Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : “une faillite judiciaire” pour Olivier Falorni

Le député de Charente-Maritime n'y va pas par quatre chemins. La juge qui a ordonné la mise en liberté conditionnelle de l'auteur des attentats de Saint-Etienne-du-Rouvray doit "s'expliquer".

Par Hugo Lemonier

Pour le député de Charente-Maritime, l'auteur de l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, Adel Kermiche, n'aurait jamais dû sortir de prison. A la lecture de l'ordonnance judiciaire prononçant le placement du jeune homme sous contrôle judiciaire, Olivier Falorni estime que cette nouvelle attaque terroriste est le fruit d'une "faillite judiciaire".

Bien qu'il ait violé une première fois son contrôle judiciaire, Adel Kermiche est replacé en liberté conditionnelle avec l'obligation de porter un bracelet électronique en mars 2016 après 10 mois de détention. Une décision à laquelle s'était opposé le parquet anti-terroriste.

"Une méconnaissance des techniques de dissimulation"

Le parlementaire, qui a participé à la commission d'enquête relative aux moyens mis en oeuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015, est pourtant favorable au placement sous contrôle judiciaire des individus considérés comme dangereux par les services.

"Mais, Adel Kermiche était non seulement identifié comme radicalisé mais il avait tenté de se rendre à deux reprises en Syrie", amende-t-il. Pour le député, "la juge s'est fiée un peu naïvement aux dires de ce jeune homme", malgré la dangerosité de son profil.

Dans les procès verbaux des auditions menées avant sa libération, que Le Monde a pu consulter, Adel Kermiche affirme vouloir "reprendre [sa] vie, revoir [ses] amis, [se] marier" et assure ne "pas être un extrémiste".

Dans une situation de guerre comme la nôtre, les juges doivent rendre les comptes"
                                                                       Olivier Falorni


"La décision qui a été prise, contrairement à l'avis du parquet, a entrainé des conséquences suffisamment lourdes pour que la juge ait l'obligation de s'expliquer devant les instances disciplinaires", martèle le parlementaire.

"Je ne vise pas les juges dans leur ensemble, précise-t-il. Mais la juge, qui a prononcé cette ordonnance, a pêché peut-être par méconnaissance des techniques de dissimulation employées par Daech pour tenter de tromper les autorités".

"Une guerre permanente"

Selon lui, les institutions comme l'opinion publique doivent prendre conscience de ce qu'implique cet "état de guerre permanente" : "cette guerre n'est certes pas conforme à ce que l'on a pu connaître par le passé mais cela n'est pas fictionnelle pour autant".

Le parlementaire réclame à ce titre la mise en place d'un état d'urgence permanent : "cela n'a plus aucun sens de se donner rendez-vous tous les trois mois pour voter la prorogation de l'état d'urgence". La dernière mouture du texte, votée à la suite de l'attentat de Nice, corrige selon lui les "faiblesses" des précédents.

Les préfets auront de nouveau le droit de demander des perquisitions administratives. Et, contrairement auparavant, les données retrouvées sur le matériel informatique saisi pourront être copiées par les enquêteurs.

Cette dernière mesure, réclamée par Olivier Falorni, satisfait l'une des demandes des services de renseignement. Cela permettra, selon eux, de mettre la main plus facilement sur les données cryptées des suspects, qui échappent à la surveillance, et ainsi de repérer leurs relations avec d'autres individus dangereux.

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