Bâtiment. Les prix des matériaux flambent : "les fournisseurs nous annoncent déjà une quatrième vague d'augmentation"

Alors que les prix des matériaux de construction augmentent et que les pénuries s'accentuent, les professionnels du bâtiment s'inquiétent en Charente-Maritime. 

Un programme immobilier d'Eden Promotion en cours de construction à Lagord près de La Rochelle. Ce projet bas carbone nécessite beaucoup de bois et d'acier, des matériaux impactés par la hausse des prix.
Un programme immobilier d'Eden Promotion en cours de construction à Lagord près de La Rochelle. Ce projet bas carbone nécessite beaucoup de bois et d'acier, des matériaux impactés par la hausse des prix. © Nicolas Geymann

Les prix de certains matériaux de construction flambent depuis plusieurs semaines, le phénomène est national. En Charente-Maritime, les professionnels du bâtiment commencent à ressentir cette onde de choc engendrée par la reprise économique.

Avec la reprise économique mondiale, la demande de certains matériaux de construction est devenue supérieure à l’offre. Sur un chantier de construction d’une cinquantaine de logements, ce sont des centaines de tonnes d’acier qui sont utilisées pour les fondations ou les cloisons.

"Les fournisseurs nous annoncent des hausses extrêmement fortes de l'ordre de 8% à 30%", alerte Mathieu Ridoret. Selon le vice-président de la Fédération du bâtiment de La Rochelle, l'augmentation concerne le bois, l'acier, l'aluminium. "Si l'on prend l'exemple des renforts aciers qui vont dans les profils des menuiseries, là on a 30% de hausse, les vitrages ont aussi pris un coût énorme", s'alarme le représentant de la filière.

Contrairement aux années précédentes, on en est à notre troisième vague d'augmentation qui sera actée cet été et les fournisseurs nous annoncent déjà une quatrième vague en fin d'année.

Mathieu Ridoret, Fédération du Bâtiment de Charente-Maritime.

Le représentant des entreprises du bâtiment de Charente-Maritime estime qu'une épée de Damoclès plane au-dessus de certains chantiers qui risquent d'enregistrer des pertes financières et cela pendant plusieurs mois. 

C'est sûr que ça peut faire des ravages dans les entreprises. On peut s'attendre à des scénarios alarmistes. Les secteurs les plus touchés sont les menuisiers, les charpentiers mais aussi les plaquistes mais tous sont plus ou moins impactés, l'augmentation concerne un peu tous les secteurs car les prix des isolants, de la colle, de tous les produits pétrochimiques sont à la hausse.

Selon la Fédération du bâtiment, ce que redoutent le plus les professionnels ce sont les pénuries.

"On a des délais qui s'allongent en permanence, là où on était livrés en quatre semaines, maintenant nous sommes livrés en huit semaines sur certains produits", observe Mathieu Ridoret.

Le quotidien des chefs d'entreprise c'est l'approvisionnement des matériaux

Les augmentations, Nicolas Geymann les constate chaque jour. Ce maître d'oeuvre vient de recevoir l'évolution des prix d'un charpentier qui réalise les ossatures bois des bâtiments. L'ingénieur du bureau d'étude Atmosphère qui travaille pour Eden Promotion, a pris sa calculatrice pour estimer précisément cette flambée de prix.

Sur une période d'une dizaine de mois, le coût de la tonne de l'acier a augmenté de 40%, c'est énorme, même chose pour l'aluminium. Ce sont des matériaux très importants dans la construction. Et l'aluminium, il n'y en a plus. Concernant la filière bois, il y a une hausse de 20 à 30% sur cette période. Le quotidien des chefs d'entreprise, c'est de résoudre les problèmes d'approvisionnement des matériaux pour assurer leurs engagements. Les entreprises ont signé des marchés avec des prix qui sont complétement dépassés par rapport au coût réel du prix des matériaux. Nicolas Geymann atmosphere-conseil

A ce jour l'onde de choc n'a pas encore atteint le particulier qui a signé l'acte d'achat d'un bien immobilier dans le neuf, c'est en tous cas le point de vue d'Edgard Valero, le patron d'Eden Promotion. Dans le domaine privé, le montant des devis signés ne peut pas être révisé, ce qui n'est pas le cas pour les marchés publics.

"Pour l'instant ça ne se traduit pas à notre niveau, on a très peu de cas de demandes de négociations de la part des entreprises concernant les devis. Je pense que les entreprises sont en train d'essayer de digérer le problème avec leurs moyens. A notre niveau, nous ne sommes pas arrivés à une situation de blocage", assure ce promoteur de La Rochelle qui s'est spécialisé dans la réalisation de logements bas carbone. 

Nous, nous ne sommes pas acheteurs, ce sont les entreprises, pour l'instant, c'est le maçon lorsqu'il va acheter ses barres de ferraille ou le menuisier lorsqu'il achète ses planches de bois qui est concerné. Avant que l'effet des hausses de la matière première se fasse ressentir pour le consommateur et sur le prix du logement, cela va prendre du temps et on peut imaginer que l'économie mondiale va se remettre avant.  Pour l'instant les entreprises ne nous demandent pas de répercuter ces hausses, elles ne nous disent pas encore, si on n'augmente pas, nous on arrête. Ce serait le point de rupture que l'on n'a pas atteint.

Edgard Valero, président d'Eden Promotion

Une accélération du phénomène

Depuis une quinzaine de jours pourtant, les entreprises du bâtiment de La Rochelle semblent plus impactées. "On ressent une accélération du phénomène", reconnaît Edgard Valero.

Les entreprises envoient des signaux de turbulences, la mayonnaise est en train de monter, nous n'avons pas encore d'effet mais il pourrait y avoir une accélération du phénomène.

Edgard Valero, vice-président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers en charge de La Rochelle. 

Cette inquiétude hante déjà le reprèsentant de la Fédération du bâtiment de La Rochelle qui reconnaît que "le risque, c'est que les entreprises revoient leur prix à la hausse en fin d'année et en 2022 car les marges dans le bâtiment sont faibles".

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