et annoncée pour le 1er Juillet ?

"Ces baisses font partie d’un plan d’économie globale qui concerne les médicaments les plus anciens qui n’ont pas baissé depuis plusieurs années. Le calendrier a été modifié du fait de la situation épidémique."

Ne craignez-vous pas de mettre en difficulté les industries qui les produisent alors que la crise a révélé l’importance de ces industries sur notre territoire ainsi que les conséquences sanitaires dramatiques des politiques de délocalisation ?

"Comme vous l’avez remarqué ces baisses n’ont pas eu lieu, certains acteurs les avaient acceptées et il y a de nombreux exploitants de paracétamol."
L'usine UPSA d'Agen. L'entreprise pharmaceutique est né à Agen en Lot-et-Garonne.
L'usine UPSA d'Agen. L'entreprise pharmaceutique est né à Agen en Lot-et-Garonne. © UPSA
 

Pour conclure on peut se demander si cette l’équation proposée aura donc un impact ?

Certes pour le consommateur le résultat  sur le prix à l’achat serait semble-t-il marginal, en revanche l’un des effets de ce choix pourrait bien se jouer, de fait, au niveau de l’actionnaire.
Si les marges deviennent insuffisantes pour continuer de faire tourner l’usine agenaise, ne va-t-il pas préférer une fabrication étrangère moins chère et mettre en péril l’avenir de la vieille entreprise lot-et-aronnaise. Une vieille entreprise mais aussi de vieux médicaments considérés comme le disent des spécialistes peu intéressants puisque leur rentabilité diminue.
Le débat est plus que jamais ouvert au sein de la communauté scientifique.  Depuis le début de la crise bon nombre d’acteurs parlent d’une indispensable autonomie de la France en matière d’industrie médicale et pharmaceutique et sur l’indispensable nécessité d’une politique de santé publique pour tous.
Seront-ils entendus ?


 
Ce que représente UPSA >
UPSA entreprise initialement familiale, fondée en 1935 par un médecin français Camille Bru installé à Agen en 1920 pour être au plus près des malades dans les territoires isolés.
C’est le premier employeur privé du Lot-et-Garonne. 1350 salariés et 3500 emplois générés en région. Le laboratoire produit plus de 300 millions de boîtes par an dans le Lot-et-Garonne. C’est le seul pôle industriel dans le monde pour la fabrication et la distribution en France et dans 60 autres pays. Chiffre d’affaires de 390 millions d’euros en 2O19.

Acquisition par l’Américain Bristol-Myers Squibb en 1994, qui a cédé au japonais Taisho Pharmaceuticals en juillet 2019. Le Centre de décisions est en France

François Duplaix est le Président Directeur général d’UPSA France.
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