Après les tempêtes, les sylviculteurs d'Aquitaine restent droits sur leurs parcelles

Durement éprouvés par les tempêtes de 1999 puis celle plus dévastatrice encore de 2009, les sylviculteurs d'Aquitaine restent fermement accrochés à leur parcelle, le plus souvent héritées de leurs aïeux: à ce jour à peine 1% de la forêt sinistrée a été vendue.

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Sur le massif des Landes de Gascogne, le premier de France et le troisième d'Europe, qui couvre plus d'un million d'hectares et trois départements (Landes, Gironde, Lot-et-Garonne), quelque 32.000 propriétaires commencent à peine à reboiser une pinède plantée sous Napoléon III et détruite par endroits à plus de 90%.

La quasi totalité du massif (plus de 95%) détruit par Lothar et Martin en décembre 1999 a été reconstituée. Mais les stigmates de Klaus, qui avait frappé plus de 250.000 hectares en janvier 2009, sont loin d'être cicatrisés, explique à l'AFP Christian Pinaudeau, secrétaire général du Syndicat des Sylviculteurs du Sud Ouest (SSSO).
La tempête a "mis à terre près de quarante millions de m3 de bois, et l'équivalent de cinq années de récolte de pins maritimes", résume-t-il. Pourtant, après 1999, "seulement 1% des 130.000 ha détruits a été revendu, et ce ratio n'a pas varié après le passage de Klaus malgré les coups de blues de forestiers sinistrés", assure M. Pinaudeau.

A l'image de Régine Gaston, propriétaire de 600 hectares de pinède à Pontenx-les-Forges (Landes), la quasi totalité des propriétaires du massif landais, privé à 92%, continue vaille que vaille à exploiter la forêt qu'il a fallu assécher pendant deux ans puis nettoyer, avant de stocker des millions de chablis (pins abattus) qui alimentent l'industrie locale du bois.

"Klaus a fait tomber 80% de ma parcelle et 50 ans de ma vie, d'un coup", raconte cette propriétaire, qui gère avec sa fille "une parcelle transmise sur cinq générations, et que chaque génération essaie d'agrandir un peu plus". Elle affirme toutefois n'avoir "jamais eu la tentation de vendre".

 'Vieille, mais indestructible' 

"Ici, après Klaus, on a bien vu quelques propriétaires, trop âgés et sans héritier, vendre par ci par là aux maïsculteurs. Mais moi, je reste sur ma parcelle, vieille, mais indestructible!", lance-t-elle.
Les petits forestiers dont les parcelles sinistrées n'atteignent pas le minimum des quatre hectares requis pour être éligibles aux aides de l'Etat "ne se sont pas non plus découragés et se sont même regroupés" pour éviter d'avoir à revendre, explique à son tour Xavier Fortinon vice-président (PS) du Conseil général des Landes, chargé de la forêt et de la filière Bois.

Plus de 1.300 petits propriétaires se sont ainsi fédérés au sein de coopératives, souvent accompagnés par des élus soucieux de préserver l'économie locale, deuxième employeur de la région et qui y fait vivre quelque 35.000 salariés, selon Rémy Rodriguez, chargé de mission au Conseil général des Landes 
"Les forestiers sont des gens constants et, d'une génération à l'autre, viscéralement attachés à la forêt", renchérit M. Pinaudeau. Ils sont d'autant moins enclins à céder leur parcelle, selon lui, qu'ils n'en vivent pas: "la pluriactivité est en effet la règle dans les Landes de Gascogne. Quand on est sylviculteur aujourd'hui, il est très rare de pouvoir vivre de la forêt, on est obligé de faire autre chose, alors on est aussi boulanger, médecin, garagiste...".

Mieux organisés aujourd'hui, les sylviculteurs sinistrés sont aussi soutenus dans le vaste chantier de nettoyage et de reboisement du massif par le Plan Chablis, doté par l'Etat d'un fonds de quelque 480 millions d'euros.

La forêt en France est un secteur régi par "un cadre réglementaire draconien" s'appuyant notamment sur l'obligation de reboiser, pour préserver la survie de la forêt, précise le responsable du SSSO. Une obligation qui impose, en contrepartie, à l'Etat de financer le reboisement et l'entretien du massif, par des subventions mais aussi un régime fiscal privilégié, notamment en matière de succession.

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